Marché et démocratie: comment domestiquer des termites?

Les tensions entre la démocratie et le marché ne datent pas d’hier, mais le problème s’approfondit et s’élargit dans un monde où tout peut être acheté et vendu, et où ces produit sont échangés instantanément à l’échelle planétaire.

La mondialisation réduit-t-elle les États à l’impuissance? Peut-on canaliser la myriade de micro-transactions, véritables termites qui rongent les pouvoirs de nos élus et qui s’agglutinent dans un marché mondial ? Comment prospérer, créer des emplois de qualité et de financer nos programmes sociaux à l’ère globale?

La mondialisation n’est pas une fatalité et nos gouvernements ne sont pas paralysés. Ils peuvent agir par le truchement de :

  1. la politique monétaire;
  2. la politique fiscale;
  3. la politique industrielle;
  4. la participation à la gouvernance globale;
  5. et la politique d’innovation.

Chacun de ces instruments comporte des avantages et des inconvénients. Les économistes monétaristes préfèrent manipuler les taux d’intérêts afin de stabiliser le dollar, mais cela peut aussi détourner les capitaux des secteurs industriels, réduire la compétitivité des produits canadiens et créer du chômage.

Leurs collègues d’obédience keynésienne mettent l’emphase sur l’ajustement cyclique des dépenses gouvernementales afin de stimuler la consommation et de créer des emplois en période de récession. Ces dépenses seront financées par la dette extérieure ou par des hausses d’impôts, lesquels seront renversées au retour des beaux jours… Du moins, en théorie.

La protection des secteurs industriels névralgiques par la taxation des produits étrangers a connu plusieurs vogues, mais le bilan est contesté et la pratique est maintenant condamnée par le régime de l’Organisation mondiale du commerce.

L’idéal serait de s’inspirer du défunt système de Bretton Woods pour renforcer la gouvernance internationale du marché. Malheureusement, le rapport de force entre les États ne permet pas d’aller de l’avant. Même des projets plus modestes, comme la taxe Tobin sur la spéculation financière ou, plus récemment, la taxe mondiale sur les banques, ont échoués.

C’est dans ce contexte que les politiques d’innovation ont pris l’avant-scène du discours économique. Elles sont censées assurer la compétitivité des États dans la nouvelle économie du savoir. L’idée est de créer un climat favorable aux percées technologiques rentables, ce qui suppose:

  1. la formation, la rétention et le recrutement international des meilleurs têtes scientifiques (p.ex. bourses du Millénaire, Chaires de recherche du Canada, politique d’immigration favorable)
  2. le renforcement de tout le système d’éducation, de la pré-maternelle à l’université (infrastructures, accessibilité, curriculum, etc.);
  3. l’investissement dans la recherche fondamentale et appliquée au moyen d’agences autonomes attribuant des bourses par arbitrage par les pairs (p.ex.: CRSNG, CRSH, IRSC);
  4. le développement des infrastructures de recherche (p.ex. laboratoires, instituts, centres de recherche universitaires, programmes du FCI);
  5. et même la création de concours récompensant les avancées technologiques stratégiques (p.ex. vaccins, procédés plus verts pour le raffinement des sables bitumineux, cables superconducteurs pour l’exportation de l’électricité québécoise, meilleures piles pour les voitures électriques);

Ces tactiques disparates peuvent sembler éloignées des grand enjeux de la mondialisation, mais elles sont au coeur de la solution. Une politique d’innovation efficace permet d’harnacher l’écononomie mondiale à notre avantage. Elle peut encapaciter l’État et renforcer les institutions qui sont encore contrôlées par les citoyens. En ce sens, le progrès scientifique est le meilleur espoir de la démocratie.

Après une série d’erreurs lamentables, le gouvernement Harper semble avoir finalement réalisé l’importance de la science et des technologies. Ces initiatives de dernière minute sauront-elles compenser pour ce vandalisme?  Aideront-elles à domestiquer les «termites» du marché mondial?

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