L’immigration francophone à Toronto: succès et défis

image

Allocution d’ouverture du 2ième Forum de la francophonie torontoise prononcée le 17 mars 2014 au Collège universitaire Glendon par Alexandre Brassard


CHERS AMIS. Avez-vous remarqué comme le printemps se fait tirer de l’oreille à Toronto? À la fin mars, entre deux tempêtes de neige tardives, on sait que la slush va finir par fondre sur la rue Yonge. On sait que le vent d’hiver va cesser de nous mordre le nez, éventuellement, et l’on sait que l’on pourra bientôt remiser ses bottes et mitaines. On le sait en son for intérieur, mais on ne le voit pas encore. Chez nous, le printemps est un acte de foi.

Il en va de même pour la Francophonie d’ici. Nous sommes une minorité souvent invisible, mais nous aimons confondre les sceptiques et émerger de notre hibernation, de temps à autre, pour nous rassembler et fêter notre langue. La Journée internationale de la Francophonie est le 20 mars, et c’est notre signal. C’est le moment où plus de 220 millions de locuteurs célèbrent la langue de Molière, de Miron et de Senghor. Le français est ainsi à l’honneur dans plus de 70 pays. Au Canada seulement, les Rendez-vous de la Francophonie regroupent plus de 1 500 activités d’un océan à l’autre.

La Ville Reine n’est pas en reste, et les organisateurs de la Semaine de la Francophonie à Toronto nous ont concocté une programmation culturelle des plus alléchantes. L’édition 2014 inclut les courts-métrages de Cinéfranco, le vernissage et le Molière des étudiants de Glendon. Elle inclut la conférence de Jimmy Larouche au Club canadien; du jazz et une conférence littéraire à l’Alliance française. Elle inclut aussi des concerts, une émission et une grande Soirée d’ouv

erture à Radio-Canada. En prélude à ces festivités, les forces vives de la communauté se rassemblent aujourd’hui au Centre d’excellence de Glendon pour la deuxième édition du Forum de la francophonie torontoise. Nous sommes réunis pour resserrer les liens entre nos organismes, pour faire un bilan des récentes réalisations, et pour réfléchir ensemble aux grands défis à venir. Merci d’être des nôtres. Merci de consacrer votre temps et votre passion à la francophonie d’ici.

1. Une année à célébrer

Les Francophones ont le sens de la fête… Nous n’avons probablement pas besoin de prétexte pour célébrer. Il me semble, néanmoins que la dernière année a été particulièrement faste. Lisez L’Express et Le Métropolitain, écoutez Radio-Canada, Choq FM et TFO, prenez le poulx de la communauté et vous serez épatés. Vous entendrez parler d’investissements, de projets structurants, de nouvelles initiatives. Tous les secteurs de la francophonie torontoise sont en effervescence.

Les choses bougent, d’abord, chez nos gouvernements. Ottawa a commencé la mise en œuvre de sa nouvelle Feuille de route pour les langues officielles et a déjà investi dans une vingtaine d’organismes situés à Toronto. Plus près de nous, la province a renforcé l’indépendance du Commissaire aux services en français et a déposé un projet loi sur l’immigration qui comporte un volet francophone. La Ville s’est aussi rendue aux arguments de l’ACFO-Toronto et vient de créer un nouveau comité français qui nous donne enfin une voix dans les instances municipales… (Les mauvaises langues se demandent même si le Maire Ford apprendra à imiter l’accent français.)

Si vous êtes étudiant ou parent, vous savez déjà que le monde de l’éducation a connu un bel essor. Les conseils scolaires Catholique et Viamonde ont rénové et ouvert des écoles. Le Ministre de la formation, des Collèges et Universités a annoncé, ici même, un plan d’action pour l’éducation postsecondaire francophone dans le Centre Sud-Ouest et des investissements de 16,5 M$ pour étendre les programmes. La province a aussi formé un comité consultatif et le ministre s’est engagé à analyser la capacité de Glendon d’être le centre régional de l’éducation postsecondaire en français.

Cet élan s’est aussi manifesté dans le domaine de la culture et des sports. L’Alliance française s’est dotée d’une salle de spectacle professionnelle. Les Jeux PanAm de 2015 ont commencé à mobiliser la communauté en vue d’accueillir plus de 10 000 athlètes dans les trois langues officielles. Le Comité des célébrations des 400 ans de présence francophone en Ontario a commencé à planifier une foule d’activités à Toronto, dont l’érection d’un monument à Queen’s Park qui sera dédié à Samuel de Champlain.

Le secteur de la santé et des services sociaux se porte mieux que jamais. Une maison d’hébergement pour les femmes francophones a ouvert ses portes. Le Centre francophone de Toronto a créé un programme d’aide à l’emploi et une unité de santé mentale pour les adolescents. Les Centres d’accueil Héritage ont élargi leur gamme de programmes pour nos aînés. Action positive a obtenu son autonomie financière de l’AIDS Committee of Toronto et signé un contrat direct avec le Ministère de la Santé et des Soins de longue durée. Les Entités de planifications et les RLISS de la région ont appuyé de nouvelles initiatives pour la santé en français.

Malgré le contexte fiscal un peu morose, nos gens d’affaires et acteurs économiques sont resté industrieux. Les conférenciers du Club canadien ont permi à nos entrepreneurs de rester informés et d’innover. La Passerelle-I.D.É. a crée un nouveau point de services pour l’employabilité. Le RDÉE Ontario a contribué à l’embauche de centaines de professionnels francophones.

2. Essor et immigration

Comment expliquer ce dynamisme de la francophonie torontoise? Il me semble qu’il est attribuable, en bonne partie, à l’apport de l’immigration et à l’accroissement de la demande pour les services en français. Le Recensement de 2011 et la récente étude de Kathryn Barber sont éclairants. Ils révèlent que plus de 18 000 immigrants francophones se sont installés à Toronto ces quinze dernières années. Cela surpasse toutes les autres villes canadiennes sauf Montréal.

Et de quels pays proviennent-ils, ces immigrants francophones? Selon les données, les cinq principales sources d’immigration francophone à Toronto depuis 2001 étaient: l’Île Maurice (2 499), le Liban (2 368), la France (1 829), la République démocratique du Congo (1 794), et le Maroc (1 571).

La majorité de ces nouveaux venus sont admis en tant qu’immigrants économiques, bien que les réfugiés en provenance du Congo et d’Haïti aient été majoritaires en 2011-2012. Nous connaissons tous les charmes de Chinatown, de Greek Town et de la Petite Italie. Nos immigrants francophones ne sont pas regroupés dans des quartiers ethniques de ce genre. Comme vous le savez, il n’y a pas non plus de quartier majoritairement francophone, comme Saint-Boniface, Vanier ou Dieppe, même si nous avons une grappe d’institutions francophones au coin de Yonge et College. Les immigrants d’expression française sont donc dispersés à travers toute la ville. Ça favorise peut-être l’intégration sociale, mais ça comporte aussi des désavantages. L’éparpillement rend nos communautés moins visibles, il complique la prestation de services en français, et il n’aide pas à faire élire des conseillers municipaux ou des députés francophones.

Qu’ils proviennent de l’Île Maurice ou du Liban, de la France ou du Congo, ces nouveaux Canadiens transforment notre communauté et l’interpellent. Quels sont les besoins de nos nouveaux concitoyens? Comment nos organismes peuvent-ils faciliter l’intégration des immigrants? Comment les nouveaux arrivants, à leur tour, peuvent-ils contribuer à l’épanouissement de l’ensemble de la communauté franco-torontoise? C’est pour explorer ces questions que le Forum de la francophonie torontoise se penche cette année sur l’enjeu de l’immigration d’expression française à Toronto.

Je ne suis pas un expert de l’immigration. Mes collègues de Glendon, les professeurs Gertrude Mianda, Roberto Perin et Francis Garon le sont, et ils animeront nos trois tables rondes aujourd’hui. Je ne suis pas non plus un immigrant, quoique ma transplantation du Lac Saint-Jean à Toronto ne s’est pas réalisées sans un certain… choc culturel. Ce que je peux offrir, c’est un bref état des lieux inspirée par 15 ans d’engagement à Toronto. J’explorerai donc deux questions : 1) quel est le chemin parcouru en matière d’immigration? 2) Quels défis restent à relever?

CHEMIN PARCOURU

1. Expansion de l’identité franco-ontarienne

Notre première réalisation, en matière d’immigration, touche l’identité. En l’espace d’une seule génération, les Francophones de l’Ontario se sont réinventé à deux reprises. Quand on y pense, c’est remarquable. Pendant à peu près 300 ans, les Francophones d’ici se sont définis comme Canadiens-français. Ils se percevaient comme le maillon d’une vaste chaîne humaine qui devait relier tous les Francophones de l’Amérique du Nord. Les référents étaient ancrés dans le catholicisme, dans une histoire commune, dans une certaine continuité ancestrale. C’était une identité ethnique à l’échelle continentale.

Avec la Révolution tranquille, dans les années 60, tout va changer. La majorité francophone du Québec va recentrer son identité sur le territoire de la province. Mes grands-parents se disaient Canadiens français, mes parents se disent Québécois. Changement de vocable et d’identité. On peut donc dire que sur le plan culturel, les Francophones du Québec ont fait sécession par rapport au reste du Canada français. Le corrollaire, c’est que les Francophones du reste du pays ont été forcés, eux aussi, à se replier sur leurs provinces. Ils étaient Canadiens-français, ils seront désormais Franco-Manitobain, Fransaskois, Franco-Ontarien. C’est une première mutation identitaire.

Il y aura une période de flottement pendant laquelle cette nouvelle identité restera plus ou moins ethnique. Pendant un moment, le terme «Franco-ontarien» désignera les Canadiens-français de souche, catholiques et nés en Ontario. Une population concentrée dans des villages ou des paroisses urbaines bien délimités: Hearst, Sudbury, Prescott et Russell, Vanier, Orléans, etc. C’est la même identité ethnique mais provincialisée. On l’imagine, cette définition de soi n’est pas propice à l’accueil de l’autre. Elle formule des demandes onéreuses, voire impossible, pour l’intégration. Qui veut changer sa religion pour joindre une minorité? Qui peut changer la couleur de sa peau?

Cela nous mène à la deuxième grande mutation. Très rapidement les Franco-ontariens vont remodeler leur identité. Elle va s’élargir pour inclure tous les citoyens de l’Ontario qui parlent français, qu’ils soient catholiques ou non, qu’ils soient nés au Canada ou à l’étranger. La langue devient le principal référent identitaire. En 2009, la province prendra acte de ce changement en adoptant pour ses statistiques officielles une nouvelle définition inclusive de francophone.

Cet évolution identitaire est récente et elle n’est pas encore complète. Elle propose une identité linguistique, provinciale et inclusive qui révolutionne le paradigme de l’immigration. Soudainement, les nouveaux venus ne sont plus perçus comme des concurrents, mais comme des recrues potentielles. La grande vague d’immigration de l’après-guerre, en Ontario, ne représente plus une menace. C’est une occasion d’agrandir la famille francophone. L’Ontario français devient une société d’accueil.

À travers le monde, il y a peu de communautés minoritaires qui offrent un tel example de réflexivité, d’adaptation, et d’ouverture. C’est un succès qui est passé largement inaperçu, mais qui est le précurseur de toutes nos réalisations en matière d’immigration.

2. Nos organismes et l’immigration

Plus que partout ailleurs dans la province, c’est à Toronto que cette nouvelle identité plurielle s’affirme le plus vigoureusement. Elle se manifeste dans l’ensemble des activités de notre tissu associatif. D’une part, nos organismes culturels célèbrent la diversité avec panache. Saviez-vous que la plus grande diva d’Afrique, Angélique Kidjo, était à Dundas Square cet été, lors de la Franco-Fête? (Sinon, vous avez vraiment manqué quelque chose!) Avez-vous assisté à la conférence du premier auteur d’Haïti et du Canada à siéger à l’Académie française, Dany Laferrière, lors du Mois de l’histoire des Noirs à Toronto?

Les artistes, créateurs et diffuseurs culturels de la francophonie torontoise abordent volontier le thème de l’immigration. Cette année, par exemple:

  • Le Théâtre français nous a offert le spectacle de Mani Soleymanlou.
  • Le Salon du livre a présenté une table tonde sur la littérature multiculturelle.
  • Les Éditions du GREF ont publié le dernier roman de Jean-Baptiste Mubalutila Mbizi.
  • Le théâtre CanAfrique a tenu son camp de rayonnement.
  • Le Festival Kompa Zouk nous a fait danser sur ses rythmes endiablé.
  • La chaîne TFO a diffusé les émissions telles que : Vivre Ici, ImmigrAdos et Identité 2.0.

Plusieurs organismes francophones d’ici offrent des services essentiels aux immigrants. Je songe, bien sûr, au Réseau de soutien de l’immigration francophone et au site Etablissement.org qui se spécialisent dans ce domaine. Je pense aussi aux organismes plus généralistes, mais qui répondent aux besoins d’une clientèle immigrante grandissante: le Centre francophone, la Fondation Trillium, la Passerelle-I.D.E, le RDEE Ontario, Action positive, le Centre d’accueil héritage, l’Oasis Centre des femmes.

Mentionnons, finalement, les associations créées par et pour les groupes ethnoculturels de la Francophonie torontoise: l’Association marocaine, le Regroupement mauricien, la Maison d’Haïti, le mouvement ontarien des femmes immigrantes, etc.

DÉFIS À RELEVER

La communauté franco-torontoise a parcouru beaucoup de chemin, mais je ne voudrais pas donner l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il reste plusieurs défis à relever. J’en note au moins trois.

1. Faciliter l’intégration économique

D’abord, il impératif de favoriser l’intégration économique des nouveaux venus. Les statistiques sont alarmantes. Le taux de chômage est trois fois plus élevé chez les immigrants francophones que chez les autres Torontois. De plus, les immigrants francophones qui trouvent du travail ici gagnent, en moyenne 18 000 $ de moins par année qu’un immigrant non-francophone.

Ce fossé est inacceptable. Il faut aider les nouveaux venu à obtenir des emplois de qualités, des emplois bien rémunérés. Il n’y pas de panacée pour régler ce problème complexe, mais les programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat offerts par nos organismes sont une partie de la réponse. Rappellons aussi le rôle crucial que nos établissements postsecondaires jouent dans la formation de la main d’œuvre francophone. Qui s’instruit s’enrichit.

2. Accroître l’immigration francophone

Cela pourra sembler contradictoire, mais le deuxième défi est d’augmenter l’immigration francophone. Le dernier recensement montre qu’à l’échelle provinciale, le poids démographique des Franco-ontariens a décliné, passant de 4,5% à 4,3%. Puisque c’est par l’immigration que la population de la province s’est accrue, c’est aussi par l’immigration qu’il faut rétablir l’équilibre. L’Ontario français doit recevoir sa juste part d’immigrants. C’est pour répondre à cette préoccupation que le gouvernement provincial s’est doté une cible de 5% d’immigrant d’expression française. La mesure a été adoptée en novembre 2012 et se voit renforcée par le projet de loi 161 qui vient d’être déposé à Queen’s Park.

C’est une bonne nouvelle, mais il faut mettre des bémols. D’abord, le projet de loi pourrait mourir au feuilleton si des élections étaient déclenchées ce printemps. Ensuite l’immigration est une responsabilité fédérale. L’Ontario doit obtenir le droit de sélectionner un plus grand nombre de ses immigrants et d’élargir le bassin où elle pourra recruter des francophones. Ce n’est pas gagné d’avance. Même si la loi était adoptée et qu’Ottawa se montrait collaboratif, il faut encore préciser les mesures concrètes qui permettront d’améliorer le recrutement des francophones à l’étranger. Rappellons qu’Ottawa a déjà une cible théorique de 4,4% mais qu’il n’arrive pas à l’atteindre.

3. Concilier le multiculturalisme et la dualité linguistique

Le troisième et dernier défi, à mon sens, est de concilier le multiculturalisme avec la dualité linguistique. On le sait, Toronto est la ville la plus multiculturelle du monde. Près de 50% des Torontois sont nés à l’étranger, et parmis eux, près de 50% sont des minorités visibles provenant de la Chine, des pays Arabes, de l’Amérique latine, de l’Afrique et de la Corée.

Ces statistiques sont bien connues, mais je me souviens du moment où elles se sont concrétisées pour moi. Ce jour-là, je prenais une longue marche estivale sur la rue Gerrard Est, en direction de l’Ouest de la ville. Au coin de Coxwell, j’ai admiré les somptueux saris de mariage du bazar indien. Quelques pâtés de maison plus loin, j’observais l’élégant minaret de la mosquée Madinah. Poursuivant ma promenade, j’ai été séduit par les arômes épicés provenant des restaurants éthiopiens, puis interpellé par les enseignes des pubs irlandais m’invitant à savourer un bock Guinness bien froide. Après quelques minutes, j’approchais de Broadview et me retrouvais en Chine, au milieu des étals de gingembre et de bok-choï. En arpentant ma ville pendant une heure, j’avais fait le tour du monde! Je suis sûr que vous aussi, vous avez connu des petites épiphanies de ce genre.

Bien sûr, le multiculturalisme ne se réduit pas à quelques façades de magazins. C’est un système de valeurs et un discours sur le vivre ensemble. Le multiculturalisme nous invite à célébrer la différence. C’est un appel à la concorde plutôt qu’aux conflits interethniques. Pour les immigrants, c’est la promesse d’une transition un peu plus facile dans ce nouveau pays. C’est un engagement contre le racisme. Les valeurs multiculturalistes sont très attrayantes et elles sont au diapason de la réalité torontoise. C’est le discours dominant. Il n’est donc pas surprenant que la devise de la Ville Reine soit: «Diversity our Strenght».

Mais voilà, cette devise est en anglais. Ce qui nous rappelle que le multiculturalisme n’est pas le seul principe du contrat social canadien. Notre pays repose aussi sur la dualité linguistique. À Toronto, le multiculturalisme est tellement dominant qu’il est parfois difficile de faire valoir les droits linguistiques de notre communauté. Demandez plus de services municipaux en français, et l’on vous fera entendre que les Francophones ne sont que l’une des nombreuses minorités de la ville; qu’il y a beaucoup plus de locuteurs du Cantonais ou de l’Italien; que le français n’est que la 16ième langue parlée à Toronto. À ce compte, pourquoi la province financerait-elle un réseau d’écoles francophones? Comment justifier le «privilège» de nos services publics en français?

C’est à ce moment qu’il faut réaffirmer l’importance de la dualité linguistique. Le Canada est un pays multiculturel, et c’est tant mieux, mais c’est aussi un pays bilingue. Nos communautés de langues officielles ne sont pas des minorités ethniques parmis d’autres. D’abord, les francophones ne sont pas rassemblés par la religion ou l’ethnicité, mais par une langue commune. Ensuite, les francophones appartiennent à l’une des trois communautés fondatrices du pays. Le Canada est né d’un partenariat entre les Autochtones, les Francophones et les Anglophones. Ce pacte originel s’incarne dans toute une série de protections constitutionnelles et légales accordées à la langue française.

J’irai plus loin et dirai que la dualité linguistique est le soubassement même du multiculturalisme. C’est la diversité originelle qui a ouvert la porte à une conception de plus en plus inclusive de la société. Si le Canada est aujourd’hui à l’avant-garde du multiculturalisme, c’est parce qu’il a rejeté, dès sa fondation, l’idée d’un État-nation unitaire et homogène. La prochaine fois qu’un ami torontois invoquera le multiculturalisme pour attaquer les «privilèges des Francophones», rappellez-lui le principe du canari dans la mine. Si le Canada n’arrivait pas à honorer ses promesses les plus solennelles faites à sa minorité linguistique la plus ancienne et la plus populeuse, ce serait inquiétant pour toutes les minorités de la mosaïque torontoise.

CONCLUSION

Pour conclure, je dirais que la francophonie torontoise a contribué de belle façon à l’ouverture identitaire et au tissu associatif qui accueille les nouveaux venus de la province. Ne nous assoyons pas sur nos lauriers. Dans les années à venir, il faudra améliorer l’intégration économique des immigrants, lutter pour accroître la proportion d’immigrants francophones en Ontario et réaffirmer nos droits linguistiques dans la capitale mondiale du multiculturalisme.

Les trois tables ronde d’aujourd’hui approfondirons ces questions, et bien d’autres encore. Nous espérons un dialogue franc et ouvert, des débats vifs mais respectueux. Tout au cours de cette journée, gardons en mémoire ce qui nous rassemble. Que l’on soit né sur les rives du Lac Ontario ou du Fleuve Congo, près de Casa Loma ou de Casablanca, que l’on ait grandi à l’ombre de la Tour CN ou de la Tour Eiffel, nous sommes tous, vous et moi, des Franco-Torontois.

Merci et bon Forum!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s