Le défi autochtone: comment aborder un problème social complexe

Idlenomore_victoria

Le 11 janvier sera-t-il inscrit dans les livres d’histoire? C’est aujourd’hui que le Gouverneur général et le Premier ministre rencontrent la délégation de l’Assemblée des Premières Nations. Les questions abordées sont vitales pour le futur du Canada.

« Nous n’avons jamais voulu admettre que nous avons été, et sommes toujours, une puissance coloniale », déclarait Paul Martin. L’ancien premier ministre a raison. Être Autochtone au Canada, c’est encore être traité comme un citoyen de seconde zone. C’est dépendre d’infrastructures d’éducation, de logement, d’aide sociale, de santé, et d’eau potable dignes du tiers-monde.

Cette faillite des services publics a des conséquences extrêmement concrètes. Si vous êtes Autochtone, votre bébé court plus de risque de mourir. Votre ado a plus de chance de décrocher et d’être poussé au suicide.  Vous êtes plus pauvre que les autres Canadiens et avez plus de chance d’être incarcéré ou de subir des problèmes d’alcool, de maladie cardiaque, de tuberculose, de diabètes. Vous mourez donc plus jeune.  Est-ce juste? Est-ce normal dans une démocratie prospère comme le Canada?

La situation pourrait évoluer. Après la crise humanitaire d’Attawapiskat, après des compressions budgétaires aggravant un sous-financement chronique, et après l’imposition graduelle d’une série de lois affectant l’environnement et le pouvoir des communautés autochtones, la résistance a fini par s’organiser.

La Cheffe de bande d’Attawapiskat, Theresa Spence, a entrepris une grève de la faim qui inspire une nouvelle génération de militants Autochtones. Une série de manifestations politiques sont coordonnées par les médias sociaux, d’un océan à l’autre, sous la bannière Idle No More. Dans les dernières semaines, les revendications politiques des Premières nations ont pris l’avant-scène politique.

Vu l’opiniâtreté du gouvernement Harper, la tenue du sommet d’aujourd’hui  est déjà  une victoire pour les Autochtones et pour tous les Canadiens qui se préoccupent d’environnement et de justice sociale. Une seule rencontre ne saurait résoudre une situation aussi grave et complexe, mais le gouvernement a été forcé de s’asseoir avec les leaders autochtones et de dialoguer, et c’est une amorce de solution. Les problèmes de politique publique les plus ardus ne peuvent être résolus que de façon participative, en impliquant tous les acteurs directement touchés.

C’est l’un des thèmes de Solving Tough Problems: An Open Way of Talking, Listening and Creating New Realities (2007,  San Francisco: Berrett-Koehler). Dans cet ouvrage, Adam Kahane évoque son expérience lors de forums organisés pour faciliter la transition après le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Les leçons tirées sont directement pertinentes pour nous, alors que le Canada tente encore une fois de relever le défi autochtone.

Par exemple, Kahane établit une distincte utile entre problèmes simples et complexes.  Les défis sociaux simples peuvent être résolus par des changements à la pièce qui sont imposées de façon autoritaire et basés sur l’application de pratiques exemplaires bien établies. C’est l’approche traditionnelle d’Ottawa envers les Premières Nations. Pourtant, la question autochtone est d’une toute autre nature. C’est un défi complexe, et d’au moins trois façons.

Premièrement, la situation actuelle découle d’une longue histoire de relation coloniale et forme un système de maux à la fois économiques, sociaux, politiques et culturels qui se renforcent mutuellement. Une réformette sectorielle ne suffit donc pas.

Deuxièmement, la situation est fondamentalement conflictuelle. Les perspectives et intérêts des paliers de gouvernements, des Autochtones, des compagnies de ressources naturelles et des écologistes sont souvent opposées. Les solutions ne peuvent donc être  dictées par un seul de ces acteurs. Ottawa ne peut adopter unilatéralement une politique et se contenter de négocier la mise en œuvre après coup. Les solutions doivent émerger d’un véritable dialogue entre tous les intervenant, un peu dans l’esprit de l’Accord de Kelowna.

Troisièmement, le défi actuel est inédit et ses conséquences sont imprévisibles. La mobilisation autochtone a pris de nouvelles formes et rejoint une nouvelle génération de militants. Les ressources situées en territoire autochtones ont acquis une  importance économique et stratégique plus importante que jamais et les changements climatiques ont complètement changé la donne.  Cela signifie que les routines bureaucratiques et les recettes du passées ne suffisent pas. Il faut oser l’innovation sociale.

Le défi autochtone est un problème complexe, au sens de Kahane. Il exige donc une vision systémique,  une élaboration participative et l’exploration de solutions nouvelles. Espérons que le sommet d’aujourd’hui servira d’amorce pour ce genre de dialogue avec les Premières nations du Canada.

Comments
One Response to “Le défi autochtone: comment aborder un problème social complexe”
  1. cadd5574 dit :

    Point de vue intéressant.

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