Élections municipales à Toronto: les enjeux francophones

Les principaux candidats au poste de maire: Karen Stintz, John Tory, Olivia Chow, David Soknacki, Rob Ford

Quoi qu’on pense des dernières controverses suscitées par le Maire Rob Ford, elles ont le mérite de rappeller qu’il y aura des élections municipales à Toronto cet automne. En choisissant les élus municipaux, nous adoptons des politiques qui touchent directement tous les aspects de notre vie quotidienne: la qualité de l’air et de l’eau courante, les routes et rames de métro que nous empruntons à tous les jours, le logement à prix modique, les garderies de nos enfants, les foyers pour nos aînés, nos installations culturelles et récréatives, le rôle de la police, des pompiers et des ambulanciers pour assurer notre protection.

Les décisions de la Mairie affecteront aussi la communauté franco-torontoise. Par exemple:

  • Les candidats peuvent-il s’exprimer en français?
  • Est-ce que leur personnel pourra communiquer avec nous dans notre langue?
  • Participent-ils aux activités de nos organismes communautaires?
  • Que pensent-ils du Sous-comité francophone du Conseil municipal?
  • Est-ce qu’ils sont favorables à la traduction en français des plus importants documents municipaux ?
  • Comptent-ils appuyer les immigrants francophones qui s’établissent à Toronto?
  • Sont-ils en faveur d’une contribution de la ville au projet de Maison de la francophonie?
  • Est-ce qu’ils appuient la création d’un programme pour les arts francophones au Toronto Arts Council?

 

L’ACFO-Toronto nous convie à une consultation publique pour discuter de ces enjeux. L’événement a lieu ce dimanche le 4 mai, de 12h à 14h, à la Salle des cartes (Map Room) de Hart House, sur le campus de l’Université de Toronto. La première partie de ces échanges sera diffusée en direct sur les ondes de CIUT (89.5 FM) dans le cadre de l’émission Pot-Pourri animée par Éric Calder. Il y a aura même des prix de participation, incluant un alléchant repas pour deux au Bistro Sauvignon ou au nouveau restaurant La Créole.

Le président de l’ACFO-Toronto, Gilles Marchildon, consultera la communauté sur la stratégie de l’ACFO-Toronto en vue des élections municipales du 27 octobre. En effet, le lobby politique des 125 000 francophones du Grand Toronto s’apprête à faire parvenir un questionnaire aux plus de 200 candidats en lice pour les postes de maire et de conseiller municipal. Les réponses de tous les candidats seront compilées et une note d’ensemble (allant de A+ à F) sera attribuée à chacun. Ces résultats seront diffusés sur le site web de l’ACFO-Toronto et de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Ils seront aussi communiqués aux médias locaux.

Cet exercice permettra d’informer la classe politique locale sur les enjeux francophones et d’aider les membres de notre communauté à faire un choix éclairé lors des élections municipales.

L’ACFO-Toronto m’a demandé d’agir à titre de politologue consultant sur ce dossier, ce qui m’a donné l’occasion de préparer l’ébauche des documents qui seront discutés ce dimanche. Voici un avant-goût, pour vous donner envie de participer et pour préparer votre contribution à cette consultation publique.


 

LETTRE À L’INTENTION DES CANDIDATS

Cher Mr. Untel

En vue des élections municipales du 27 octobre, nous aimerions mieux connaitre vos positions sur certains enjeux qui touchent notre communauté.

Saviez-vous qu’il y a près de 60 000 Francophones à Toronto et que plus de 1,2 millions de Torontois savent parler français? Saviez-vous que notre ville est le siège de la communauté francophone minoritaire connaissant le plus important essor démographique au Canada?

La Ville de Toronto compte des centaines d’institutions publiques, d’organismes communautaires et d’entreprises francophones. Ces forces vives sont particulièrement actives dans les domaines :

  •  de l’éducation (Conseils scolaires Viamonde et CSDCCS, Toronto French School, Collège Boréal, Collège universitaire Glendon, Collège la Cité, départements d’études françaises de UofT, Ryerson et York, etc.) ;
  • de la santé et des services sociaux (Centre francophone, Entités de planification RIFSSSO, Pavillon Omer-Deslauriers, Action positive, Centres d’Accueils Héritage, etc.) ;
  • de la culture et des médias (Alliance française, Cinéfranco, Théâtre français de Toronto, Franco-Fête, Festival Kompa-Zouk, Salon du livre, Éditions du GREF, le Laboratoire d’Art, TFO, Radio-Canada, L’Express, Le Métropolitain, etc.) ;
  • du secteur public (Office des Affaires francophones, Commissariat aux Services en français de l’Ontario, ACFO-Toronto, Maison du Québec, Consulat de France).
  • des affaires (Club Canadien, RDÉE Ontario, Passerelle-I.D.É., Chambre de commerce française à Toronto, restaurants et pâtisseries, etc.).

Cette vitalité n’est pas nouvelle puisque Samuel de Champlain explorait la région il y a déjà 400 ans, que Fort Toronto a été fondé par des Français en 1750, et que le premier européen à s’établir à Toronto en 1791 était le Français Jean-Baptiste Rousseaux.

Le rôle historique et honorable du français est reconnu par la Constitution, qui fait du Canada un pays bilingue, ainsi que par la loi ontarienne sur les services en français, qui fait de notre ville l’une des régions désignée bilingue. De plus, Toronto est la capitale d’une province dont les systèmes judiciaire et éducatif sont officiellement bilingues.

Les Francophones de Toronto contribuent à la prospérité de la ville en payant annuellement plus de 190 millions $ en taxes municipale et en fournissant un entrepreneuriat et une main d’œuvre qualifiée et bilingue dans les secteurs clés de l’administration publique, de l’éducation, de la culture et de la finance.

L’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto) est la voix politique de ces 60 000 Francophones de Toronto depuis 41 ans. Elle collabore avec toutes les forces vives de la communauté locale et fait partie de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) qui regroupe et représente les 611 000 Francophones de la province.

Afin d’aider les Francophones de Toronto à faire un choix éclairé lors des élections municipales, nous cherchons à faire connaitre les positions des candidats sur quelques enjeux centraux pour la communauté. Auriez-vous l’obligeance de remplir le bref questionnaire ci-joint et de nous le retourner par courriel (francophone.toronto@gmail.com) avant le premier juillet ?

Les réponses de tous les candidats seront compilées et une note d’ensemble (allant de A+ à F) sera attribuée à chacun. Ces résultats seront largement diffusés sur notre site web et communiqués aux médias locaux (Radio-Canada, TFO, LeMétropolitain, L’Express de Toronto, Choq-FM, etc.). L’exercice est supervisé par un politologue de l’Université York, le Dr Alexandre Brassard, qui en assurera la rigueur.

Nous vous remercions à l’avance pour vos réponses aux Francophones de Toronto et vous souhaitons les meilleures chances lors des élections municipales du 27 octobre.

Le président de l’ACFO-Toronto.

Gilles Marchildon


QUESTIONNAIRE À L’INTENTION DES CANDIDATS

 

1. Langues du candidat

Etes-vous capable de communiquer avec les Francophones de Toronto dans leur langue ? Par exemple, pouvez-vous donner une entrevue télévisée en français? Oui [], Non []. Commentaire :

 

2. Personnel bilingue

Si vous êtes élu, embaucherez-vous un directeur des communications (ou un adjoint de circonscription) qui peut communiquer avec les Francophones de Toronto dans leur langue? Oui [], Non []. Commentaire :

 

3. Engagement avec la communauté

La Ville de Toronto compte des centaines d’institutions publiques, d’organismes communautaires et d’entreprises privées francophones. Nos organismes ont besoin de l’appui et de l’engagement actif de leurs élus municipaux.

Avez-vous déjà assisté à au moins une activité d’un organisme francophone ou rencontré au moins un leader d’organisme francophone?  Oui [], Non []. Commentaire :

 

4. Représentation à l’Hôtel de Ville

Après 30 ans d’existence, le Comité français de la ville de Toronto (CFVT) a été aboli par décision du Maire en 2011. Avec la disparition du CFVT, la communauté perdait sa voix à l’Hôtel de Ville. Elle ne pouvait plus être consultée sur les services en français qui sont financés par la province mais qui sont fournis par la ville de Toronto.

En décembre 2013, le Conseil municipal s’est doté d’un nouveau sous-comité consultatif francophone. C’est un pas dans la bonne direction, mais le sous-comité servira surtout à suivre les activités de Toronto au sein de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). Pour que les Francophones de Toronto soient efficacement représentés, le sous-comité devra être maintenu par le prochain Conseil municipal, son mandat devrait être élargi et ses réunions devraient être plus fréquentes.

Appuyez-vous le maintien du sous-comité consultatif francophone et l’élargissement de son mandat ? Oui [], Non []. Commentaire :

 

5. Traduction française des documents municipaux essentiels

La Ville de Toronto ne diffuse en français qu’une infime proportion de ses documents d’information, ses formulaires et son contenu web. Ainsi, les Francophones de Toronto n’ont accès à aucune ressource dans leur langue sur des sujets aussi important que la participation aux élections municipales, la santé publique, le logement social, le paiement des taxes ou des contraventions, les procédures et formulaires du Provincial Offences Court et du Toronto Licensing Tribunal.

Appuyez-vous la traduction en français des plus importants documents municipaux touchant les services les plus essentiels pour les citoyens ?  Oui [], Non []. Commentaire :

 

6. Immigration francophone

Plus de 18 000 immigrants francophones se sont établis à Toronto ces 15 dernières années et ce nombre continue de croitre. La province a récemment adopté une cible de 5% d’immigration francophone en Ontario et Toronto attire la majorité de ces nouveaux venus. Cela permet à notre communauté de se diversifier, de grandir et d’obtenir plus de services en français.

Malheureusement, le taux de chômage chez ces immigrants est trois fois plus élevé que chez les autres Torontois. De plus, les immigrants francophones qui trouvent du travail ici gagnent en moyenne 18 000 $ de moins par année que les immigrants non-francophones.

Pour pallier ce problème, plusieurs organismes francophones (RDÉE Ontario, Centre francophone, Passerelle-I.D.É, Collège Boréal, etc.) gèrent des programmes qui visent l’intégration économique des immigrants francophones à Toronto. Pour l’instant, la ville contribue indirectement et très peu à ces programmes.

Etes-vous en faveur d’accroitre le financement municipal des programmes qui facilitent l’intégration économique des immigrants francophones à Toronto?  Oui [], Non []. Commentaire :

 

7. Maison de la francophonie

Toronto compte quelque 125 organismes et entreprises francophones. Ces organismes sont dynamiques mais dispersés à travers toute la ville. Un tel éparpillement complique l’accès aux services en français pour les citoyens, crée des couts d’opération supplémentaires et réduit la visibilité des Francophones de Toronto.

Depuis 2006, plusieurs acteurs clés (RDÉE Ontario, Collège Boréal, ACFO-Toronto, Centre francophone, etc.) veulent se réunir sous un même toit pour créer la Maison de la francophonie de Toronto. Cet espace permettrait d’offrir un guichet unique de services en français, de réaliser des économies d’échelle et de mettre en valeur la culture francophone. D’excellents résultats ont été obtenus à Vancouver, Edmonton, Winnipeg et Hamilton avec des centres de ce genre.

La Maison pourra s’autofinancer une fois inaugurée, mais le cout d’achat de l’immeuble est évalué à 25 millions $. Les promoteurs viennent de lever 100 000 $ auprès de la communauté et les promoteurs demandent maintenant une contribution des trois paliers de gouvernement. Par exemple, la Ville de Toronto pourrait fournir une subvention ou une exemption de taxes municipales.

Etes-vous en faveur d’une contribution de la Ville à la Maison de la francophonie de Toronto? Oui [], Non []. Si oui, quel type de contribution envisagez-vous :

 

8. Arts francophones

Les artistes francophones sont nombreux à Toronto et contribuent à la diversité, à la qualité de vie et à l’attrait touristique de notre ville. De plus, la communauté francophone soutient de nombreux diffuseurs dans le domaine du théâtre (Théâtre français de Toronto, Tangente, Canafrique, les Indisciplinés), des arts visuels (Le Laboratoire d’Art, Galerie Céline Allard, Galerie Glendon, Galerie Pierre-Léon), de la littérature (Éditions du GREF, Salon du livre), du cinéma (Cinéfranco) et de la musique (Franco-Fête, Alliance française, Francophonie en Fête, Festival Kompa Zouk).

En 2013, seulement quatre de ces organismes ont reçu des subventions du Conseil des Arts de Toronto et ils obtenaient à peine 1% du budget d’allocations, ce qui ne reflète pas l’importance des Francophones de Toronto. Il est plus difficile pour les diffuseurs francophones d’obtenir leur juste part de fonds publics puisqu’ils doivent faire compétition avec les diffuseurs qui œuvrent dans la langue de la majorité.

Cette réalité est reconnue par le Conseil des Arts de l’Ontario et par le Conseil des Arts du Canada, lesquels ont créé des programmes et des mécanismes d’équité ciblant spécifiquement les arts francophones. Malheureusement, le Toronto Arts Council n’a pas de programme équivalent.

Appuyez-vous la création d’un programme pour les arts francophones au Toronto Arts Council? Oui [], Non []. Commentaire :

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Budget et stratégie électorale en Ontario

Sousa

Le ministre des Finances de l’Ontario, l’honorable Charle Sousa, présentera demain son deuxième budget.

Puisque le gouvernement ontarien est minoritaire et que les Progressistes Conservateurs ont déjà annoncé qu’ils s’y opposeraient, l’avenir du gouvernement est entre les mains du NPD. Si madame Horwath vote contre le budget libéral, la première ministre Wynne devra demander au lieutenant-gouverneur de dissoudre l’Assemblée. L’Ontario ira en élections.

L’ironie, c’est que ce bel exercice démocratique a des chances de produire un autre gouvernement libéral minoritaire. Un retour à la case départ, donc. Du moins, c’est ce que suggèrent les enquêtes d’opinion. Si l’on fait la moyenne pondérée des derniers sondages, on constate que les Libéraux et les Conservateurs sont au coude-à-coude avec 34% des intentions de votes. Le NPD est à 25% et le Parti Vert à 6%.

Risquons une projection de sièges rudimentaire. Soustrayons les intentions de vote actuelles des résultats provinciaux de chaque parti lors les élections de 2011. Nous obtenons ainsi une indication du mouvement d’opinion dans la province : +3% (VERT), +2.3% (NPD), -1.4% (CON), -3.6% (LIB). Appliquons ces tendances aux suffrages obtenus en 2011 par chaque parti dans chaque circonscription. Ce calcul donne:

  • 45 sièges pour les Libéraux (42% des sièges à Queen’s Park), soit une perte de 8 circonscriptions depuis 2011
  • 39 sièges pour les Conservateurs (36%), un gain de 2 circonscriptions
  • 23 sièges pour les Néo-démocrates (21%), un gain de 6 circonscriptions
  • Aucun sièges pour les Verts.

Les détails pour chaque circonscription sont disponibles ICI.

Un budget est à la fois un exercice pour servir l’intérêt général de tous les Ontariens et une stratégie pour séduire certains segments spécifiques de l’électorat. À la veille d’une campagne électorale probable, c’est cette dimension stratégique qui risque de l’emporter.

La projection de siège montre que le Centre, l’Ouest et le Sud-Ouest de la province sont des châteaux forts conservateurs. On peut donc s’attendre à ce que le budget ne priorise pas les enjeux ruraux. Les circonscriptions de Brampton, Markham, Mississauga semblent assurées. Les Libéraux voudront donc raffermir ces appuis en investissant dans les infrastructures routières qui touchent la vie quotidienne des banlieusards. Nos données prévoient des luttes serrées dans le Nord et dans la région d’Ottawa. Parions que le budget investira dans les infrastructures minières du Cercle de feu et qu’il cherchera à créer des emplois dans le secteur des technologies de l’information par le truchement du Fonds pour l’emploi et la prospérité.

Prudence, toutefois. Tout ces calculs stratégiques sont basés sur les intentions de votes d’aujourd’hui. Les citoyens réfléchissent davantage à la politique pendant les campagnes électorales, ils sont exposés à plus d’information et ils peuvent changer leurs opinions. Parlez-en à Madame Pauline Marois.


Merci à Dillon Waldron, un étudiant de Glendon qui m’a assisté dans la mise à jour des données électorales.

Le dilemme d’Andrea Horwath

Horwath

Le nouveau ministre des Finances de l’Ontario, Charles Sousa, dépose aujourd’hui son budget. Cet exercice est toujours un temps fort de la démocratie parlementaire puisque c’est le moment où un gouvernement établit ses grandes priorités. Dans un contexte de gouvernement minoritaire, les enjeux sont encore plus considérables. Une défaite de la motion budgétaire entraînerait la chute du gouvernement libéral de Kathleen Wynne et déclencherait élections provinciales vers la fin juin.

Monsieur Tim Hudak a déjà annoncé que le caucus conservateur voterait contre le budget, ce qui signifie que le sort du gouvernement est maintenant entre les mains du NPD. Au moment d’écrire ces lignes, Andrea Horwath continue de faire durer le suspense. Elle devra soupeser plusieurs considérations, dont les chances de succès électoral de ses troupes. Quelles sont les intentions de votes en faveur du NPD de l’Ontario? Voici la moyenne des derniers sondages  (pondérés par leur âge et la taille de leur échantillon) :

  • Parti libéral de l’Ontario: 32,5 %
  • Parti progressiste conservateur de l’Ontario: 35,5 %
  • Nouveau Parti démocratique de l’Ontario: 25,9 %
  • Parti vert de l’Ontario: 5,0 %

Comment ces intentions de votes se traduiraient-elles en sièges à Queen’s Park? Faisons un calcul grossier. Soustrayons les intentions de vote actuelles du pourcentage de votes obtenus lors de la dernière élection. Ajoutons ensuite cette «tendance» au résultat obtenu par chaque parti dans chaque circonscription en 2011. Voici les résultats de cette projection:

PROJECTION DE SIÈGE (2 MAI 2013)

Circonscription 2011 2013? LIB CON NPD PV Vedettes en lice
AJAX-PICKERING LIB LIB 42.21 35.60 17.53 4.10
ALGOMA-MANITOULIN NPD NPD 23.29 23.66 47.68 4.69
ANCASTER-DUNDAS-FLAMBOROUGH-WESTDALE LIB LIB 38.57 34.64 20.36 5.04 Ted McMeekin
BARRIE CON CON 29.68 40.72 22.11 6.49
BEACHES-EAST YORK NPD NPD 30.95 13.99 49.98 4.74
BRAMALEA-GORE-MALTON NPD NPD 27.80 22.77 41.32 4.56
BRAMPTON-SPRINGDALE LIB LIB 39.30 36.23 18.41 4.61 Linda Jeffrey
BRAMPTON WEST LIB LIB 38.63 32.92 22.12 5.32
BRANT LIB CON 31.95 34.71 27.36 4.16
BRUCE-GREY-OWEN SOUND CON CON 21.23 47.43 18.01 8.49
BURLINGTON CON CON 30.94 40.47 22.03 4.33
CAMBRIDGE CON CON 27.94 37.75 27.77 4.56
CARLETON-MISSISSIPPI MILLS CON CON 28.95 50.35 14.50 5.37
CHATHAM-KENT-ESSEX CON CON 27.01 41.84 26.41 4.90
DAVENPORT NPD NPD 36.28 7.99 49.09 4.79
DON VALLEY EAST LIB LIB 45.95 27.25 21.76 4.25 Michael Coteau
DON VALLEY WEST LIB LIB 53.19 30.66 11.80 3.77 Kathleen Wynn
DUFFERIN-CALEDON CON CON 21.62 47.01 14.22 16.64
DURHAM CON CON 24.22 49.13 20.75 4.74
EGLINTON-LAWRENCE LIB LIB 49.02 33.61 12.98 3.56
ELGIN-MIDDLESEX-LONDON CON CON 21.68 47.92 25.43 4.43
ESSEX NPD NPD 19.99 35.07 41.15 3.94
ETOBICOKE CENTRE LIB LIB 46.35 32.84 15.14 4.03
ETOBICOKE-LAKESHORE LIB LIB 45.89 29.30 18.61 4.74 Laurel Broten
ETOBICOKE NORTH LIB LIB 43.33 24.42 24.92 4.23
GLENGARRY-PRESCOTT-RUSSELL LIB CON 38.05 39.82 17.40 3.98
GUELPH LIB LIB 37.30 25.66 27.04 8.99 Liz Sandals
HALDIMAND-NORFOLK CON CON 11.97 60.87 22.58 4.15
HALIBURTON-KAWARTHA LAKES-BROCK CON CON 28.45 45.49 20.47 5.23
HALTON CON CON 34.00 44.53 16.31 4.24
HAMILTON CENTRE NPD NPD 12.33 13.23 64.49 5.78 Andrea Horwath
HAMILTON EAST-STONEY CREEK NPD NPD 21.17 18.77 54.88 3.81
HAMILTON MOUNTAIN NPD NPD 27.25 19.10 48.32 3.71
HURON-BRUCE CON CON 27.62 42.82 24.01 3.78
KENORA-RAINY RIVER NPD NPD 4.85 37.71 52.78 3.83
KINGSTON AND THE ISLANDS LIB LIB 43.71 22.38 26.95 5.76 John Gerretsen
KITCHENER CENTRE LIB CON 34.10 38.46 21.98 4.45 John Milloy
KITCHENER-CONESTOGA CON CON 30.37 44.24 20.73 4.81
KITCHENER-WATERLOO CON CON 30.91 43.83 19.83 4.70
LAMBTON-KENT-MIDDLESEX CON CON 24.19 45.80 24.12 4.39
LANARK-FRONTENAC-LENNOX AND ADDINGTON CON CON 22.75 50.18 21.25 5.97
LEEDS-GRENVILLE CON CON 12.30 63.66 18.39 5.51
LONDON-FANSHAWE NPD NPD 23.15 26.58 43.93 4.55
LONDON NORTH CENTRE LIB LIB 38.78 28.99 25.87 5.38 Deb Matthews
LONDON WEST LIB LIB 40.52 29.55 24.88 4.47
MARKHAM-UNIONVILLE LIB LIB 47.45 31.53 15.45 5.02 Michael Chan
MISSISSAUGA-BRAMPTON SOUTH LIB LIB 40.91 30.46 19.18 5.74
MISSISSAUGA EAST-COOKSVILLE LIB LIB 40.61 33.32 19.95 4.81
MISSISSAUGA-ERINDALE LIB LIB 39.90 35.76 20.18 3.93 Harinder Takhar
MISSISSAUGA SOUTH LIB LIB 45.58 36.15 13.22 4.20 Charles Sousa
MISSISSAUGA-STREETSVILLE LIB LIB 46.41 29.60 18.39 5.74
NEPEAN-CARLETON CON CON 21.84 54.54 17.93 5.04
NEWMARKET-AURORA CON CON 30.49 47.30 17.52 4.83
NIAGARA FALLS LIB CON 30.76 34.89 29.46 3.68
NIAGARA WEST-GLANBROOK CON CON 20.85 51.01 21.71 4.87 Tim Hudak
NICKEL BELT NPD NPD 19.09 18.35 58.02 4.69
NIPISSING CON CON 23.46 50.17 21.30 5.22
NORTHUMBERLAND-QUINTE WEST CON CON 33.21 39.86 20.89 5.12
OAK RIDGES MARKHAM LIB LIB 39.65 37.20 16.42 4.49
OAKVILLE LIB LIB 42.96 38.01 13.40 4.00
OSHAWA CON CON 12.36 42.31 39.34 4.68
OTTAWA CENTRE LIB LIB 41.68 18.39 32.29 6.38 Yasir Naqvi
OTTAWA-ORLÉANS LIB LIB 41.31 40.44 13.74 3.94
OTTAWA SOUTH LIB LIB 43.73 33.49 16.55 5.29
OTTAWA-VANIER LIB LIB 46.38 23.50 22.76 6.57 Madeleine Meilleur
OTTAWA WEST-NEPEAN LIB CON 36.49 39.41 17.96 5.40 Bob Chiarelli
OXFORD CON CON 19.86 54.93 18.79 5.61
PARKDALE-HIGH PARK NPD NPD 32.29 11.80 49.36 5.39
PARRY SOUND-MUSKOKA CON CON 13.08 54.15 21.34 11.12
PERTH-WELLINGTON CON CON 34.40 40.15 18.92 4.54
PETERBOROUGH LIB LIB 34.80 31.55 28.77 4.60 Jeff Leal
PICKERING-SCARBOROUGH EAST LIB LIB 41.53 33.47 19.63 4.87 Tracy MacCharles
PRINCE EWARD-HASTINGS CON CON 30.12 42.34 19.74 6.66 Leona Dobrowsky
RENFREW-NIPISSING-PEMBROKE CON CON 10.85 70.84 14.13 3.53
RICHMOND HILLS LIB LIB 41.79 35.85 16.13 5.36 Reza Moridi
ST. CATHARINES LIB CON 35.08 36.27 23.36 4.56 Jim Bradley
ST. PAUL’S LIB LIB 53.26 20.98 19.77 4.81 Eric Hoskins
SARNIA-LAMBTON CON CON 16.65 48.38 28.61 4.72
SAULT STE. MARIE LIB LIB 49.82 11.92 33.99 3.83 David Orazietti
SCARBOROUGH-AGINCOURT LIB LIB 41.72 32.19 18.93 4.33
SCARBOROUGH CENTRE LIB LIB 46.30 23.99 25.07 3.84 Brad Duguid
SCARBOROUGH-GUILDWOOD LIB LIB 43.80 28.71 22.58 3.35
SCARBOROUGH-ROUGE RIVER LIB NPD 36.74 18.85 39.13 3.31
SCARBOROUGH SOUTHWEST LIB LIB 38.96 31.51 24.51 4.41
SIMCOE-GREY CON CON 17.18 54.39 17.82 10.76 Mike Schreiner
SIMCOE NORTH CON CON 17.28 55.22 20.12 7.53
STORMONT-DUNDAS-SOUTH-GLENGARRY CON CON 16.53 55.31 23.81 3.48
SUDBURY LIB NPD 37.24 13.63 43.89 4.74 Rick Bartolucci
THORNHILL CON CON 35.79 46.77 12.12 3.74
THUNDER BAY-ATIKOKAN LIB NPD 33.84 22.02 40.47 3.49
THUNDER BAY-SUPERIOR NORTH LIB LIB 39.87 17.57 38.01 4.18 Michael Gravelle
TIMISKAMING-COCHRANE NPD NPD 20.79 21.23 53.28 3.30
TIMMINS-JAMES BAY NPD NPD 7.24 36.75 52.63 3.06
TORONTO CENTRE LIB LIB 49.81 15.70 28.35 4.50 Glen Murray
TORONTO-DANFORTH NPD NPD 25.47 9.45 57.17 5.70
TRINITY-SPADINA NPD NPD 34.80 11.62 45.52 7.21
VAUGHAN LIB LIB 47.89 31.30 14.49 3.47
WELLAND NPD NPD 14.63 32.19 47.82 4.36
WELLINGTON-HALTON HILLS CON CON 21.70 55.68 17.61 5.16
WHITBY-OSHAWA CON CON 28.27 48.23 18.62 4.30
WILLOWDALE LIB LIB 45.71 33.66 16.01 4.08 David Zimmer
WINDSOR-TECUMSEH LIB LIB 37.70 20.88 36.00 4.29
WINDSOR WEST LIB LIB 36.18 24.85 33.99 5.13 Teresa Piruzza
YORK CENTRE LIB LIB 40.23 35.58 17.29 3.71
YORK-SIMCOE CON CON 19.41 52.84 20.23 5.88
YORK SOUTH-WESTON LIB NPD 39.42 11.16 45.34 3.59
YORK WEST LIB LIB 45.36 12.11 37.98 3.32 Mario Sergio

 

En somme:

  • Parti libéral de l’Ontario: 43 députés (soit 40% des sièges)
  • Parti progressiste conservateur de l’Ontario: 43 députés (soit 40% des sièges)
  • Nouveau Parti démocratique de l’Ontario: 21 députés (soit 20% des sièges)
  • Parti vert de l’Ontario: aucun député.

Si des élections provinciales avaient lieu aujourd’hui, l’Ontario obtiendrait probablement un autre gouvernement minoritaire libéral. Les Conservateurs auraient une légère avance dans le vote populaire, certes,  mais en termes de sièges ils seraient au coude-à-coude avec les Libéraux à Queen’s Park. Puisque la convention veut que l’on offre d’abord au gouvernement sortant la chance de gagner la confiance de la Chambre, madame Wynne pourrait vraisemblablement poursuivre ses fonctions de première ministre.

Dans ce scénario, le NPD resterait le troisième parti en Chambre  mais continuerait à influencer les politiques publiques du gouvernement minoritaire. Les néo-démocrates conserveraient leurs sièges actuels et en remporteraient quelques nouveaux, peut-être dans le Grand Toronto (Scarborough- Rouge River, York South-Weston) et dans le Nord de la province (Sudbury et Thunder Bay-Atikokan). Il faut entrevoir des batailles serrés et des gains modestes.

Ces avancées pourraient aisément s’inverser si les Ontariens décidaient de punir les partis d’opposition pour des élections hâtives. Les syndicats et l’électorat de gauche pourrait aussi reprocher au NPD d’avoir défait un budget contenant certaines mesures progressistes sur l’emploi des jeunes, les soins de longue durée des aînés, l’admissibilité à l’aide sociale, la réduction des déductions d’impôt de la grande entreprise et la hausse du salaire minimum. Des résultats électoraux décevants pourraient aussi remettre en cause le leadership de  madame Horwath au sein de son propre parti.

Si le NPD adopte la stratégie inverse, s’il appuie le budget Sousa et repousse les élections à plus tard, il risque de voir ses meilleures idées mises en œuvre par le gouvernement libéral. Cela pourrait permettre à madame Wynne de poursuivre sa conquête de l’électorat de gauche au détriment des néo-démocrates. L’histoire reproduirait ainsi l’épisode de 1985, lorsque le NPD de Bob Rae avait appuyé les Libéraux de Peterson, lui permettant ainsi d’assoir son emprise sur le gouvernement et de remporter une majorité écrasante deux ans plus tard.

Appuyer un gouvernement en remontée ou faire le pari risqué d’une campagne? Le dilemme du NPD exige de savants calculs stratégiques. Tout l’Ontario politique attend de voir si Andrea Horwath tranchera le nœud gordien.

Trudeau et la stratégie de l’ambigüité

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Après une écrasante défaite lors de la dernière élection, le Parti libéral du Canada a commencé à remonter la pente à  la fin de l’été 2012. Il a maintenant gagné plus de 10 points dans les intentions de vote. Plusieurs hypothèses cherchent à expliquer ces gains, mais ils coïncident avec l’irruption d’un certain Justin Trudeau dans la course à la chefferie libérale, et le « facteur Trudeau » est l’explication la plus plausible.

Plusieurs commentateurs sont choqués et surpris. Comment les Canadiens peuvent-ils s’enticher d’un chef dépourvu de politiques publiques? Où est la substance? Loin d’être une entrave, l’ambigüité a propulsé monsieur Trudeau. Elle a permis aux citoyens de projeter leurs aspirations sur un canevas vierge.

Ce mécanisme est bien connu. Plusieurs études montrent que les électeurs non-partisans répondent favorablement à l’ambigüité (Tomz & Van Houweling 2009) et que l’absence de politiques concrètes peut être avantageuse. Il semble que les électeurs préfèrent se faire une opinion, même mal fondée, plutôt que d’endurer les tensions psychologiques causées par l’incertitude. À défaut de renseignements, ils tendent vers l’optimisme.

Du point de vue démocratique, les citoyens devraient avoir accès au plus d’information possible afin de voter de façon éclairée. C’est essentiel. Du point de vue partisan, le moins est le mieux. Sous cet angle, Kim Campbell n’avait pas tort : « une campagne électorale n’est pas le moment pour débattre d’enjeux important ». Un stratège politique américain allait plus loin et recommandait :

Que le candidat ne souffle pas un mot de ses principes ni de son crédo. Qu’il ne dise rien, ne promette rien. Assurez-vous qu’aucun comité, aucune convention, aucune assemblée publique ne le force à échapper un seul mot sur ce qu’il pense maintenant ou ce qu’il fera plus tard. Que l’usage de la plume lui soit interdit aussi sûrement que s’il était un poète fou enfermé dans un asile. (Biddles, Nicholas, [1919], Correspondence, Boston : Houghton-Mifflin, p. 256).

Trop d’information peut nuire. l’expérience amusante, mais scientifique, de Norton Frost et Ariley (2007) montre que les usagers des sites de rencontres romantiques en ligne perdent intérêt pour un prétendant à mesure qu’ils en apprennent davantage sur cette personne. Plus on recueille de renseignements sur quelqu’un, plus on a de chance de réaliser en quoi il diffère de nous.

Le même principe est à l’œuvre en politique, où la familiarité avec un politicien tend à engendrer le mépris (Norton, Frost & Ariely 2007). Ainsi, un député britannique comparait le premier ministre Tony Blair à un pouding très sucré : « La première bouchée est agréable, les suivantes vous lèvent le cœur ». Ne soyons pas cyniques. Les politiciens ne sont pas foncièrement plus antipathiques que les autres être humains, mais ils sont constamment exposés au regard public. Ils sont donc des victimes toutes désignées pour nos distorsions cognitives.

Tant qu’il était candidat en tête dans une course à la chefferie, monsieur Trudeau a pu tenir un discours équivoque qui l’a bien servi. Maintenant qu’il est chef du troisième parti politique du Canada, il sera forcé de camper ses positions. Au lieu d’esquiver les soufflets de Libéraux complaisants, il devra encaisser les crochets, voire les attaques en bas de la ceinture, de ses adversaires. Chaque pointe qu’il lancera contre les Conservateurs, les Néo-démocrates ou les Bloquistes lors de la période de question le forcera à mieux définir, de façon explicite ou implicite, ses propres politiques. Inévitablement, il devra offrir des alternatives concrètes au gouvernement Harper et devra défendre une plateforme électorale.

Dans les mois qui viennent, monsieur Trudeau et le Parti libéral du Canada perdront l’avantage de l’ambigüité. Nous pourrons alors prendre la véritable mesure de l’homme et mieux évaluer les chances de succès du Parti de Stéphane Dion, Michael Ignatieff et Bob Rae.

 SOURCES

Le défi autochtone: comment aborder un problème social complexe

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Le 11 janvier sera-t-il inscrit dans les livres d’histoire? C’est aujourd’hui que le Gouverneur général et le Premier ministre rencontrent la délégation de l’Assemblée des Premières Nations. Les questions abordées sont vitales pour le futur du Canada.

« Nous n’avons jamais voulu admettre que nous avons été, et sommes toujours, une puissance coloniale », déclarait Paul Martin. L’ancien premier ministre a raison. Être Autochtone au Canada, c’est encore être traité comme un citoyen de seconde zone. C’est dépendre d’infrastructures d’éducation, de logement, d’aide sociale, de santé, et d’eau potable dignes du tiers-monde.

Cette faillite des services publics a des conséquences extrêmement concrètes. Si vous êtes Autochtone, votre bébé court plus de risque de mourir. Votre ado a plus de chance de décrocher et d’être poussé au suicide.  Vous êtes plus pauvre que les autres Canadiens et avez plus de chance d’être incarcéré ou de subir des problèmes d’alcool, de maladie cardiaque, de tuberculose, de diabètes. Vous mourez donc plus jeune.  Est-ce juste? Est-ce normal dans une démocratie prospère comme le Canada?

La situation pourrait évoluer. Après la crise humanitaire d’Attawapiskat, après des compressions budgétaires aggravant un sous-financement chronique, et après l’imposition graduelle d’une série de lois affectant l’environnement et le pouvoir des communautés autochtones, la résistance a fini par s’organiser.

La Cheffe de bande d’Attawapiskat, Theresa Spence, a entrepris une grève de la faim qui inspire une nouvelle génération de militants Autochtones. Une série de manifestations politiques sont coordonnées par les médias sociaux, d’un océan à l’autre, sous la bannière Idle No More. Dans les dernières semaines, les revendications politiques des Premières nations ont pris l’avant-scène politique.

Vu l’opiniâtreté du gouvernement Harper, la tenue du sommet d’aujourd’hui  est déjà  une victoire pour les Autochtones et pour tous les Canadiens qui se préoccupent d’environnement et de justice sociale. Une seule rencontre ne saurait résoudre une situation aussi grave et complexe, mais le gouvernement a été forcé de s’asseoir avec les leaders autochtones et de dialoguer, et c’est une amorce de solution. Les problèmes de politique publique les plus ardus ne peuvent être résolus que de façon participative, en impliquant tous les acteurs directement touchés.

C’est l’un des thèmes de Solving Tough Problems: An Open Way of Talking, Listening and Creating New Realities (2007,  San Francisco: Berrett-Koehler). Dans cet ouvrage, Adam Kahane évoque son expérience lors de forums organisés pour faciliter la transition après le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Les leçons tirées sont directement pertinentes pour nous, alors que le Canada tente encore une fois de relever le défi autochtone.

Par exemple, Kahane établit une distincte utile entre problèmes simples et complexes.  Les défis sociaux simples peuvent être résolus par des changements à la pièce qui sont imposées de façon autoritaire et basés sur l’application de pratiques exemplaires bien établies. C’est l’approche traditionnelle d’Ottawa envers les Premières Nations. Pourtant, la question autochtone est d’une toute autre nature. C’est un défi complexe, et d’au moins trois façons.

Premièrement, la situation actuelle découle d’une longue histoire de relation coloniale et forme un système de maux à la fois économiques, sociaux, politiques et culturels qui se renforcent mutuellement. Une réformette sectorielle ne suffit donc pas.

Deuxièmement, la situation est fondamentalement conflictuelle. Les perspectives et intérêts des paliers de gouvernements, des Autochtones, des compagnies de ressources naturelles et des écologistes sont souvent opposées. Les solutions ne peuvent donc être  dictées par un seul de ces acteurs. Ottawa ne peut adopter unilatéralement une politique et se contenter de négocier la mise en œuvre après coup. Les solutions doivent émerger d’un véritable dialogue entre tous les intervenant, un peu dans l’esprit de l’Accord de Kelowna.

Troisièmement, le défi actuel est inédit et ses conséquences sont imprévisibles. La mobilisation autochtone a pris de nouvelles formes et rejoint une nouvelle génération de militants. Les ressources situées en territoire autochtones ont acquis une  importance économique et stratégique plus importante que jamais et les changements climatiques ont complètement changé la donne.  Cela signifie que les routines bureaucratiques et les recettes du passées ne suffisent pas. Il faut oser l’innovation sociale.

Le défi autochtone est un problème complexe, au sens de Kahane. Il exige donc une vision systémique,  une élaboration participative et l’exploration de solutions nouvelles. Espérons que le sommet d’aujourd’hui servira d’amorce pour ce genre de dialogue avec les Premières nations du Canada.

Qui sera premier ministre de l’Ontario?

Dans moins de trois mois, les Libéraux de l’Ontario se choisiront un nouveau chef, et ce faisant, nommeront le prochain premier ministre de la province.

Les responsabilités d’un chef de gouvernement sont vastes et ardues. Elles exigent une rare combinaison de leadership, compétence, empathie et intégrité. Plus que ces qualités personnelles, ce sont pourtant les considérations électorales à court terme qui influenceront le plus lourdement le choix des délégués libéraux, lors du congrès de janvier.

En effet, le gouvernement minoritaire des Libéraux ne semble pas pouvoir imposer son programme politique, ce qui le forcera soit à déclencher des élections à courte échéance, soit à risquer d’être renversé par l’opposition. Le nouveau leader libéral disposera donc de peu de temps pour préparer la campagne du parti, pour se faire connaître et pour regagner le terrain perdu auprès de l’électorat.

C’est une tâche ardue. Depuis les élections d’octobre 2011, les intentions de vote pour les libéraux ont chuté de 14 points. Les Ontariens semblent avoir mal digéré les mesures d’austérité, l’incurie d’ORNGE, l’annulation onéreuse et électoraliste des centrales électriques d’Oakville et Mississauga, la confrontation avec les enseignants et la prorogation abusive et indéfinie de Queen’s Park. Face au péril et à l’urgence, les délégués libéraux se donneront d’abord un chef de guerre.

Qui a les meilleures chances de mener les troupes à la victoire? Pour l’instant, les candidats en lice sont Eric Hoskins, Gerard Kennedy, Glen Murray, Charles Sousa, Sandra Pupatello et Kathleen Wynne. Un sondage Forum Research confirme le capital de sympathie de Kennedy, obtenue lors de deux courses à la chefferie précédentes, mais la campagne permettra aux autres candidats de se mettre en valeur et la méthodologie de l’enquête ne permet pas de connaître les préférences des délégués du parti. Elle n’éclaire pas les dynamiques de coalition, d’un tour de scrutin à l’autre, lors d’un congrès à la chefferie. D’autres noms pourraient aussi surgir avant la date limite du 23 novembre. Rien n’est donc décidé.

Nous disposons quand même de certaines données pertinentes. Le politologue Éric Grenier a calculé la moyenne des derniers sondages provinciaux (pondérés selon la taille de leur échantillon), ce qui accorde 36,5 % des intentions de vote aux Conservateurs, 32,2 % aux Néo-Démocrates, 23,6  % aux Libéraux et 6,8% aux Verts.

Bien entendu, le vote populaire ne se traduit pas nécessairement en une proportion équivalent de sièges à Queen’s Park. Risquons donc une projection de siège, en ré-utilisant la méthode très rudimentaire qui nous avait permis de prédire un troisième mandat libéral (mais faiblement majoritaire, oups…) en 2011.

Le tableau vous intéressera. Si des élections avaient lieu aujourd’hui en Ontario, les Conservateurs de Tim Hudak formeraient probablement un gouvernement majoritaire, par la peau des dents, avec 55 sièges. Le NPD accèderait à l’opposition officielle (30 sièges) et les Libéraux seraient relégués au rang de tiers parti (22 sièges).

Cette polarisation droite-gauche n’est pas sans rappeler les élections fédérales de 2011, et elle a de quoi inquiéter les Grits d’ici. La personne choisie comme chef (ou cheffe) pourra-t-elle reconstruire la coalition centriste qui a permis au parti de remporter trois mandats? À courte échéance, j’en doute.

Depuis octobre 2011, chaque recul des intentions de vote libérales s’est traduit en gains équivalents pour le camp néo-démocrate, alors que les conservateurs se maintenaient. Les Libéraux de Dalton McGuinty ont donc perdu des appuis surtout chez  les électeurs de centre-gauche. Après les récentes attaques contre les syndicats et contre l’État providence, le parti ne retrouvera pas facilement la confiance de ces électeurs, même s’il devait se donner un leader plus progressiste. De plus, les appels de la gauche au vote stratégique joueront contre les libéraux cette fois-ci, puisque le NPD paraît mieux positionné pour barrer la route des Tories.

Dans ce contexte, le prochain chef libéral aura plus de chance de sauver les meubles s’il courtise l’électorat de droite et de centre-droit.  En ce sens, l’expérience de Pupatello et de Sousa au ministère du Développement économique et du Commerce et leurs liens avec la communauté d’affaire leurs confèrent peut-être un avantage sur les autres candidats.

Si la tendance se maintient, les Libéraux ont peu de chance de se maintenir ou de progresser dans le Centre, Hamilton, London, le Golden Horseshoe, le Nord, l’Ouest et le Sud-Ouest de la province. Le chef libéral idéal devra donc être capable de séduire les Ontariens de la banlieu et de la couronne de Toronto (Ajax-Pickering, Etobicoke Centre, Etobicoke North, Mississauga-South, Mississauga-Brampton South, Pickering-Scarborough East, Richmond-Hills, Scarborough-Agincourt, Vaughan, Willowdale, York Centre) et de l’Est urbain (Kingston and the Islands, Ottawa Centre, Ottawa South). Ces circonscriptions sont importantes parce qu’elles devraient présenter des luttes bleues-rouges serrées et pourraient donc pivoter si un nouveau chef libéral campé plus à droite avait l’heur de plaire à ces électeurs. Sousa étant député de Mississauga South, il est peut-être mieux positionné que les autres candidats, au moins du point de vue géographique.

Encore une fois, gare aux «prognosticateurs». Il est encore tôt pour prédire les résultats. Ces projections sont sont beaucoup moins fiables que celles de Nate Silver, rendu célèbre pendant les présidentielles américaines, puisqu’elles sont basées sur moins de sondages et que notre système tripartiste accroît l’incertitude. Les données sont quand même utiles en ce qu’elles stimulent notre imagination et permettent de concevoir des scénarios plausibles. Le résultat plaira sans doute à Tim Hudak, peut-être à Andrea Horwath, mais pas au prochain chef libéral. Quoi qu’il en soit, nous serons fixé  le 25 janvier.

Le mythe d’un Québec égalitaire

Recension de FAHMY, Miriam, Dir. (2011), L’état du Québec 2011. Montréal : Boréal et  Institut du Nouveau Monde, 570 pp.

L’Institut du Nouveau Monde et Boréal nous offrent, sous la direction de Miriam Fahmy, la dix-septième édition annuelle de L’état du Québec. Au fil des ans, cet annuaire s’est taillé une place de choix auprès du grand public et chez les spécialistes des études québécoises. L’ouvrage contient une chronologie de l’actualité provinciale, une liste d’anniversaires historiques, des données statistiques arrangées par régions, et 75 courts articles synthèses. Ces derniers sont regroupés en quinze sections thématiques allant de la politique à l’économie, en passant par la santé, l’éducation et la recherche scientifique. Le survol exhaustif et fascinant.

Cette édition compte plusieurs contributeurs chevronnés (Jean-Herman Guay, Raymond Hudon, Micheline Labelle, Simon Langlois, Harvey Mead, Alain Noël, François Pétry, Gilles Pâquet, Jean-Marc Piotte, Christian Rouillard, François Rocher, Joseph Yvon Thériault) mais fait la part belle à une nouvelle génération d’érudits québécois.

Au Québec comme ailleurs en Occident, l’année 2011 a été marquée par une réaction populaire à la tourmente économique. Le mouvement des indignés du Square Victoria a ainsi fait échos à Occupy Wall Street. Cette mobilisation frappe l’imagination, dans une province qui se perçoit comme le bastion nord-américain de la social-démocratie. Le dossier thématique de 2011 demande donc :  « le Québec est-il (toujours) une société égalitaire? ».  Les contributeurs concluent que non.

D’une part, il est indéniable que la lutte contre la pauvreté a connu un certain succès, particulièrement chez les parents et les enfants, et que la majorité des Québécois se sont enrichis au cours des vingt dernières années. Le coefficient de Gini du Québec indique aussi un distribution du revenu généralement plus égalitaire que dans les autres provinces canadiennes.

Malgré ces signes encourageants, les Québécois les plus aisés s’enrichissent plus rapidement que les autres groupes, et la classe moyenne périclite depuis les années 1990. Ces écarts sociaux grandissants seraient causés par les récessions, les compressions budgétaires, la tarification des services publics et par les taxes à la consommation, autant de mesures qui frappent les pauvres de façon disproportionnée. Les réformes fiscales, qui ont fait passer les paliers d’imposition de 13 à 3, ont aussi aggravé la situation. Cela se traduirait par un accès inégal à la santé, à l’éducation, au logement, à l’emploi. Le « progrès véritable » (Mead) et la qualité de vie s’en trouveraient affectés, et tous les citoyens y perdent, quel que soit leur niveau de revenu.

Les arguments des contributeurs sont convaincants, et ils le seraient peut-être davantage si le point de vue opposé était représenté dans le dossier thématique. Avec la publication du Manifeste des lucides, l’établissement de l’Institut économique de Montréal et du Réseau Liberté-Québec ainsi qu’avec la récente fusion de l’ADQ et de la CAQ, la droite d’affaire semble connaître un certain essor dans la province. Peut-elle étayer une position cohérente sur les inégalités sociales? Comme le dit François Legault: «On verra!»

L’état du Québec survole les grands enjeux actuels avec brio et ses articles sur l’inégalité sociale arrivent on ne peut plus à point. Hautement recommandé pour tous les amoureux de la Belle Province.