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Quels candidats municipaux appuient les Francophones?

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Causerie donnée lors d’un souper-causerie de l’ACFO-Toronto au Bistrot 92 le mardi 7 octobre 2014.


Bonsoir!

Les élections municipales auront lieu le 27 octobre prochain. Cette campagne est le moment idéal pour faire valoir nos intérêts comme Franco-torontois. Puisque vous êtes ici, vous savez déjà que les décisions de l’hôtel de ville nous affectent directement. Pour survivre et s’épanouir pleinement:

  • Nous avons besoin d’élus qui connaissent nos organismes et offrent des services en français dans leur bureau de quartier;
  • Nous avons besoin d’un mandat élargi pour le comité français de la Ville;
  • Nous avons besoin de la collaboration de la ville pour aider les immigrants francophones à trouver des emplois;
  • Nous avons besoin que la ville contribue au projet de Maison de la francophonie;
  • Nous avons besoin que le Toronto Arts Council crée un programme pour les arts francophones;
  • Nous avons besoin d’accélérer les permis municipaux pour nos écoles;
  • Nous avons besoin de documents en français sur le site web de la ville, afin que nous puissions avoir un accès égal à l’information sur les élections, la santé publique, le logement social, et le paiement des taxes et des contraventions.

Le taux de participation est généralement bas à Toronto (seulement 53% en 2010) et les sondages indiquent que la course sera serrée. Cela signifie que les 60 000 Francophones et 1,2 millions de Francophiles d’ici détiennent une influence considérable. Notre vote compte. Appuyons les candidats qui nous appuient!

 MÉTHODOLOGIE

Mais comment s’y retrouver lorsqu’il y a plus de 350 candidats?

En mai 2014, l’ACFO-Toronto a décidé de sonder les candidats et m’a demandé de plancher sur la question. Après avoir préparé une liste d’enjeux, l’ACFO-Toronto a consulté la communauté et organisé un forum public radiodiffusé à l’émission Pot Pourri de CIUT 89.5. Neuf enjeux prioritaires ont finalement été retenus.

Nous avons ensuite contacté les 328 candidats enregistrés en leur faisant parvenir un questionnaire dans les deux langues. Ils ont ainsi eut la chance de réfléchir sur les enjeux qui nous tiennent à coeur et de prendre position.

Les candidats au poste de maire ont fait l’objet d’une attention particulière. Par example, le bureau de monsieur John Tory a reçu quatre courriels, deux appels téléphoniques et quatre invitations sur Twitter. Malheureusement, le candidat en tête des sondages a choisi de s’abstenir.

Avec l’aide de Nadia Edwards, une auxiliaire de recherche à Glendon, nous avons compilé les réponses et noté chaque candidat. Si les détails méthodologiques vous intéressent, vous trouverez tous les documents pertinents sur le site web de l’ACFO-Toronto.

RÉSULTATS

Mais parlons plutôt des résultats ! Voici les notes accordées à 8 candidats au poste de maire, en allant des cancres aux meilleurs élèves :

  • F (refus de répondre) = Doug FORD et John TORY
  • E = Jon KARSEMEYER, Erwin SNIEDZINS et Dave McKAY
  • D+ = Peter TRAMOV
  • A = Ramnarine TIWARI, James DALZELL et Josh RACHLIS
  • A+ = Olivia CHOW

Sur le site web, vous pourrez aussi trouver les réponses et les notes de 35 candidats au poste de conseiller municipal, quartier par quartier. Est-ce que certains de ces candidats sont parmis nous ?

Notons que 6 conseillers sortants ont répondu: Ana BAILAO (A), Raymond CHO (B+), Sara DOUCETTE (A), Chin LEE (B+), Joe MIHEVC (A) et Kristyn WONG-TAM (A).

Certains quartiers semblent particulièrement propices à la communauté franco-torontoise, et je vous invite à leur porter attention:

  • Parkdale-Highpark (13): candidate sortante pro-francophone Sarah DOUCETTE et candidat aspirant parlant français Taras KULISH
  • Eglinton-Lawrence (16): deux candidats aspirants francophones (Thomas GALLEZOT et Jean-Pierre BOUTROS)
  • Davenport (18): une candidate sortante pro-francophone (Ana BAILAO) et un candidat aspirant pro-francophone qui parle français (Alex MAZER)
  • Trinity-Spadina (20): quatre candidats pro-francophones dont l’une (Kat SHERMACK) parle aussi français
  • Toronto-Centre (27) est le coeur institutionnel de la communauté franco-torontoise, puisqu’on y trouve l’Office des Affaires francophones, TFO, la Paroisse Sacré-Coeur, le Centre francophone (pour l’instant), le Collège français, etc. On y trouve une candidate sortante pro-franco (Kristyn WONG-TAM) et un candidat aspirant francophone (Pat ROBERGE).

RÉSULTATS PAR ENJEUX

Langue du candidat

Au total, 12 candidats répondants disent pouvoir parler français. Nous savons qu’il y en a d’autre, mais ils n’ont pas répondu au questionnaire. Par exemple : Alejandra BRAVO, Dave ANDRÉ, Jean-Pierre BOUTROS et Taras KULISH. Est-ce que l’un d’entre eux sera élu? Aurons-nous au moins un conseiller municipal capable de nous comprendre à l’hôtel de ville? La réponse dépend, en partie, de notre mobilisation ce 27 octobre.

Mention spéciale à Olivia CHOW (mairie), Luke LAROCQUE (Q5), Thomas GALLEZOT (Q16), Kat SHERMACK (Q20) et Jennifer McKELVIE (Q44) pour avoir pris la peine de répondre en français.

Personnel bilingue

« Si vous êtes élu, embaucherez-vous un directeur des communications (ou un adjoint de circonscription) qui peut communiquer avec les Francophones de Toronto dans leur langue? » Oui 59 %, Non 41 %

Engagement communautaire

«Avez-vous déjà assisté à au moins une activité d’un organisme francophone ou rencontré au moins un leader d’organisme francophone?» Oui 45 %, Non 55 %

Représentation à l’hôtel de ville

Après 30 ans d’existence, le Comité français de la ville de Toronto (CFVT) a été aboli par décision du Maire en 2011. Avec la disparition du CFVT, la communauté perdait sa voix à l’Hôtel de Ville. Elle ne pouvait plus être consultée sur les services en français qui sont financés par la province mais qui sont fournis par la ville de Toronto.

En décembre 2013, le Conseil municipal s’est doté d’un nouveau sous-comité consultatif francophone. C’est un pas dans la bonne direction, mais le sous-comité servira surtout à suivre les activités de Toronto au sein de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). Pour que les Francophones de Toronto soient efficacement représentés, le sous-comité devra être maintenu par le prochain Conseil municipal, son mandat devrait être élargi et ses réunions devraient être plus fréquentes. «Appuyez-vous le maintien du sous-comité consultatif francophone et l’élargissement de son mandat?»  Oui 89 %, Non 11 %

Traduction française des documents essentiels

La Ville de Toronto ne diffuse en français qu’une infime proportion de ses documents d’information, ses formulaires et son contenu web. Ainsi, les Francophones de Toronto n’ont accès à aucune ressource dans leur langue sur des sujets aussi important que la participation aux élections municipales, la santé publique, le logement social, le paiement des taxes ou des contraventions, les procédures et formulaires du Provincial Offences Court et du Toronto Licensing Tribunal. «Appuyez-vous la traduction en français des plus importants documents municipaux touchant les services les plus essentiels pour les citoyens ?» Oui 90 %, Non 10 %

Immigration francophone

«Etes-vous en faveur d’accroitre le financement municipal des programmes qui facilitent l’intégration économique des immigrants francophones à Toronto?»  Oui 78 %, Non 22 %.

Maison de la francophonie

Depuis 2006, plusieurs acteurs clés (RDÉE Ontario, Collège Boréal, ACFO-Toronto, Centre francophone, etc.) veulent se réunir sous un même toit pour créer la Maison de la francophonie de Toronto. Cet espace permettrait d’offrir un guichet unique de services en français, de réaliser des économies d’échelle et de mettre en valeur la culture francophone. D’excellents résultats ont été obtenus à Vancouver, Edmonton, Winnipeg et Hamilton avec des centres de ce genre.  «Etes-vous en faveur d’une contribution de la Ville à la Maison de la francophonie de Toronto?»  Oui 74 %, Non 26 %

Arts francophones

«Appuyez-vous la création d’un programme pour les arts francophones au Toronto Arts Council?»  Oui 71 %, Non 29 %

Écoles francophones

«Seriez-vous d’accord d’explorer des moyens par lesquels la Ville de Toronto pourrait accélérer le processus d’obtention des permis nécessaires pour ces travaux de construction et de rénovation?» Oui 81 %, Non 19 %

CONCLUSION

D’un enjeu à l’autre, le degré d’appui des candidats varie significativement. La consolidation du Comité français, la traduction des documents municipaux importants et l’appui aux écoles sont largement soutenus par les répondants, et devraient peut-être inspirer les prochaines campagnes de l’ACFO-Toronto et de la communauté.

En revanche, il semble plus difficile de convaincre les candidats que leur propre adjoint devrait pouvoir parler français. Il y a probablement un effort d’éducation politique à faire à ce chapitre. Par exemple, l’ACFO-Toronto pourrait encourager les Francophones communiquer en français lorsqu’ils contactent la Mairie et le bureau de leurs conseillers municipaux.

J’aimerais vous laisser avec quelques questions pour alimenter vos discussions pendant le repas. La communauté devrait-elle se rallier à l’un des candidats à la mairie? Si oui, lequel ?

Trois principaux candidats s’offrent à nous. Il y a d’abord monsieur Doug FORD, qui a ignoré le questionnaire et présente des politiques semblables à celles de son frère, responsable de l’abolition du Comité français de la Ville. Il n’a rien fait pour mériter la confiance des Francophones.

À l’opposé, madame Olivia CHOW s’est donnée la peine de répondre en français, de rencontrer le Conseil d’administration de l’ACFO-Toronto, et de se positionner favorablement sur tous les enjeux.

Finalement, il y a monsieur John TORY, une énigme, puisqu’il n’a jamais été élu et qu’il a refusé de prendre position. Comme les sondages lui donnent l’avantage et que les questions identitaires lui ont déjà coûté une élection provinciale, il a peut-être évité de prendre des risques. Comme maire, il pourrait se montrer favorable à la communauté, mais son silence n’est pas rassurant.

La communauté doit-elle se rallier à Oliva CHOW, la candidate la plus clairement francophile? Devrait-on miser sur John TORY, un candidat qui nous demande un chèque en blanc, mais qui semble avoir de meilleures chances de barrer la route à Doug FORD? Et parlant de monsieur FORD, notre communauté minoritaire peut-elle risquer de s’aliéner un candidat qui pourrait bien devenir le prochain maire de Toronto?

Bien entendu, les enjeux francophones ne sont pas les seuls à considérer. La position des candidats sur le transport en commun, le développement sauvage des condos et la racialisation de la pauvreté comptent aussi. À chacun de soupeser et de décider le 27 octobre.

Merci et bon appétit !

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la gouvernance des minorités francophones: de Charlottetown à aujourd’hui

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Communication présentée à Charlottetown le 28 septembre 2014 à l’occasion de la conférence « Versions du Canada ». Document de travail: prière de ne pas citer.


INTRODUCTION

Canada is often described as a sort of laboratory for the management of diversity. Thanks to a good deal of planning and no small amount of trial and error, our political system has found ways to foster certain types of intercultural relations, to varying degrees of success. I’m thinking of three key examples 1) the coexistence between First Nations peoples and European settlers, 2) the federal partnership between English and French colonies, and, 3) the integration of newcomers into the established majority (Kymlicka).

Chacun de ces trois axes interculturels est régi par des textes fondamentaux. En gros, la Proclamation royale (1763) et la Loi sur les Indiens (1876) définissent les rapports des colons avec les Autochtones; l’Acte d’Amérique du Nord Britannique (1867) assure l’autonomie du Québec au sein de la fédération ; la Charte des droits et libertés (1982) et la Loi sur le multiculturalisme (1988) facilitent l’intégration des immigrants. Bien entendu, cette charpente juridique est complétée par toute une série de conventions, de décisions judiciaires et de pratiques administratives. Elles s’accompagne de discours politiques et d’identités bien précises. Ensemble, tout ces éléments forment un système de gestion de la diversité relativement cohérent.

How do the Francophone minorities of Ontario, New Brunswick, and Manitoba fit into this equation? This question finds less traction among political scientists than the more popular issues related to First Nations, Quebec, or immigration. We have seen important work on Francophone minorities by the likes of Chedly Belkhodja, Michel Bock, Linda Cardinal, Nicole Gallant, Monica Heller, Rémi Léger, and Joseph Yvon Thériault. But the relationship between our country’s majority and its Francophone minorities remains the least examined aspect of the Canadian model. This intercultural pillar is also one where normative influences have had the smallest impact and where political compromise has played the largest role. And its configuration varies widely from one province to another.

J’aimerais donc profiter du 150e anniversaire de la Conférence de Charlottetown pour réfléchir à cette question. Je ferai ici l’argument que trois régimes interlinguistiques se sont succédés pour encadrer les rapports entre majorités anglophones et minorités francophones.

 

FÉDÉRALISME ET DROIT MINIMAUX (1864-1960)

Le premier régime interlinguistique canadien émerge avec la Confédération. Du point de vue des minorités francophones, cependant, le projet commence plutôt mal. En 1864, ces communautés ne sont représentées ni à Charlotettown ni à Québec. Cartier, Langevin, Chapais et Tachés sont les seuls délégués français et ils représentent des intérêts assez différents, ceux du Canada-Est. Ils ne sont pas prêts à risquer leur grandiose projet d’union seulement pour défendre la petite francophonie d’autres colonies.

L’architecte financier de la Confédération, Alexander Galt, met sa carrière politique en jeu pour obtenir des garanties pour la minorité protestante anglaise au Québec. Il exige le contrepoids d’une chambre haute, l’inviolabilité de 12 comtés anglophones et des droits scolaires. En comparaison, le chef politique du Canada-Est, George-Étienne Cartier résiste d’abord aux demande des évêques et refuse d’exiger des protections pour les minorités catholiques françaises des autres provinces. À l’occasion des débats parlementaires de1866, Cartier se dit confiant que le traitement équitable des Anglophones au Québec suffira pour inspirer la réciprocité à l’égard des Francophones minoritaires (Bellavance, p.75).

Évidement, c’est un anachronisme de parler de communautés minoritaires francophones en 1867. À cette époque, c’est le Canada français qui est le pôle identitaire. Cette identité est moins territoriale que diasporique et ses marqueurs sont autant religieux et généalogiques que linguistiques. Le premier régime interlinguistique va tenter d’encadrer cette identité, mais il va aussi la transformer.

Sur le plan institutionnel, ce régime est marqué par quatre mesures distinctes. D’abord, l’union canadienne sera fédérale. C’est la grande victoire de Cartier et sa plus importante contribution à la démocratie canadienne (LaSelva). Il croit qu’une union fédérale préservera l’autonomie culturelle des Francophones du Québec tout créant une plus large communauté politique qui assurera la prospérité et la défense commune sous la couronne britannique. De son point de vue, les minorités francophones ne peuvent que bénéficier d’un Québec fort au sein de cette fédération. Ils y trouveront un puissant allié politique.

Deuxièmement, l’Acte d’Amérique du Nord Britannique assure les Francophones minoritaires que leurs élus pourront participer aux travaux du Parlement canadien en français et qu’ils pourront comparaître en français devant les tribunaux qui relèvent du gouvernement fédéral (§133).

Troisièmement, Ottawa cherche à étendre ces mêmes droits législatifs et judiciaires au niveau provincial lorsqu’il crée le Manitoba (Manitoba Act, 1870, §23).

Finalement, l’article §93.2 du texte constitutionnel maintient le financement public des systèmes scolaires catholiques existants, ce qui a pour effet de protéger certains droits éducatifs des francophones minoritaires.

Ce premier régime interlinguistique cristallise un rapport de force nettement favorable à la majorité anglophone. Il concède des droits minimaux et enclave les Francophones dans une société britannique au sein d’un Empire britannique. Il recèle aussi d’importantes contradictions.

D’abord, les droits scolaires des Francophones sont liés à la confession, ce qui permettra à l’Ontario d’abolir l’éducation catholique de langue française en 1912.

Ensuite, le fédéralisme s’avère peu avantageux pour les Francophones hors-Québec. Comme l’indique Silver (p.6) :

« Confederation was to be an association of national states, called provinces, united in a federal alliance […] and in that alliance the province of Quebec was to be the national state of the French Canadians. That province, as the French-Catholic province, might well be concerned to support French Catholics in the other parts of the federation, but such support must never involve acceptance of principles that would expose or endanger the autonomy of the French and Catholic character of Quebec itself  ».

Même lorsqu’il se montre sympathique aux intérêts des minorités francophones, lors de l’adoption du règlement 17 par exemple, le Québec ne dispose pas nécessairement du rapport de force lui permettant d’influencer Ottawa ou les autres provinces. Le premier régime linguistique sera donc mis à mal lorsque la majorité attaquera les droits scolaires des minorités du Nouveau Brunswick (1870), du Manitoba (1890), puis de l’Ontario (1912). Il sera en crise lorsque le Manitoba violera sa loi constitutive et fera de l’anglais sa seule langue officielle (Official Language Act, Manitoba, 1890).

 

BILINGUISME OFFICIEL (1960-2000)

Le deuxième régime interlinguistique émerge avec la Révolution tranquille. La montée du néo-nationalisme québécois entraîne d’importances conséquences pour les minorités francophones du pays.

D’une part, l’identité des Canadiens-français de la Belle province devient québécoise. Elle se laïcise et se recentre sur le territoire provincial, ce qui rend possible le projet d’indépendance politique. En 1967, les États généraux du Canada français permettent d’observer les tensions entre les Francophones du pays et marquent une certaine fragmentation identitaire. Les minorités francophones devront se provincialiser à leur tour, et de nouveaux ethnonymes seront adoptés. Là où il n’y avait que des Canadiens-français, il y a aura désormais des Franco-Manitobains, des Fransaskois et ou des Franco-Ontariens. Comme le note Joseph Yvon Thériault, ces communautés se définissent « entre la nation et l’ethnie ». La Fédération des communautés francophones hors-Québec est créée en 1975 pour représenter ces communautés éparses.

D’autre part, la montée du séparatisme québécois pose une menace pour la survie même de la fédération et force Ottawa et les provinces à repenser la place du français au Canada. Ottawa met sur pied la Commission BB (1963) et donne suite à ses recommandations avec la Loi sur les langues officielles et la création du Commissariat aux langues officielles (1969). Après le référendum sur la souveraineté de 1980, le gouvernement Trudeau fait adopter la Loi constitutionnelle de 1982 qui enchasse plusieurs droits linguistiques bénéficiant aux minorités. Les nouveaux pouvoirs de révision judiciaire de la Cour Suprême vont également favoriser l’expansion graduelle des droits linguistiques des minorités.

Concrètement, ce second régime interlinguistique représente d’importantes avancées pour les minorités. Premièrement, les Francophones obtiennent le droit à des services fédéraux en français auprès de l’administration centrale à Ottawa, oui, mais aussi auprès des bureaux locaux lorsque la demande est importante ou lorsque la vocation du bureau le justifie (LC1982, §20.1). On le conçois, ces services locaux sont particulièrement important pour les minorités éparpillées.

Deuxièmement, les fonctionnaires fédéraux peuvent travailler en français s’ils sont situés dans des régions dites bilingues (LLO 1969). Cela ouvre l’accès à des emplois de qualité pour les Francophones de la région d’Ottawa et de Moncton et aide à revitaliser ces communautés.

Troisièmement, le droit à l’instruction publique dans la langue de la minorité se voit renforcé (LC1982 §23). Toutes les provinces sont désormais tenues de financer les écoles francophones primaires et secondaires « là ou le nombre le justifie ». Les Francophones ont aussi droit à la gestion scolaire (arrêt Mahé 1990) et l’on reconnaît le rôle des écoles comme pôle de développement communautaire (arrêt Solski 2005).

Sur la scène provinciale, finalement, la mobilisation politique des Francophones va aussi favoriser la transformation du régime interlinguistique. L’Ontario va introduire le financement public de l’éducation secondaire en français (1960) et adopter une Loi sur les Services en français (1986). Le Nouveau Brunswick ira encore plus loin. En adoptant sa propre Loi sur les langues officielles (1969) et en enchassant ses principes dans la constitution de 1982 (LC1982, §16.1, §17.2, §18.2, §19.2, §20.2) il devient la seule province officiellement bilingue.

Bien que le deuxième régime présente des gains indéniables pour les minorités francophones, il comporte, lui aussi, des contradictions. D’abord, il fragmente l’identité francophone et consacre une rupture avec le principal foyer du français en Amérique du Nord, le Québec. Ensuite, l’arrimage aux institutions étatiques s’accompagne d’un affaiblissement de l’Église comme institution d’encadrement, et cette période coïncide avec la chute du taux de natalité dans la francophonie minoritaire. De plus, les minorités sont définies surtout comme porteuses de droits, ce qui encourage la judiciarisation et une certaine dépolitisation des communautés. Ottawa reconnaît sa responsabilité de promouvoir les minorités de langues officielles (LLO 1988), oui, mais les ressources sont insuffisantes et la volonté politique pourra varier d’un gouvernement à l’autre.

Le régime comprend aussi de sérieuses limites. La province qui compte la plus vaste minorité francophone, l’Ontario, ne sera pas officiellement bilingue. Jusqu’à ce jour, la capitale du Canada n’est pas bilingue non plus. (Il y a d’ailleurs une importante campagne en ce moment pour changer cette situation.)

 

L’IMMIGRATION FRANCOPHONE (2000 à aujourd’hui)

Un troisième régime interlinguistique émerge discrètement depuis l’an 2000. Après l’échec de l’Accord du Lac Meech et de Charlottetown, après les résultats serrés du référendum québécois de 1995, la classe politique canadienne pose un moratoire sur toute réforme qui exigerait une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles. L’agenda politique se réoriente. Le déclin de la ferveur nationaliste québécoise semble rendre les débats linguistiques moins urgents. Les revendications autochtones, qui découlent de profondes injustices historiques, prennent l’avant scène. L’ère des gains constitutionnels semble close pour les francophones minoritaires. Le changement viendra donc d’ailleurs. À défaut de grandes innovations institutionelles, ce régime interculturel se caractérise par 1) une transformation identitaire et discursive, 2) par l’instauration de nouvelles pratiques administratives, 3) et par la livraison de programmes gouvernementaux par une panoplie d’organismes communautaires.

Le troisième régime voit les minorités francophones se réinventer à nouveau. De plus en plus, elles se conçoivent comme de petites sociétés d’accueil multiculturelles pour les immigrants francophones. Les minorités ajoutent une nouvelle dimension civique à leur identité ethnique.

L’évolution est particulièrement évidente dans le milieu associatif. De 1999 à 2000, la Fédération des communautés francophones et acadiennes tient des consultations publiques et réclame plus d’immigration francophone. Le Sommet des communautés francophones et acadiennes en vient aux mêmes conclusions (2007). L’ACFO emboîte le pas et change même de nom. En 2006 elle devient l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Elle milite pour une nouvelle définition inclusive de francophone (DIF) qui sera adoptée par le gouvernement ontarien (2009).

La transformation du discours est remarquable. L’immigrant n’est plus décrit comme une menace, mais comme une ressource humaine dont les communautés francophones doivent obtenir leur juste part. On embrasse maintenant les politiques d’immigration et de multiculturalisme… mais en exigeant qu’Ottawa recrute plus de Francophones et aide les communautés minoritaires à devenir des milieux d’intégration. L’immigrant n’est plus un rival, c’est un allié qui renverse le déclin démographique des Francophones, assure une masse critique pour les services en français et sauve le bilinguisme canadien. L’immigrant n’est plus un autre, il est des nôtres.

Bien entendu, ce changement identitaire n’est pas complet et il est inégalement distribué. Traisnels et ses collègues montrent qu’en passant de l’Est à l’Ouest du pays, et des régions rurales aux régions urbaines, la proportion de francophones et le nombre de francophones de souche diminue, et le discours devient d’autant plus inclusif. Alors que les Acadiens se définiraient de façon plus historique et généalogique, l’identité la plus civique et cosmopolite se trouverait chez les Franco-Colombiens. Malgré ces variations régionales, il y a une ouverture sur la diversité et toutes les communautés minoritaires veulent maintenant profiter d’un apport de nouveaux Canadiens francophones.

Le régime actuel se caractérise aussi par une pléthore d’études, d’initiatives administratives et de programmes. Par exemple, le Commissariat aux langues officielles mène deux études approfondies sur l’immigration et l’épanouissement des communautés minoritaires.

Au même moment, Ottawa amende la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (2001), pour lier pour la première fois, la politique d’immigration au développement et à l’épanouissement des communautés minoritaires. Immigration et Citoyenneté Canada crée un Comité directeur (2002) qui élabore un Cadre stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire (2006) et adopte une cible d’immigration francophone de 4,4%.

Le fédéral ratifiera aussi une série d’ententes avec les provinces pour la nomination et le recrutement d’immigrants francophones. L’Ontario se fixe même une cible ambitieuse de 5%.

Finalement, la Feuille de route pour la dualité linguistique (2008-2013) comprend un volet sur l’immigration francophone qui permettra de financer une multitude de projets du milieu associatif visant à faciliter l’établissement et l’intégration des nouveaux venus.

La semaine passée, nous apprenions que le programme « Avantage significatif francophone » sera aboli par Ottawa dès le 30 septembre. C’est une surprise. Ce programme permettait de simplifier le processus d’embauche de travailleurs qualifiés d’expression française. Les forces vives de la commuanuté se sont immédiatement insurgés… Mais Ottawa a promis de consulter et de développer des alternatives.

Il est trop tôt pour mesurer l’impact de cette décision, mais elle illustre la centralité des questions d’immigration pour les Francophones. Elle montre aussi les limites de mesures purement administratives qui dépendent du bon vouloir d’Ottawa.

Le pari de l’immigration comporte d’autres risques. Après avoir investit ses ressources dans l’accueil des immigrants, comment la communauté minoritaire peut-elle assurer leur rétention et éviter que ces nouveaux Canadiens ne s’assimilent à la majorité ? La tentation est compréhensible. La tendance est réelle.

En voulant former des petite communautés d’accueil multiculturelles, les Francophones risquent aussi de miner les soubassements normatifs du bilinguisme. D’un point de vue purement multiculturaliste, l’existence de services gouvernementaux en français ou d’écoles publiques francophones peut paraître comme des avantages exhorbitants conférés à un groupe ethnique privilégié. Quel principe peut-on invoquer pour justifier les droits des Francophones à Toronto ou à Vancouver, où le français compte beaucoup moins de locuteurs que le chinois ou l’espagnol? Pour justifier ces droits il faut rappeler le pacte fondateur et les obligations qui en découlent. Il faut retrouver la filiation Canadienne-française. Il faut concilier l’inclusion et la mémoire.

 

CONCLUSION

From the first Charlottetown conference until this slightly more modest Charlottetown gathering here today, the relationship between the Anglophone majority and Francophone minorities has gone through three distinct periods. Between 1864 and 1960, Francophone minorities enjoyed only minimal protections under the federal government. Between 1960 and 2000, Ottawa’s official bilingualism policy offered them further benefits and they started making inroads at the provincial level in Ontario and New Brunswick. Since the turn of the millennium, there have been no further institutional advancements of major significance, although interlinguistic relations are undergoing a profound transformation thanks to immigration.

Quelle leçon peut-on tirer pour conclure ce bref survol? Depuis 1864, les minorités ont été des acteurs de plus en plus déterminants dans le développement des régimes interlinguistiques et ils ont progressivement élargi leur champs d’action à l’intérieur de ces régimes. Il reste beaucoup à faire, certes, mais les Francophones peuvent maintenant faire entendre en français leur version du Canada.

Candidats

Élections municipales à Toronto: les enjeux francophones

Les principaux candidats au poste de maire: Karen Stintz, John Tory, Olivia Chow, David Soknacki, Rob Ford

Quoi qu’on pense des dernières controverses suscitées par le Maire Rob Ford, elles ont le mérite de rappeller qu’il y aura des élections municipales à Toronto cet automne. En choisissant les élus municipaux, nous adoptons des politiques qui touchent directement tous les aspects de notre vie quotidienne: la qualité de l’air et de l’eau courante, les routes et rames de métro que nous empruntons à tous les jours, le logement à prix modique, les garderies de nos enfants, les foyers pour nos aînés, nos installations culturelles et récréatives, le rôle de la police, des pompiers et des ambulanciers pour assurer notre protection.

Les décisions de la Mairie affecteront aussi la communauté franco-torontoise. Par exemple:

  • Les candidats peuvent-il s’exprimer en français?
  • Est-ce que leur personnel pourra communiquer avec nous dans notre langue?
  • Participent-ils aux activités de nos organismes communautaires?
  • Que pensent-ils du Sous-comité francophone du Conseil municipal?
  • Est-ce qu’ils sont favorables à la traduction en français des plus importants documents municipaux ?
  • Comptent-ils appuyer les immigrants francophones qui s’établissent à Toronto?
  • Sont-ils en faveur d’une contribution de la ville au projet de Maison de la francophonie?
  • Est-ce qu’ils appuient la création d’un programme pour les arts francophones au Toronto Arts Council?

 

L’ACFO-Toronto nous convie à une consultation publique pour discuter de ces enjeux. L’événement a lieu ce dimanche le 4 mai, de 12h à 14h, à la Salle des cartes (Map Room) de Hart House, sur le campus de l’Université de Toronto. La première partie de ces échanges sera diffusée en direct sur les ondes de CIUT (89.5 FM) dans le cadre de l’émission Pot-Pourri animée par Éric Calder. Il y a aura même des prix de participation, incluant un alléchant repas pour deux au Bistro Sauvignon ou au nouveau restaurant La Créole.

Le président de l’ACFO-Toronto, Gilles Marchildon, consultera la communauté sur la stratégie de l’ACFO-Toronto en vue des élections municipales du 27 octobre. En effet, le lobby politique des 125 000 francophones du Grand Toronto s’apprête à faire parvenir un questionnaire aux plus de 200 candidats en lice pour les postes de maire et de conseiller municipal. Les réponses de tous les candidats seront compilées et une note d’ensemble (allant de A+ à F) sera attribuée à chacun. Ces résultats seront diffusés sur le site web de l’ACFO-Toronto et de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Ils seront aussi communiqués aux médias locaux.

Cet exercice permettra d’informer la classe politique locale sur les enjeux francophones et d’aider les membres de notre communauté à faire un choix éclairé lors des élections municipales.

L’ACFO-Toronto m’a demandé d’agir à titre de politologue consultant sur ce dossier, ce qui m’a donné l’occasion de préparer l’ébauche des documents qui seront discutés ce dimanche. Voici un avant-goût, pour vous donner envie de participer et pour préparer votre contribution à cette consultation publique.


 

LETTRE À L’INTENTION DES CANDIDATS

Cher Mr. Untel

En vue des élections municipales du 27 octobre, nous aimerions mieux connaitre vos positions sur certains enjeux qui touchent notre communauté.

Saviez-vous qu’il y a près de 60 000 Francophones à Toronto et que plus de 1,2 millions de Torontois savent parler français? Saviez-vous que notre ville est le siège de la communauté francophone minoritaire connaissant le plus important essor démographique au Canada?

La Ville de Toronto compte des centaines d’institutions publiques, d’organismes communautaires et d’entreprises francophones. Ces forces vives sont particulièrement actives dans les domaines :

  •  de l’éducation (Conseils scolaires Viamonde et CSDCCS, Toronto French School, Collège Boréal, Collège universitaire Glendon, Collège la Cité, départements d’études françaises de UofT, Ryerson et York, etc.) ;
  • de la santé et des services sociaux (Centre francophone, Entités de planification RIFSSSO, Pavillon Omer-Deslauriers, Action positive, Centres d’Accueils Héritage, etc.) ;
  • de la culture et des médias (Alliance française, Cinéfranco, Théâtre français de Toronto, Franco-Fête, Festival Kompa-Zouk, Salon du livre, Éditions du GREF, le Laboratoire d’Art, TFO, Radio-Canada, L’Express, Le Métropolitain, etc.) ;
  • du secteur public (Office des Affaires francophones, Commissariat aux Services en français de l’Ontario, ACFO-Toronto, Maison du Québec, Consulat de France).
  • des affaires (Club Canadien, RDÉE Ontario, Passerelle-I.D.É., Chambre de commerce française à Toronto, restaurants et pâtisseries, etc.).

Cette vitalité n’est pas nouvelle puisque Samuel de Champlain explorait la région il y a déjà 400 ans, que Fort Toronto a été fondé par des Français en 1750, et que le premier européen à s’établir à Toronto en 1791 était le Français Jean-Baptiste Rousseaux.

Le rôle historique et honorable du français est reconnu par la Constitution, qui fait du Canada un pays bilingue, ainsi que par la loi ontarienne sur les services en français, qui fait de notre ville l’une des régions désignée bilingue. De plus, Toronto est la capitale d’une province dont les systèmes judiciaire et éducatif sont officiellement bilingues.

Les Francophones de Toronto contribuent à la prospérité de la ville en payant annuellement plus de 190 millions $ en taxes municipale et en fournissant un entrepreneuriat et une main d’œuvre qualifiée et bilingue dans les secteurs clés de l’administration publique, de l’éducation, de la culture et de la finance.

L’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto) est la voix politique de ces 60 000 Francophones de Toronto depuis 41 ans. Elle collabore avec toutes les forces vives de la communauté locale et fait partie de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui regroupe et représente les 611 000 Francophones de la province.

Afin d’aider les Francophones de Toronto à faire un choix éclairé lors des élections municipales, nous cherchons à faire connaitre les positions des candidats sur quelques enjeux centraux pour la communauté. Auriez-vous l’obligeance de remplir le bref questionnaire ci-joint et de nous le retourner par courriel (francophone.toronto@gmail.com) avant le premier juillet ?

Les réponses de tous les candidats seront compilées et une note d’ensemble (allant de A+ à F) sera attribuée à chacun. Ces résultats seront largement diffusés sur notre site web et communiqués aux médias locaux (Radio-Canada, TFO, LeMétropolitain, L’Express de Toronto, Choq-FM, etc.). L’exercice est supervisé par un politologue de l’Université York, le Dr Alexandre Brassard, qui en assurera la rigueur.

Nous vous remercions à l’avance pour vos réponses aux Francophones de Toronto et vous souhaitons les meilleures chances lors des élections municipales du 27 octobre.

Le président de l’ACFO-Toronto.

Gilles Marchildon


QUESTIONNAIRE À L’INTENTION DES CANDIDATS

 

1. Langues du candidat

Etes-vous capable de communiquer avec les Francophones de Toronto dans leur langue ? Par exemple, pouvez-vous donner une entrevue télévisée en français? Oui [], Non []. Commentaire :

 

2. Personnel bilingue

Si vous êtes élu, embaucherez-vous un directeur des communications (ou un adjoint de circonscription) qui peut communiquer avec les Francophones de Toronto dans leur langue? Oui [], Non []. Commentaire :

 

3. Engagement avec la communauté

La Ville de Toronto compte des centaines d’institutions publiques, d’organismes communautaires et d’entreprises privées francophones. Nos organismes ont besoin de l’appui et de l’engagement actif de leurs élus municipaux.

Avez-vous déjà assisté à au moins une activité d’un organisme francophone ou rencontré au moins un leader d’organisme francophone?  Oui [], Non []. Commentaire :

 

4. Représentation à l’Hôtel de Ville

Après 30 ans d’existence, le Comité français de la ville de Toronto (CFVT) a été aboli par décision du Maire en 2011. Avec la disparition du CFVT, la communauté perdait sa voix à l’Hôtel de Ville. Elle ne pouvait plus être consultée sur les services en français qui sont financés par la province mais qui sont fournis par la ville de Toronto.

En décembre 2013, le Conseil municipal s’est doté d’un nouveau sous-comité consultatif francophone. C’est un pas dans la bonne direction, mais le sous-comité servira surtout à suivre les activités de Toronto au sein de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). Pour que les Francophones de Toronto soient efficacement représentés, le sous-comité devra être maintenu par le prochain Conseil municipal, son mandat devrait être élargi et ses réunions devraient être plus fréquentes.

Appuyez-vous le maintien du sous-comité consultatif francophone et l’élargissement de son mandat ? Oui [], Non []. Commentaire :

 

5. Traduction française des documents municipaux essentiels

La Ville de Toronto ne diffuse en français qu’une infime proportion de ses documents d’information, ses formulaires et son contenu web. Ainsi, les Francophones de Toronto n’ont accès à aucune ressource dans leur langue sur des sujets aussi important que la participation aux élections municipales, la santé publique, le logement social, le paiement des taxes ou des contraventions, les procédures et formulaires du Provincial Offences Court et du Toronto Licensing Tribunal.

Appuyez-vous la traduction en français des plus importants documents municipaux touchant les services les plus essentiels pour les citoyens ?  Oui [], Non []. Commentaire :

 

6. Immigration francophone

Plus de 18 000 immigrants francophones se sont établis à Toronto ces 15 dernières années et ce nombre continue de croitre. La province a récemment adopté une cible de 5% d’immigration francophone en Ontario et Toronto attire la majorité de ces nouveaux venus. Cela permet à notre communauté de se diversifier, de grandir et d’obtenir plus de services en français.

Malheureusement, le taux de chômage chez ces immigrants est trois fois plus élevé que chez les autres Torontois. De plus, les immigrants francophones qui trouvent du travail ici gagnent en moyenne 18 000 $ de moins par année que les immigrants non-francophones.

Pour pallier ce problème, plusieurs organismes francophones (RDÉE Ontario, Centre francophone, Passerelle-I.D.É, Collège Boréal, etc.) gèrent des programmes qui visent l’intégration économique des immigrants francophones à Toronto. Pour l’instant, la ville contribue indirectement et très peu à ces programmes.

Etes-vous en faveur d’accroitre le financement municipal des programmes qui facilitent l’intégration économique des immigrants francophones à Toronto?  Oui [], Non []. Commentaire :

 

7. Maison de la francophonie

Toronto compte quelque 125 organismes et entreprises francophones. Ces organismes sont dynamiques mais dispersés à travers toute la ville. Un tel éparpillement complique l’accès aux services en français pour les citoyens, crée des couts d’opération supplémentaires et réduit la visibilité des Francophones de Toronto.

Depuis 2006, plusieurs acteurs clés (RDÉE Ontario, Collège Boréal, ACFO-Toronto, Centre francophone, etc.) veulent se réunir sous un même toit pour créer la Maison de la francophonie de Toronto. Cet espace permettrait d’offrir un guichet unique de services en français, de réaliser des économies d’échelle et de mettre en valeur la culture francophone. D’excellents résultats ont été obtenus à Vancouver, Edmonton, Winnipeg et Hamilton avec des centres de ce genre.

La Maison pourra s’autofinancer une fois inaugurée, mais le cout d’achat de l’immeuble est évalué à 25 millions $. Les promoteurs viennent de lever 100 000 $ auprès de la communauté et les promoteurs demandent maintenant une contribution des trois paliers de gouvernement. Par exemple, la Ville de Toronto pourrait fournir une subvention ou une exemption de taxes municipales.

Etes-vous en faveur d’une contribution de la Ville à la Maison de la francophonie de Toronto? Oui [], Non []. Si oui, quel type de contribution envisagez-vous :

 

8. Arts francophones

Les artistes francophones sont nombreux à Toronto et contribuent à la diversité, à la qualité de vie et à l’attrait touristique de notre ville. De plus, la communauté francophone soutient de nombreux diffuseurs dans le domaine du théâtre (Théâtre français de Toronto, Tangente, Canafrique, les Indisciplinés), des arts visuels (Le Laboratoire d’Art, Galerie Céline Allard, Galerie Glendon, Galerie Pierre-Léon), de la littérature (Éditions du GREF, Salon du livre), du cinéma (Cinéfranco) et de la musique (Franco-Fête, Alliance française, Francophonie en Fête, Festival Kompa Zouk).

En 2013, seulement quatre de ces organismes ont reçu des subventions du Conseil des Arts de Toronto et ils obtenaient à peine 1% du budget d’allocations, ce qui ne reflète pas l’importance des Francophones de Toronto. Il est plus difficile pour les diffuseurs francophones d’obtenir leur juste part de fonds publics puisqu’ils doivent faire compétition avec les diffuseurs qui œuvrent dans la langue de la majorité.

Cette réalité est reconnue par le Conseil des Arts de l’Ontario et par le Conseil des Arts du Canada, lesquels ont créé des programmes et des mécanismes d’équité ciblant spécifiquement les arts francophones. Malheureusement, le Toronto Arts Council n’a pas de programme équivalent.

Appuyez-vous la création d’un programme pour les arts francophones au Toronto Arts Council? Oui [], Non []. Commentaire :

Sousa

Budget et stratégie électorale en Ontario

Sousa

Le ministre des Finances de l’Ontario, l’honorable Charle Sousa, présentera demain son deuxième budget.

Puisque le gouvernement ontarien est minoritaire et que les Progressistes Conservateurs ont déjà annoncé qu’ils s’y opposeraient, l’avenir du gouvernement est entre les mains du NPD. Si madame Horwath vote contre le budget libéral, la première ministre Wynne devra demander au lieutenant-gouverneur de dissoudre l’Assemblée. L’Ontario ira en élections.

L’ironie, c’est que ce bel exercice démocratique a des chances de produire un autre gouvernement libéral minoritaire. Un retour à la case départ, donc. Du moins, c’est ce que suggèrent les enquêtes d’opinion. Si l’on fait la moyenne pondérée des derniers sondages, on constate que les Libéraux et les Conservateurs sont au coude-à-coude avec 34% des intentions de votes. Le NPD est à 25% et le Parti Vert à 6%.

Risquons une projection de sièges rudimentaire. Soustrayons les intentions de vote actuelles des résultats provinciaux de chaque parti lors les élections de 2011. Nous obtenons ainsi une indication du mouvement d’opinion dans la province : +3% (VERT), +2.3% (NPD), -1.4% (CON), -3.6% (LIB). Appliquons ces tendances aux suffrages obtenus en 2011 par chaque parti dans chaque circonscription. Ce calcul donne:

  • 45 sièges pour les Libéraux (42% des sièges à Queen’s Park), soit une perte de 8 circonscriptions depuis 2011
  • 39 sièges pour les Conservateurs (36%), un gain de 2 circonscriptions
  • 23 sièges pour les Néo-démocrates (21%), un gain de 6 circonscriptions
  • Aucun sièges pour les Verts.

Les détails pour chaque circonscription sont disponibles ICI.

Un budget est à la fois un exercice pour servir l’intérêt général de tous les Ontariens et une stratégie pour séduire certains segments spécifiques de l’électorat. À la veille d’une campagne électorale probable, c’est cette dimension stratégique qui risque de l’emporter.

La projection de siège montre que le Centre, l’Ouest et le Sud-Ouest de la province sont des châteaux forts conservateurs. On peut donc s’attendre à ce que le budget ne priorise pas les enjeux ruraux. Les circonscriptions de Brampton, Markham, Mississauga semblent assurées. Les Libéraux voudront donc raffermir ces appuis en investissant dans les infrastructures routières qui touchent la vie quotidienne des banlieusards. Nos données prévoient des luttes serrées dans le Nord et dans la région d’Ottawa. Parions que le budget investira dans les infrastructures minières du Cercle de feu et qu’il cherchera à créer des emplois dans le secteur des technologies de l’information par le truchement du Fonds pour l’emploi et la prospérité.

Prudence, toutefois. Tout ces calculs stratégiques sont basés sur les intentions de votes d’aujourd’hui. Les citoyens réfléchissent davantage à la politique pendant les campagnes électorales, ils sont exposés à plus d’information et ils peuvent changer leurs opinions. Parlez-en à Madame Pauline Marois.


Merci à Dillon Waldron, un étudiant de Glendon qui m’a assisté dans la mise à jour des données électorales.

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L’immigration francophone à Toronto: succès et défis

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Allocution d’ouverture du 2ième Forum de la francophonie torontoise prononcée le 17 mars 2014 au Collège universitaire Glendon par Alexandre Brassard


CHERS AMIS. Avez-vous remarqué comme le printemps se fait tirer de l’oreille à Toronto? À la fin mars, entre deux tempêtes de neige tardives, on sait que la slush va finir par fondre sur la rue Yonge. On sait que le vent d’hiver va cesser de nous mordre le nez, éventuellement, et l’on sait que l’on pourra bientôt remiser ses bottes et mitaines. On le sait en son for intérieur, mais on ne le voit pas encore. Chez nous, le printemps est un acte de foi.

Il en va de même pour la Francophonie d’ici. Nous sommes une minorité souvent invisible, mais nous aimons confondre les sceptiques et émerger de notre hibernation, de temps à autre, pour nous rassembler et fêter notre langue. La Journée internationale de la Francophonie est le 20 mars, et c’est notre signal. C’est le moment où plus de 220 millions de locuteurs célèbrent la langue de Molière, de Miron et de Senghor. Le français est ainsi à l’honneur dans plus de 70 pays. Au Canada seulement, les Rendez-vous de la Francophonie regroupent plus de 1 500 activités d’un océan à l’autre.

La Ville Reine n’est pas en reste, et les organisateurs de la Semaine de la Francophonie à Toronto nous ont concocté une programmation culturelle des plus alléchantes. L’édition 2014 inclut les courts-métrages de Cinéfranco, le vernissage et le Molière des étudiants de Glendon. Elle inclut la conférence de Jimmy Larouche au Club canadien; du jazz et une conférence littéraire à l’Alliance française. Elle inclut aussi des concerts, une émission et une grande Soirée d’ouv

erture à Radio-Canada. En prélude à ces festivités, les forces vives de la communauté se rassemblent aujourd’hui au Centre d’excellence de Glendon pour la deuxième édition du Forum de la francophonie torontoise. Nous sommes réunis pour resserrer les liens entre nos organismes, pour faire un bilan des récentes réalisations, et pour réfléchir ensemble aux grands défis à venir. Merci d’être des nôtres. Merci de consacrer votre temps et votre passion à la francophonie d’ici.

1. Une année à célébrer

Les Francophones ont le sens de la fête… Nous n’avons probablement pas besoin de prétexte pour célébrer. Il me semble, néanmoins que la dernière année a été particulièrement faste. Lisez L’Express et Le Métropolitain, écoutez Radio-Canada, Choq FM et TFO, prenez le poulx de la communauté et vous serez épatés. Vous entendrez parler d’investissements, de projets structurants, de nouvelles initiatives. Tous les secteurs de la francophonie torontoise sont en effervescence.

Les choses bougent, d’abord, chez nos gouvernements. Ottawa a commencé la mise en œuvre de sa nouvelle Feuille de route pour les langues officielles et a déjà investi dans une vingtaine d’organismes situés à Toronto. Plus près de nous, la province a renforcé l’indépendance du Commissaire aux services en français et a déposé un projet loi sur l’immigration qui comporte un volet francophone. La Ville s’est aussi rendue aux arguments de l’ACFO-Toronto et vient de créer un nouveau comité français qui nous donne enfin une voix dans les instances municipales… (Les mauvaises langues se demandent même si le Maire Ford apprendra à imiter l’accent français.)

Si vous êtes étudiant ou parent, vous savez déjà que le monde de l’éducation a connu un bel essor. Les conseils scolaires Catholique et Viamonde ont rénové et ouvert des écoles. Le Ministre de la formation, des Collèges et Universités a annoncé, ici même, un plan d’action pour l’éducation postsecondaire francophone dans le Centre Sud-Ouest et des investissements de 16,5 M$ pour étendre les programmes. La province a aussi formé un comité consultatif et le ministre s’est engagé à analyser la capacité de Glendon d’être le centre régional de l’éducation postsecondaire en français.

Cet élan s’est aussi manifesté dans le domaine de la culture et des sports. L’Alliance française s’est dotée d’une salle de spectacle professionnelle. Les Jeux PanAm de 2015 ont commencé à mobiliser la communauté en vue d’accueillir plus de 10 000 athlètes dans les trois langues officielles. Le Comité des célébrations des 400 ans de présence francophone en Ontario a commencé à planifier une foule d’activités à Toronto, dont l’érection d’un monument à Queen’s Park qui sera dédié à Samuel de Champlain.

Le secteur de la santé et des services sociaux se porte mieux que jamais. Une maison d’hébergement pour les femmes francophones a ouvert ses portes. Le Centre francophone de Toronto a créé un programme d’aide à l’emploi et une unité de santé mentale pour les adolescents. Les Centres d’accueil Héritage ont élargi leur gamme de programmes pour nos aînés. Action positive a obtenu son autonomie financière de l’AIDS Committee of Toronto et signé un contrat direct avec le Ministère de la Santé et des Soins de longue durée. Les Entités de planifications et les RLISS de la région ont appuyé de nouvelles initiatives pour la santé en français.

Malgré le contexte fiscal un peu morose, nos gens d’affaires et acteurs économiques sont resté industrieux. Les conférenciers du Club canadien ont permi à nos entrepreneurs de rester informés et d’innover. La Passerelle-I.D.É. a crée un nouveau point de services pour l’employabilité. Le RDÉE Ontario a contribué à l’embauche de centaines de professionnels francophones.

2. Essor et immigration

Comment expliquer ce dynamisme de la francophonie torontoise? Il me semble qu’il est attribuable, en bonne partie, à l’apport de l’immigration et à l’accroissement de la demande pour les services en français. Le Recensement de 2011 et la récente étude de Kathryn Barber sont éclairants. Ils révèlent que plus de 18 000 immigrants francophones se sont installés à Toronto ces quinze dernières années. Cela surpasse toutes les autres villes canadiennes sauf Montréal.

Et de quels pays proviennent-ils, ces immigrants francophones? Selon les données, les cinq principales sources d’immigration francophone à Toronto depuis 2001 étaient: l’Île Maurice (2 499), le Liban (2 368), la France (1 829), la République démocratique du Congo (1 794), et le Maroc (1 571).

La majorité de ces nouveaux venus sont admis en tant qu’immigrants économiques, bien que les réfugiés en provenance du Congo et d’Haïti aient été majoritaires en 2011-2012. Nous connaissons tous les charmes de Chinatown, de Greek Town et de la Petite Italie. Nos immigrants francophones ne sont pas regroupés dans des quartiers ethniques de ce genre. Comme vous le savez, il n’y a pas non plus de quartier majoritairement francophone, comme Saint-Boniface, Vanier ou Dieppe, même si nous avons une grappe d’institutions francophones au coin de Yonge et College. Les immigrants d’expression française sont donc dispersés à travers toute la ville. Ça favorise peut-être l’intégration sociale, mais ça comporte aussi des désavantages. L’éparpillement rend nos communautés moins visibles, il complique la prestation de services en français, et il n’aide pas à faire élire des conseillers municipaux ou des députés francophones.

Qu’ils proviennent de l’Île Maurice ou du Liban, de la France ou du Congo, ces nouveaux Canadiens transforment notre communauté et l’interpellent. Quels sont les besoins de nos nouveaux concitoyens? Comment nos organismes peuvent-ils faciliter l’intégration des immigrants? Comment les nouveaux arrivants, à leur tour, peuvent-ils contribuer à l’épanouissement de l’ensemble de la communauté franco-torontoise? C’est pour explorer ces questions que le Forum de la francophonie torontoise se penche cette année sur l’enjeu de l’immigration d’expression française à Toronto.

Je ne suis pas un expert de l’immigration. Mes collègues de Glendon, les professeurs Gertrude Mianda, Roberto Perin et Francis Garon le sont, et ils animeront nos trois tables rondes aujourd’hui. Je ne suis pas non plus un immigrant, quoique ma transplantation du Lac Saint-Jean à Toronto ne s’est pas réalisées sans un certain… choc culturel. Ce que je peux offrir, c’est un bref état des lieux inspirée par 15 ans d’engagement à Toronto. J’explorerai donc deux questions : 1) quel est le chemin parcouru en matière d’immigration? 2) Quels défis restent à relever?

CHEMIN PARCOURU

1. Expansion de l’identité franco-ontarienne

Notre première réalisation, en matière d’immigration, touche l’identité. En l’espace d’une seule génération, les Francophones de l’Ontario se sont réinventé à deux reprises. Quand on y pense, c’est remarquable. Pendant à peu près 300 ans, les Francophones d’ici se sont définis comme Canadiens-français. Ils se percevaient comme le maillon d’une vaste chaîne humaine qui devait relier tous les Francophones de l’Amérique du Nord. Les référents étaient ancrés dans le catholicisme, dans une histoire commune, dans une certaine continuité ancestrale. C’était une identité ethnique à l’échelle continentale.

Avec la Révolution tranquille, dans les années 60, tout va changer. La majorité francophone du Québec va recentrer son identité sur le territoire de la province. Mes grands-parents se disaient Canadiens français, mes parents se disent Québécois. Changement de vocable et d’identité. On peut donc dire que sur le plan culturel, les Francophones du Québec ont fait sécession par rapport au reste du Canada français. Le corrollaire, c’est que les Francophones du reste du pays ont été forcés, eux aussi, à se replier sur leurs provinces. Ils étaient Canadiens-français, ils seront désormais Franco-Manitobain, Fransaskois, Franco-Ontarien. C’est une première mutation identitaire.

Il y aura une période de flottement pendant laquelle cette nouvelle identité restera plus ou moins ethnique. Pendant un moment, le terme «Franco-ontarien» désignera les Canadiens-français de souche, catholiques et nés en Ontario. Une population concentrée dans des villages ou des paroisses urbaines bien délimités: Hearst, Sudbury, Prescott et Russell, Vanier, Orléans, etc. C’est la même identité ethnique mais provincialisée. On l’imagine, cette définition de soi n’est pas propice à l’accueil de l’autre. Elle formule des demandes onéreuses, voire impossible, pour l’intégration. Qui veut changer sa religion pour joindre une minorité? Qui peut changer la couleur de sa peau?

Cela nous mène à la deuxième grande mutation. Très rapidement les Franco-ontariens vont remodeler leur identité. Elle va s’élargir pour inclure tous les citoyens de l’Ontario qui parlent français, qu’ils soient catholiques ou non, qu’ils soient nés au Canada ou à l’étranger. La langue devient le principal référent identitaire. En 2009, la province prendra acte de ce changement en adoptant pour ses statistiques officielles une nouvelle définition inclusive de francophone.

Cet évolution identitaire est récente et elle n’est pas encore complète. Elle propose une identité linguistique, provinciale et inclusive qui révolutionne le paradigme de l’immigration. Soudainement, les nouveaux venus ne sont plus perçus comme des concurrents, mais comme des recrues potentielles. La grande vague d’immigration de l’après-guerre, en Ontario, ne représente plus une menace. C’est une occasion d’agrandir la famille francophone. L’Ontario français devient une société d’accueil.

À travers le monde, il y a peu de communautés minoritaires qui offrent un tel example de réflexivité, d’adaptation, et d’ouverture. C’est un succès qui est passé largement inaperçu, mais qui est le précurseur de toutes nos réalisations en matière d’immigration.

2. Nos organismes et l’immigration

Plus que partout ailleurs dans la province, c’est à Toronto que cette nouvelle identité plurielle s’affirme le plus vigoureusement. Elle se manifeste dans l’ensemble des activités de notre tissu associatif. D’une part, nos organismes culturels célèbrent la diversité avec panache. Saviez-vous que la plus grande diva d’Afrique, Angélique Kidjo, était à Dundas Square cet été, lors de la Franco-Fête? (Sinon, vous avez vraiment manqué quelque chose!) Avez-vous assisté à la conférence du premier auteur d’Haïti et du Canada à siéger à l’Académie française, Dany Laferrière, lors du Mois de l’histoire des Noirs à Toronto?

Les artistes, créateurs et diffuseurs culturels de la francophonie torontoise abordent volontier le thème de l’immigration. Cette année, par exemple:

  • Le Théâtre français nous a offert le spectacle de Mani Soleymanlou.
  • Le Salon du livre a présenté une table tonde sur la littérature multiculturelle.
  • Les Éditions du GREF ont publié le dernier roman de Jean-Baptiste Mubalutila Mbizi.
  • Le théâtre CanAfrique a tenu son camp de rayonnement.
  • Le Festival Kompa Zouk nous a fait danser sur ses rythmes endiablé.
  • La chaîne TFO a diffusé les émissions telles que : Vivre Ici, ImmigrAdos et Identité 2.0.

Plusieurs organismes francophones d’ici offrent des services essentiels aux immigrants. Je songe, bien sûr, au Réseau de soutien de l’immigration francophone et au site Etablissement.org qui se spécialisent dans ce domaine. Je pense aussi aux organismes plus généralistes, mais qui répondent aux besoins d’une clientèle immigrante grandissante: le Centre francophone, la Fondation Trillium, la Passerelle-I.D.E, le RDEE Ontario, Action positive, le Centre d’accueil héritage, l’Oasis Centre des femmes.

Mentionnons, finalement, les associations créées par et pour les groupes ethnoculturels de la Francophonie torontoise: l’Association marocaine, le Regroupement mauricien, la Maison d’Haïti, le mouvement ontarien des femmes immigrantes, etc.

DÉFIS À RELEVER

La communauté franco-torontoise a parcouru beaucoup de chemin, mais je ne voudrais pas donner l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il reste plusieurs défis à relever. J’en note au moins trois.

1. Faciliter l’intégration économique

D’abord, il impératif de favoriser l’intégration économique des nouveaux venus. Les statistiques sont alarmantes. Le taux de chômage est trois fois plus élevé chez les immigrants francophones que chez les autres Torontois. De plus, les immigrants francophones qui trouvent du travail ici gagnent, en moyenne 18 000 $ de moins par année qu’un immigrant non-francophone.

Ce fossé est inacceptable. Il faut aider les nouveaux venu à obtenir des emplois de qualités, des emplois bien rémunérés. Il n’y pas de panacée pour régler ce problème complexe, mais les programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat offerts par nos organismes sont une partie de la réponse. Rappellons aussi le rôle crucial que nos établissements postsecondaires jouent dans la formation de la main d’œuvre francophone. Qui s’instruit s’enrichit.

2. Accroître l’immigration francophone

Cela pourra sembler contradictoire, mais le deuxième défi est d’augmenter l’immigration francophone. Le dernier recensement montre qu’à l’échelle provinciale, le poids démographique des Franco-ontariens a décliné, passant de 4,5% à 4,3%. Puisque c’est par l’immigration que la population de la province s’est accrue, c’est aussi par l’immigration qu’il faut rétablir l’équilibre. L’Ontario français doit recevoir sa juste part d’immigrants. C’est pour répondre à cette préoccupation que le gouvernement provincial s’est doté une cible de 5% d’immigrant d’expression française. La mesure a été adoptée en novembre 2012 et se voit renforcée par le projet de loi 161 qui vient d’être déposé à Queen’s Park.

C’est une bonne nouvelle, mais il faut mettre des bémols. D’abord, le projet de loi pourrait mourir au feuilleton si des élections étaient déclenchées ce printemps. Ensuite l’immigration est une responsabilité fédérale. L’Ontario doit obtenir le droit de sélectionner un plus grand nombre de ses immigrants et d’élargir le bassin où elle pourra recruter des francophones. Ce n’est pas gagné d’avance. Même si la loi était adoptée et qu’Ottawa se montrait collaboratif, il faut encore préciser les mesures concrètes qui permettront d’améliorer le recrutement des francophones à l’étranger. Rappellons qu’Ottawa a déjà une cible théorique de 4,4% mais qu’il n’arrive pas à l’atteindre.

3. Concilier le multiculturalisme et la dualité linguistique

Le troisième et dernier défi, à mon sens, est de concilier le multiculturalisme avec la dualité linguistique. On le sait, Toronto est la ville la plus multiculturelle du monde. Près de 50% des Torontois sont nés à l’étranger, et parmis eux, près de 50% sont des minorités visibles provenant de la Chine, des pays Arabes, de l’Amérique latine, de l’Afrique et de la Corée.

Ces statistiques sont bien connues, mais je me souviens du moment où elles se sont concrétisées pour moi. Ce jour-là, je prenais une longue marche estivale sur la rue Gerrard Est, en direction de l’Ouest de la ville. Au coin de Coxwell, j’ai admiré les somptueux saris de mariage du bazar indien. Quelques pâtés de maison plus loin, j’observais l’élégant minaret de la mosquée Madinah. Poursuivant ma promenade, j’ai été séduit par les arômes épicés provenant des restaurants éthiopiens, puis interpellé par les enseignes des pubs irlandais m’invitant à savourer un bock Guinness bien froide. Après quelques minutes, j’approchais de Broadview et me retrouvais en Chine, au milieu des étals de gingembre et de bok-choï. En arpentant ma ville pendant une heure, j’avais fait le tour du monde! Je suis sûr que vous aussi, vous avez connu des petites épiphanies de ce genre.

Bien sûr, le multiculturalisme ne se réduit pas à quelques façades de magazins. C’est un système de valeurs et un discours sur le vivre ensemble. Le multiculturalisme nous invite à célébrer la différence. C’est un appel à la concorde plutôt qu’aux conflits interethniques. Pour les immigrants, c’est la promesse d’une transition un peu plus facile dans ce nouveau pays. C’est un engagement contre le racisme. Les valeurs multiculturalistes sont très attrayantes et elles sont au diapason de la réalité torontoise. C’est le discours dominant. Il n’est donc pas surprenant que la devise de la Ville Reine soit: «Diversity our Strenght».

Mais voilà, cette devise est en anglais. Ce qui nous rappelle que le multiculturalisme n’est pas le seul principe du contrat social canadien. Notre pays repose aussi sur la dualité linguistique. À Toronto, le multiculturalisme est tellement dominant qu’il est parfois difficile de faire valoir les droits linguistiques de notre communauté. Demandez plus de services municipaux en français, et l’on vous fera entendre que les Francophones ne sont que l’une des nombreuses minorités de la ville; qu’il y a beaucoup plus de locuteurs du Cantonais ou de l’Italien; que le français n’est que la 16ième langue parlée à Toronto. À ce compte, pourquoi la province financerait-elle un réseau d’écoles francophones? Comment justifier le «privilège» de nos services publics en français?

C’est à ce moment qu’il faut réaffirmer l’importance de la dualité linguistique. Le Canada est un pays multiculturel, et c’est tant mieux, mais c’est aussi un pays bilingue. Nos communautés de langues officielles ne sont pas des minorités ethniques parmis d’autres. D’abord, les francophones ne sont pas rassemblés par la religion ou l’ethnicité, mais par une langue commune. Ensuite, les francophones appartiennent à l’une des trois communautés fondatrices du pays. Le Canada est né d’un partenariat entre les Autochtones, les Francophones et les Anglophones. Ce pacte originel s’incarne dans toute une série de protections constitutionnelles et légales accordées à la langue française.

J’irai plus loin et dirai que la dualité linguistique est le soubassement même du multiculturalisme. C’est la diversité originelle qui a ouvert la porte à une conception de plus en plus inclusive de la société. Si le Canada est aujourd’hui à l’avant-garde du multiculturalisme, c’est parce qu’il a rejeté, dès sa fondation, l’idée d’un État-nation unitaire et homogène. La prochaine fois qu’un ami torontois invoquera le multiculturalisme pour attaquer les «privilèges des Francophones», rappellez-lui le principe du canari dans la mine. Si le Canada n’arrivait pas à honorer ses promesses les plus solennelles faites à sa minorité linguistique la plus ancienne et la plus populeuse, ce serait inquiétant pour toutes les minorités de la mosaïque torontoise.

CONCLUSION

Pour conclure, je dirais que la francophonie torontoise a contribué de belle façon à l’ouverture identitaire et au tissu associatif qui accueille les nouveaux venus de la province. Ne nous assoyons pas sur nos lauriers. Dans les années à venir, il faudra améliorer l’intégration économique des immigrants, lutter pour accroître la proportion d’immigrants francophones en Ontario et réaffirmer nos droits linguistiques dans la capitale mondiale du multiculturalisme.

Les trois tables ronde d’aujourd’hui approfondirons ces questions, et bien d’autres encore. Nous espérons un dialogue franc et ouvert, des débats vifs mais respectueux. Tout au cours de cette journée, gardons en mémoire ce qui nous rassemble. Que l’on soit né sur les rives du Lac Ontario ou du Fleuve Congo, près de Casa Loma ou de Casablanca, que l’on ait grandi à l’ombre de la Tour CN ou de la Tour Eiffel, nous sommes tous, vous et moi, des Franco-Torontois.

Merci et bon Forum!

Horwath

Le dilemme d’Andrea Horwath

Horwath

Le nouveau ministre des Finances de l’Ontario, Charles Sousa, dépose aujourd’hui son budget. Cet exercice est toujours un temps fort de la démocratie parlementaire puisque c’est le moment où un gouvernement établit ses grandes priorités. Dans un contexte de gouvernement minoritaire, les enjeux sont encore plus considérables. Une défaite de la motion budgétaire entraînerait la chute du gouvernement libéral de Kathleen Wynne et déclencherait élections provinciales vers la fin juin.

Monsieur Tim Hudak a déjà annoncé que le caucus conservateur voterait contre le budget, ce qui signifie que le sort du gouvernement est maintenant entre les mains du NPD. Au moment d’écrire ces lignes, Andrea Horwath continue de faire durer le suspense. Elle devra soupeser plusieurs considérations, dont les chances de succès électoral de ses troupes. Quelles sont les intentions de votes en faveur du NPD de l’Ontario? Voici la moyenne des derniers sondages  (pondérés par leur âge et la taille de leur échantillon) :

  • Parti libéral de l’Ontario: 32,5 %
  • Parti progressiste conservateur de l’Ontario: 35,5 %
  • Nouveau Parti démocratique de l’Ontario: 25,9 %
  • Parti vert de l’Ontario: 5,0 %

Comment ces intentions de votes se traduiraient-elles en sièges à Queen’s Park? Faisons un calcul grossier. Soustrayons les intentions de vote actuelles du pourcentage de votes obtenus lors de la dernière élection. Ajoutons ensuite cette «tendance» au résultat obtenu par chaque parti dans chaque circonscription en 2011. Voici les résultats de cette projection:

PROJECTION DE SIÈGE (2 MAI 2013)

Circonscription 2011 2013? LIB CON NPD PV Vedettes en lice
AJAX-PICKERING LIB LIB 42.21 35.60 17.53 4.10
ALGOMA-MANITOULIN NPD NPD 23.29 23.66 47.68 4.69
ANCASTER-DUNDAS-FLAMBOROUGH-WESTDALE LIB LIB 38.57 34.64 20.36 5.04 Ted McMeekin
BARRIE CON CON 29.68 40.72 22.11 6.49
BEACHES-EAST YORK NPD NPD 30.95 13.99 49.98 4.74
BRAMALEA-GORE-MALTON NPD NPD 27.80 22.77 41.32 4.56
BRAMPTON-SPRINGDALE LIB LIB 39.30 36.23 18.41 4.61 Linda Jeffrey
BRAMPTON WEST LIB LIB 38.63 32.92 22.12 5.32
BRANT LIB CON 31.95 34.71 27.36 4.16
BRUCE-GREY-OWEN SOUND CON CON 21.23 47.43 18.01 8.49
BURLINGTON CON CON 30.94 40.47 22.03 4.33
CAMBRIDGE CON CON 27.94 37.75 27.77 4.56
CARLETON-MISSISSIPPI MILLS CON CON 28.95 50.35 14.50 5.37
CHATHAM-KENT-ESSEX CON CON 27.01 41.84 26.41 4.90
DAVENPORT NPD NPD 36.28 7.99 49.09 4.79
DON VALLEY EAST LIB LIB 45.95 27.25 21.76 4.25 Michael Coteau
DON VALLEY WEST LIB LIB 53.19 30.66 11.80 3.77 Kathleen Wynn
DUFFERIN-CALEDON CON CON 21.62 47.01 14.22 16.64
DURHAM CON CON 24.22 49.13 20.75 4.74
EGLINTON-LAWRENCE LIB LIB 49.02 33.61 12.98 3.56
ELGIN-MIDDLESEX-LONDON CON CON 21.68 47.92 25.43 4.43
ESSEX NPD NPD 19.99 35.07 41.15 3.94
ETOBICOKE CENTRE LIB LIB 46.35 32.84 15.14 4.03
ETOBICOKE-LAKESHORE LIB LIB 45.89 29.30 18.61 4.74 Laurel Broten
ETOBICOKE NORTH LIB LIB 43.33 24.42 24.92 4.23
GLENGARRY-PRESCOTT-RUSSELL LIB CON 38.05 39.82 17.40 3.98
GUELPH LIB LIB 37.30 25.66 27.04 8.99 Liz Sandals
HALDIMAND-NORFOLK CON CON 11.97 60.87 22.58 4.15
HALIBURTON-KAWARTHA LAKES-BROCK CON CON 28.45 45.49 20.47 5.23
HALTON CON CON 34.00 44.53 16.31 4.24
HAMILTON CENTRE NPD NPD 12.33 13.23 64.49 5.78 Andrea Horwath
HAMILTON EAST-STONEY CREEK NPD NPD 21.17 18.77 54.88 3.81
HAMILTON MOUNTAIN NPD NPD 27.25 19.10 48.32 3.71
HURON-BRUCE CON CON 27.62 42.82 24.01 3.78
KENORA-RAINY RIVER NPD NPD 4.85 37.71 52.78 3.83
KINGSTON AND THE ISLANDS LIB LIB 43.71 22.38 26.95 5.76 John Gerretsen
KITCHENER CENTRE LIB CON 34.10 38.46 21.98 4.45 John Milloy
KITCHENER-CONESTOGA CON CON 30.37 44.24 20.73 4.81
KITCHENER-WATERLOO CON CON 30.91 43.83 19.83 4.70
LAMBTON-KENT-MIDDLESEX CON CON 24.19 45.80 24.12 4.39
LANARK-FRONTENAC-LENNOX AND ADDINGTON CON CON 22.75 50.18 21.25 5.97
LEEDS-GRENVILLE CON CON 12.30 63.66 18.39 5.51
LONDON-FANSHAWE NPD NPD 23.15 26.58 43.93 4.55
LONDON NORTH CENTRE LIB LIB 38.78 28.99 25.87 5.38 Deb Matthews
LONDON WEST LIB LIB 40.52 29.55 24.88 4.47
MARKHAM-UNIONVILLE LIB LIB 47.45 31.53 15.45 5.02 Michael Chan
MISSISSAUGA-BRAMPTON SOUTH LIB LIB 40.91 30.46 19.18 5.74
MISSISSAUGA EAST-COOKSVILLE LIB LIB 40.61 33.32 19.95 4.81
MISSISSAUGA-ERINDALE LIB LIB 39.90 35.76 20.18 3.93 Harinder Takhar
MISSISSAUGA SOUTH LIB LIB 45.58 36.15 13.22 4.20 Charles Sousa
MISSISSAUGA-STREETSVILLE LIB LIB 46.41 29.60 18.39 5.74
NEPEAN-CARLETON CON CON 21.84 54.54 17.93 5.04
NEWMARKET-AURORA CON CON 30.49 47.30 17.52 4.83
NIAGARA FALLS LIB CON 30.76 34.89 29.46 3.68
NIAGARA WEST-GLANBROOK CON CON 20.85 51.01 21.71 4.87 Tim Hudak
NICKEL BELT NPD NPD 19.09 18.35 58.02 4.69
NIPISSING CON CON 23.46 50.17 21.30 5.22
NORTHUMBERLAND-QUINTE WEST CON CON 33.21 39.86 20.89 5.12
OAK RIDGES MARKHAM LIB LIB 39.65 37.20 16.42 4.49
OAKVILLE LIB LIB 42.96 38.01 13.40 4.00
OSHAWA CON CON 12.36 42.31 39.34 4.68
OTTAWA CENTRE LIB LIB 41.68 18.39 32.29 6.38 Yasir Naqvi
OTTAWA-ORLÉANS LIB LIB 41.31 40.44 13.74 3.94
OTTAWA SOUTH LIB LIB 43.73 33.49 16.55 5.29
OTTAWA-VANIER LIB LIB 46.38 23.50 22.76 6.57 Madeleine Meilleur
OTTAWA WEST-NEPEAN LIB CON 36.49 39.41 17.96 5.40 Bob Chiarelli
OXFORD CON CON 19.86 54.93 18.79 5.61
PARKDALE-HIGH PARK NPD NPD 32.29 11.80 49.36 5.39
PARRY SOUND-MUSKOKA CON CON 13.08 54.15 21.34 11.12
PERTH-WELLINGTON CON CON 34.40 40.15 18.92 4.54
PETERBOROUGH LIB LIB 34.80 31.55 28.77 4.60 Jeff Leal
PICKERING-SCARBOROUGH EAST LIB LIB 41.53 33.47 19.63 4.87 Tracy MacCharles
PRINCE EWARD-HASTINGS CON CON 30.12 42.34 19.74 6.66 Leona Dobrowsky
RENFREW-NIPISSING-PEMBROKE CON CON 10.85 70.84 14.13 3.53
RICHMOND HILLS LIB LIB 41.79 35.85 16.13 5.36 Reza Moridi
ST. CATHARINES LIB CON 35.08 36.27 23.36 4.56 Jim Bradley
ST. PAUL’S LIB LIB 53.26 20.98 19.77 4.81 Eric Hoskins
SARNIA-LAMBTON CON CON 16.65 48.38 28.61 4.72
SAULT STE. MARIE LIB LIB 49.82 11.92 33.99 3.83 David Orazietti
SCARBOROUGH-AGINCOURT LIB LIB 41.72 32.19 18.93 4.33
SCARBOROUGH CENTRE LIB LIB 46.30 23.99 25.07 3.84 Brad Duguid
SCARBOROUGH-GUILDWOOD LIB LIB 43.80 28.71 22.58 3.35
SCARBOROUGH-ROUGE RIVER LIB NPD 36.74 18.85 39.13 3.31
SCARBOROUGH SOUTHWEST LIB LIB 38.96 31.51 24.51 4.41
SIMCOE-GREY CON CON 17.18 54.39 17.82 10.76 Mike Schreiner
SIMCOE NORTH CON CON 17.28 55.22 20.12 7.53
STORMONT-DUNDAS-SOUTH-GLENGARRY CON CON 16.53 55.31 23.81 3.48
SUDBURY LIB NPD 37.24 13.63 43.89 4.74 Rick Bartolucci
THORNHILL CON CON 35.79 46.77 12.12 3.74
THUNDER BAY-ATIKOKAN LIB NPD 33.84 22.02 40.47 3.49
THUNDER BAY-SUPERIOR NORTH LIB LIB 39.87 17.57 38.01 4.18 Michael Gravelle
TIMISKAMING-COCHRANE NPD NPD 20.79 21.23 53.28 3.30
TIMMINS-JAMES BAY NPD NPD 7.24 36.75 52.63 3.06
TORONTO CENTRE LIB LIB 49.81 15.70 28.35 4.50 Glen Murray
TORONTO-DANFORTH NPD NPD 25.47 9.45 57.17 5.70
TRINITY-SPADINA NPD NPD 34.80 11.62 45.52 7.21
VAUGHAN LIB LIB 47.89 31.30 14.49 3.47
WELLAND NPD NPD 14.63 32.19 47.82 4.36
WELLINGTON-HALTON HILLS CON CON 21.70 55.68 17.61 5.16
WHITBY-OSHAWA CON CON 28.27 48.23 18.62 4.30
WILLOWDALE LIB LIB 45.71 33.66 16.01 4.08 David Zimmer
WINDSOR-TECUMSEH LIB LIB 37.70 20.88 36.00 4.29
WINDSOR WEST LIB LIB 36.18 24.85 33.99 5.13 Teresa Piruzza
YORK CENTRE LIB LIB 40.23 35.58 17.29 3.71
YORK-SIMCOE CON CON 19.41 52.84 20.23 5.88
YORK SOUTH-WESTON LIB NPD 39.42 11.16 45.34 3.59
YORK WEST LIB LIB 45.36 12.11 37.98 3.32 Mario Sergio

 

En somme:

  • Parti libéral de l’Ontario: 43 députés (soit 40% des sièges)
  • Parti progressiste conservateur de l’Ontario: 43 députés (soit 40% des sièges)
  • Nouveau Parti démocratique de l’Ontario: 21 députés (soit 20% des sièges)
  • Parti vert de l’Ontario: aucun député.

Si des élections provinciales avaient lieu aujourd’hui, l’Ontario obtiendrait probablement un autre gouvernement minoritaire libéral. Les Conservateurs auraient une légère avance dans le vote populaire, certes,  mais en termes de sièges ils seraient au coude-à-coude avec les Libéraux à Queen’s Park. Puisque la convention veut que l’on offre d’abord au gouvernement sortant la chance de gagner la confiance de la Chambre, madame Wynne pourrait vraisemblablement poursuivre ses fonctions de première ministre.

Dans ce scénario, le NPD resterait le troisième parti en Chambre  mais continuerait à influencer les politiques publiques du gouvernement minoritaire. Les néo-démocrates conserveraient leurs sièges actuels et en remporteraient quelques nouveaux, peut-être dans le Grand Toronto (Scarborough- Rouge River, York South-Weston) et dans le Nord de la province (Sudbury et Thunder Bay-Atikokan). Il faut entrevoir des batailles serrés et des gains modestes.

Ces avancées pourraient aisément s’inverser si les Ontariens décidaient de punir les partis d’opposition pour des élections hâtives. Les syndicats et l’électorat de gauche pourrait aussi reprocher au NPD d’avoir défait un budget contenant certaines mesures progressistes sur l’emploi des jeunes, les soins de longue durée des aînés, l’admissibilité à l’aide sociale, la réduction des déductions d’impôt de la grande entreprise et la hausse du salaire minimum. Des résultats électoraux décevants pourraient aussi remettre en cause le leadership de  madame Horwath au sein de son propre parti.

Si le NPD adopte la stratégie inverse, s’il appuie le budget Sousa et repousse les élections à plus tard, il risque de voir ses meilleures idées mises en œuvre par le gouvernement libéral. Cela pourrait permettre à madame Wynne de poursuivre sa conquête de l’électorat de gauche au détriment des néo-démocrates. L’histoire reproduirait ainsi l’épisode de 1985, lorsque le NPD de Bob Rae avait appuyé les Libéraux de Peterson, lui permettant ainsi d’assoir son emprise sur le gouvernement et de remporter une majorité écrasante deux ans plus tard.

Appuyer un gouvernement en remontée ou faire le pari risqué d’une campagne? Le dilemme du NPD exige de savants calculs stratégiques. Tout l’Ontario politique attend de voir si Andrea Horwath tranchera le nœud gordien.

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Trudeau et la stratégie de l’ambigüité

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Après une écrasante défaite lors de la dernière élection, le Parti libéral du Canada a commencé à remonter la pente à  la fin de l’été 2012. Il a maintenant gagné plus de 10 points dans les intentions de vote. Plusieurs hypothèses cherchent à expliquer ces gains, mais ils coïncident avec l’irruption d’un certain Justin Trudeau dans la course à la chefferie libérale, et le « facteur Trudeau » est l’explication la plus plausible.

Plusieurs commentateurs sont choqués et surpris. Comment les Canadiens peuvent-ils s’enticher d’un chef dépourvu de politiques publiques? Où est la substance? Loin d’être une entrave, l’ambigüité a propulsé monsieur Trudeau. Elle a permis aux citoyens de projeter leurs aspirations sur un canevas vierge.

Ce mécanisme est bien connu. Plusieurs études montrent que les électeurs non-partisans répondent favorablement à l’ambigüité (Tomz & Van Houweling 2009) et que l’absence de politiques concrètes peut être avantageuse. Il semble que les électeurs préfèrent se faire une opinion, même mal fondée, plutôt que d’endurer les tensions psychologiques causées par l’incertitude. À défaut de renseignements, ils tendent vers l’optimisme.

Du point de vue démocratique, les citoyens devraient avoir accès au plus d’information possible afin de voter de façon éclairée. C’est essentiel. Du point de vue partisan, le moins est le mieux. Sous cet angle, Kim Campbell n’avait pas tort : « une campagne électorale n’est pas le moment pour débattre d’enjeux important ». Un stratège politique américain allait plus loin et recommandait :

Que le candidat ne souffle pas un mot de ses principes ni de son crédo. Qu’il ne dise rien, ne promette rien. Assurez-vous qu’aucun comité, aucune convention, aucune assemblée publique ne le force à échapper un seul mot sur ce qu’il pense maintenant ou ce qu’il fera plus tard. Que l’usage de la plume lui soit interdit aussi sûrement que s’il était un poète fou enfermé dans un asile. (Biddles, Nicholas, [1919], Correspondence, Boston : Houghton-Mifflin, p. 256).

Trop d’information peut nuire. l’expérience amusante, mais scientifique, de Norton Frost et Ariley (2007) montre que les usagers des sites de rencontres romantiques en ligne perdent intérêt pour un prétendant à mesure qu’ils en apprennent davantage sur cette personne. Plus on recueille de renseignements sur quelqu’un, plus on a de chance de réaliser en quoi il diffère de nous.

Le même principe est à l’œuvre en politique, où la familiarité avec un politicien tend à engendrer le mépris (Norton, Frost & Ariely 2007). Ainsi, un député britannique comparait le premier ministre Tony Blair à un pouding très sucré : « La première bouchée est agréable, les suivantes vous lèvent le cœur ». Ne soyons pas cyniques. Les politiciens ne sont pas foncièrement plus antipathiques que les autres être humains, mais ils sont constamment exposés au regard public. Ils sont donc des victimes toutes désignées pour nos distorsions cognitives.

Tant qu’il était candidat en tête dans une course à la chefferie, monsieur Trudeau a pu tenir un discours équivoque qui l’a bien servi. Maintenant qu’il est chef du troisième parti politique du Canada, il sera forcé de camper ses positions. Au lieu d’esquiver les soufflets de Libéraux complaisants, il devra encaisser les crochets, voire les attaques en bas de la ceinture, de ses adversaires. Chaque pointe qu’il lancera contre les Conservateurs, les Néo-démocrates ou les Bloquistes lors de la période de question le forcera à mieux définir, de façon explicite ou implicite, ses propres politiques. Inévitablement, il devra offrir des alternatives concrètes au gouvernement Harper et devra défendre une plateforme électorale.

Dans les mois qui viennent, monsieur Trudeau et le Parti libéral du Canada perdront l’avantage de l’ambigüité. Nous pourrons alors prendre la véritable mesure de l’homme et mieux évaluer les chances de succès du Parti de Stéphane Dion, Michael Ignatieff et Bob Rae.

 SOURCES