Qui sera premier ministre de l’Ontario?

Dans moins de trois mois, les Libéraux de l’Ontario se choisiront un nouveau chef, et ce faisant, nommeront le prochain premier ministre de la province.

Les responsabilités d’un chef de gouvernement sont vastes et ardues. Elles exigent une rare combinaison de leadership, compétence, empathie et intégrité. Plus que ces qualités personnelles, ce sont pourtant les considérations électorales à court terme qui influenceront le plus lourdement le choix des délégués libéraux, lors du congrès de janvier.

En effet, le gouvernement minoritaire des Libéraux ne semble pas pouvoir imposer son programme politique, ce qui le forcera soit à déclencher des élections à courte échéance, soit à risquer d’être renversé par l’opposition. Le nouveau leader libéral disposera donc de peu de temps pour préparer la campagne du parti, pour se faire connaître et pour regagner le terrain perdu auprès de l’électorat.

C’est une tâche ardue. Depuis les élections d’octobre 2011, les intentions de vote pour les libéraux ont chuté de 14 points. Les Ontariens semblent avoir mal digéré les mesures d’austérité, l’incurie d’ORNGE, l’annulation onéreuse et électoraliste des centrales électriques d’Oakville et Mississauga, la confrontation avec les enseignants et la prorogation abusive et indéfinie de Queen’s Park. Face au péril et à l’urgence, les délégués libéraux se donneront d’abord un chef de guerre.

Qui a les meilleures chances de mener les troupes à la victoire? Pour l’instant, les candidats en lice sont Eric Hoskins, Gerard Kennedy, Glen Murray, Charles Sousa, Sandra Pupatello et Kathleen Wynne. Un sondage Forum Research confirme le capital de sympathie de Kennedy, obtenue lors de deux courses à la chefferie précédentes, mais la campagne permettra aux autres candidats de se mettre en valeur et la méthodologie de l’enquête ne permet pas de connaître les préférences des délégués du parti. Elle n’éclaire pas les dynamiques de coalition, d’un tour de scrutin à l’autre, lors d’un congrès à la chefferie. D’autres noms pourraient aussi surgir avant la date limite du 23 novembre. Rien n’est donc décidé.

Nous disposons quand même de certaines données pertinentes. Le politologue Éric Grenier a calculé la moyenne des derniers sondages provinciaux (pondérés selon la taille de leur échantillon), ce qui accorde 36,5 % des intentions de vote aux Conservateurs, 32,2 % aux Néo-Démocrates, 23,6  % aux Libéraux et 6,8% aux Verts.

Bien entendu, le vote populaire ne se traduit pas nécessairement en une proportion équivalent de sièges à Queen’s Park. Risquons donc une projection de siège, en ré-utilisant la méthode très rudimentaire qui nous avait permis de prédire un troisième mandat libéral (mais faiblement majoritaire, oups…) en 2011.

Le tableau vous intéressera. Si des élections avaient lieu aujourd’hui en Ontario, les Conservateurs de Tim Hudak formeraient probablement un gouvernement majoritaire, par la peau des dents, avec 55 sièges. Le NPD accèderait à l’opposition officielle (30 sièges) et les Libéraux seraient relégués au rang de tiers parti (22 sièges).

Cette polarisation droite-gauche n’est pas sans rappeler les élections fédérales de 2011, et elle a de quoi inquiéter les Grits d’ici. La personne choisie comme chef (ou cheffe) pourra-t-elle reconstruire la coalition centriste qui a permis au parti de remporter trois mandats? À courte échéance, j’en doute.

Depuis octobre 2011, chaque recul des intentions de vote libérales s’est traduit en gains équivalents pour le camp néo-démocrate, alors que les conservateurs se maintenaient. Les Libéraux de Dalton McGuinty ont donc perdu des appuis surtout chez  les électeurs de centre-gauche. Après les récentes attaques contre les syndicats et contre l’État providence, le parti ne retrouvera pas facilement la confiance de ces électeurs, même s’il devait se donner un leader plus progressiste. De plus, les appels de la gauche au vote stratégique joueront contre les libéraux cette fois-ci, puisque le NPD paraît mieux positionné pour barrer la route des Tories.

Dans ce contexte, le prochain chef libéral aura plus de chance de sauver les meubles s’il courtise l’électorat de droite et de centre-droit.  En ce sens, l’expérience de Pupatello et de Sousa au ministère du Développement économique et du Commerce et leurs liens avec la communauté d’affaire leurs confèrent peut-être un avantage sur les autres candidats.

Si la tendance se maintient, les Libéraux ont peu de chance de se maintenir ou de progresser dans le Centre, Hamilton, London, le Golden Horseshoe, le Nord, l’Ouest et le Sud-Ouest de la province. Le chef libéral idéal devra donc être capable de séduire les Ontariens de la banlieu et de la couronne de Toronto (Ajax-Pickering, Etobicoke Centre, Etobicoke North, Mississauga-South, Mississauga-Brampton South, Pickering-Scarborough East, Richmond-Hills, Scarborough-Agincourt, Vaughan, Willowdale, York Centre) et de l’Est urbain (Kingston and the Islands, Ottawa Centre, Ottawa South). Ces circonscriptions sont importantes parce qu’elles devraient présenter des luttes bleues-rouges serrées et pourraient donc pivoter si un nouveau chef libéral campé plus à droite avait l’heur de plaire à ces électeurs. Sousa étant député de Mississauga South, il est peut-être mieux positionné que les autres candidats, au moins du point de vue géographique.

Encore une fois, gare aux «prognosticateurs». Il est encore tôt pour prédire les résultats. Ces projections sont sont beaucoup moins fiables que celles de Nate Silver, rendu célèbre pendant les présidentielles américaines, puisqu’elles sont basées sur moins de sondages et que notre système tripartiste accroît l’incertitude. Les données sont quand même utiles en ce qu’elles stimulent notre imagination et permettent de concevoir des scénarios plausibles. Le résultat plaira sans doute à Tim Hudak, peut-être à Andrea Horwath, mais pas au prochain chef libéral. Quoi qu’il en soit, nous serons fixé  le 25 janvier.

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Comments
One Response to “Qui sera premier ministre de l’Ontario?”
  1. Je suis cette nouvelle dans le Globe and Mail de façon régulière. Ça va être intéressant de voir qui gagnera la course de la chefferie du Parti libéral de l’Ontario. De plus, le nouveau (ou la nouvelle) chef doit tendre la main aux enseignants, les liens étant très tendus ces jours-ci avec le projet de loi 115 et les contrats imposés. Je me demande s’il y aura des élections générales dans la province cette année. Si oui, la pente sera raide à monter pour les libéraux…

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