Cinq leçons apprises lors du G20 à Toronto

Les leaders du G20 viennent de quitter Toronto et c’est l’heure des bilans. Quelle est la morale de cette histoire? Quels conseils prodiguer aux prochains organisateurs et manifestants du sommet? Je retiens cinq leçons.

1. Le vandalisme et la violence sont inacceptables d’un côté de la barricade comme de l’autre. Les comités de coordination des manifestations devraient purger les «activistes Black Bloc» de leur rang et collaborer avec la police pour l’arrestation des fauteurs de trouble. Ces extrémistes prennent tout le mouvement progressiste en otage et lui font un tort incalculable.

2. Les droits politiques des citoyens ne peuvent être suspendus simplement parce qu’ils gênent les forces de l’ordre. L’article 2 de la Charte canadienne garanti la liberté d’expression, la liberté de la presse et la liberté de réunion pacifique pour tous. Les autorités n’ont pas le droit de modifier en secret les règles d’arrestation, ni arrêter plus de 900 manifestants pacifiques et les priver de communication avec leur avocat et leur famille, ni violenter les journalistes, ni envahir une résidence sans mandat pour réveiller ses occupants à la pointe du fusil.

Nos droits fondamentaux ont été restreints de façon déraisonnable et injustifiable «dans le cadre d’une société libre et démocratique». Le pays n’a rien vu de tel depuis la Crise d’Octobre. Vous en doutez? Interrogez Steve Paikin et Lisa Laflamme, des journalistes crédibles qui étaient sur place. Lisez les commentaires du New York Times et d’Amnestie internationale qui blâment le gouvernement pour ces excès. Les manifestations pacifiques sont nécessaire à la démocratie. Elles ont été employées par les Gandhi, Mandela et Luther King. S’ils avaient été à Toronto aujourd’hui, ils auraient été bastonnés et jetés en prison.

3. Les médias ne doivent pas se laisser distraire par les actes isolés de quelques extrémistes ni par les boniments de la police. Au coeur de la tempête, il est tentant de mettre en rotation des images de voitures enflammées et de casseurs de vitrine. Il est très facile de se laisser séduire par les discussions tactiques et par les points de presse bien léchés du chef de police. Le problème, c’est que cela néglige les préoccupations légitimes des quelques 25000 Canadiens qui sont descendus dans les rues. Sauf exception, les média ont ignoré le point de vue de ces manifestants. Pourquoi n’a-t-on pas invité deux ou trois militants en studio pour qu’ils expliquent leurs motivations et parlent des enjeux qui leurs tiennent à coeur? Pourquoi n’a-t-on pas parlé des grands enjeux? Le choix ne manquait pas: la faim dans le monde, le droit à l’avortement, le logement social, le plein emploi, le réchauffement climatique, les besoins des communautés autochtones ou la lutte à la pauvreté. Pourquoi cette obsession pour les flambées et les uniformes?

4. Les gouvernements ne devraient pas tenir d’événement de ce genre en plein centre-ville, dans des secteurs densément peuplés et entourés de commerces. Négligez cette leçon à vos risques et périls, monsieur Sarkozy.

5. Le budget du sommet aurait dû prévoir un fonds de compensation pour les commerçants affectés. Puisque les assurances  excluent ce genre d’avaries, il faut indemniser tous les marchants affectés, et spécialement les petits boutiquiers. Il faut compenser pour les vitrines fracassées, bien sûr, mais aussi pour les journées de travail perdues par les serveurs de restaurants et par les commis de magasin. Les Conservateurs disent défendre les entrepreneurs. C’est le moment de le prouver.

5 réflexions sur “Cinq leçons apprises lors du G20 à Toronto

  1. Bien-dit, Alexandre. Au point #2, j’ajouterais que les articles 30 et 31 du code criminel – qui permettent l’arrestastion des individus qu’un agent de paix croit ont commis ou sont sur le point de commetre une violation de la paix – ne devraient pas être utilisés contre les manifestants pacifiques. Les articles du code doivent être intrerprétes d’une manière qui conforme avec les droits guarantis par la Chartre. J’espère que quelques personnes arrestées lors du G20 vont demander au tribunal de trouver que la loi n’a pas été apliquée en conformité avec la Charte (surtout les articles 2, 9, et 10). Mais je n’ai pas beaucoup de confiance qu’elles obtiendront un résultat favorable.

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