L’immigration francophone à Toronto: succès et défis

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Allocution d’ouverture du 2ième Forum de la francophonie torontoise prononcée le 17 mars 2014 au Collège universitaire Glendon par Alexandre Brassard


CHERS AMIS. Avez-vous remarqué comme le printemps se fait tirer de l’oreille à Toronto? À la fin mars, entre deux tempêtes de neige tardives, on sait que la slush va finir par fondre sur la rue Yonge. On sait que le vent d’hiver va cesser de nous mordre le nez, éventuellement, et l’on sait que l’on pourra bientôt remiser ses bottes et mitaines. On le sait en son for intérieur, mais on ne le voit pas encore. Chez nous, le printemps est un acte de foi.

Il en va de même pour la Francophonie d’ici. Nous sommes une minorité souvent invisible, mais nous aimons confondre les sceptiques et émerger de notre hibernation, de temps à autre, pour nous rassembler et fêter notre langue. La Journée internationale de la Francophonie est le 20 mars, et c’est notre signal. C’est le moment où plus de 220 millions de locuteurs célèbrent la langue de Molière, de Miron et de Senghor. Le français est ainsi à l’honneur dans plus de 70 pays. Au Canada seulement, les Rendez-vous de la Francophonie regroupent plus de 1 500 activités d’un océan à l’autre.

La Ville Reine n’est pas en reste, et les organisateurs de la Semaine de la Francophonie à Toronto nous ont concocté une programmation culturelle des plus alléchantes. L’édition 2014 inclut les courts-métrages de Cinéfranco, le vernissage et le Molière des étudiants de Glendon. Elle inclut la conférence de Jimmy Larouche au Club canadien; du jazz et une conférence littéraire à l’Alliance française. Elle inclut aussi des concerts, une émission et une grande Soirée d’ouv

erture à Radio-Canada. En prélude à ces festivités, les forces vives de la communauté se rassemblent aujourd’hui au Centre d’excellence de Glendon pour la deuxième édition du Forum de la francophonie torontoise. Nous sommes réunis pour resserrer les liens entre nos organismes, pour faire un bilan des récentes réalisations, et pour réfléchir ensemble aux grands défis à venir. Merci d’être des nôtres. Merci de consacrer votre temps et votre passion à la francophonie d’ici.

1. Une année à célébrer

Les Francophones ont le sens de la fête… Nous n’avons probablement pas besoin de prétexte pour célébrer. Il me semble, néanmoins que la dernière année a été particulièrement faste. Lisez L’Express et Le Métropolitain, écoutez Radio-Canada, Choq FM et TFO, prenez le poulx de la communauté et vous serez épatés. Vous entendrez parler d’investissements, de projets structurants, de nouvelles initiatives. Tous les secteurs de la francophonie torontoise sont en effervescence.

Les choses bougent, d’abord, chez nos gouvernements. Ottawa a commencé la mise en œuvre de sa nouvelle Feuille de route pour les langues officielles et a déjà investi dans une vingtaine d’organismes situés à Toronto. Plus près de nous, la province a renforcé l’indépendance du Commissaire aux services en français et a déposé un projet loi sur l’immigration qui comporte un volet francophone. La Ville s’est aussi rendue aux arguments de l’ACFO-Toronto et vient de créer un nouveau comité français qui nous donne enfin une voix dans les instances municipales… (Les mauvaises langues se demandent même si le Maire Ford apprendra à imiter l’accent français.)

Si vous êtes étudiant ou parent, vous savez déjà que le monde de l’éducation a connu un bel essor. Les conseils scolaires Catholique et Viamonde ont rénové et ouvert des écoles. Le Ministre de la formation, des Collèges et Universités a annoncé, ici même, un plan d’action pour l’éducation postsecondaire francophone dans le Centre Sud-Ouest et des investissements de 16,5 M$ pour étendre les programmes. La province a aussi formé un comité consultatif et le ministre s’est engagé à analyser la capacité de Glendon d’être le centre régional de l’éducation postsecondaire en français.

Cet élan s’est aussi manifesté dans le domaine de la culture et des sports. L’Alliance française s’est dotée d’une salle de spectacle professionnelle. Les Jeux PanAm de 2015 ont commencé à mobiliser la communauté en vue d’accueillir plus de 10 000 athlètes dans les trois langues officielles. Le Comité des célébrations des 400 ans de présence francophone en Ontario a commencé à planifier une foule d’activités à Toronto, dont l’érection d’un monument à Queen’s Park qui sera dédié à Samuel de Champlain.

Le secteur de la santé et des services sociaux se porte mieux que jamais. Une maison d’hébergement pour les femmes francophones a ouvert ses portes. Le Centre francophone de Toronto a créé un programme d’aide à l’emploi et une unité de santé mentale pour les adolescents. Les Centres d’accueil Héritage ont élargi leur gamme de programmes pour nos aînés. Action positive a obtenu son autonomie financière de l’AIDS Committee of Toronto et signé un contrat direct avec le Ministère de la Santé et des Soins de longue durée. Les Entités de planifications et les RLISS de la région ont appuyé de nouvelles initiatives pour la santé en français.

Malgré le contexte fiscal un peu morose, nos gens d’affaires et acteurs économiques sont resté industrieux. Les conférenciers du Club canadien ont permi à nos entrepreneurs de rester informés et d’innover. La Passerelle-I.D.É. a crée un nouveau point de services pour l’employabilité. Le RDÉE Ontario a contribué à l’embauche de centaines de professionnels francophones.

2. Essor et immigration

Comment expliquer ce dynamisme de la francophonie torontoise? Il me semble qu’il est attribuable, en bonne partie, à l’apport de l’immigration et à l’accroissement de la demande pour les services en français. Le Recensement de 2011 et la récente étude de Kathryn Barber sont éclairants. Ils révèlent que plus de 18 000 immigrants francophones se sont installés à Toronto ces quinze dernières années. Cela surpasse toutes les autres villes canadiennes sauf Montréal.

Et de quels pays proviennent-ils, ces immigrants francophones? Selon les données, les cinq principales sources d’immigration francophone à Toronto depuis 2001 étaient: l’Île Maurice (2 499), le Liban (2 368), la France (1 829), la République démocratique du Congo (1 794), et le Maroc (1 571).

La majorité de ces nouveaux venus sont admis en tant qu’immigrants économiques, bien que les réfugiés en provenance du Congo et d’Haïti aient été majoritaires en 2011-2012. Nous connaissons tous les charmes de Chinatown, de Greek Town et de la Petite Italie. Nos immigrants francophones ne sont pas regroupés dans des quartiers ethniques de ce genre. Comme vous le savez, il n’y a pas non plus de quartier majoritairement francophone, comme Saint-Boniface, Vanier ou Dieppe, même si nous avons une grappe d’institutions francophones au coin de Yonge et College. Les immigrants d’expression française sont donc dispersés à travers toute la ville. Ça favorise peut-être l’intégration sociale, mais ça comporte aussi des désavantages. L’éparpillement rend nos communautés moins visibles, il complique la prestation de services en français, et il n’aide pas à faire élire des conseillers municipaux ou des députés francophones.

Qu’ils proviennent de l’Île Maurice ou du Liban, de la France ou du Congo, ces nouveaux Canadiens transforment notre communauté et l’interpellent. Quels sont les besoins de nos nouveaux concitoyens? Comment nos organismes peuvent-ils faciliter l’intégration des immigrants? Comment les nouveaux arrivants, à leur tour, peuvent-ils contribuer à l’épanouissement de l’ensemble de la communauté franco-torontoise? C’est pour explorer ces questions que le Forum de la francophonie torontoise se penche cette année sur l’enjeu de l’immigration d’expression française à Toronto.

Je ne suis pas un expert de l’immigration. Mes collègues de Glendon, les professeurs Gertrude Mianda, Roberto Perin et Francis Garon le sont, et ils animeront nos trois tables rondes aujourd’hui. Je ne suis pas non plus un immigrant, quoique ma transplantation du Lac Saint-Jean à Toronto ne s’est pas réalisées sans un certain… choc culturel. Ce que je peux offrir, c’est un bref état des lieux inspirée par 15 ans d’engagement à Toronto. J’explorerai donc deux questions : 1) quel est le chemin parcouru en matière d’immigration? 2) Quels défis restent à relever?

CHEMIN PARCOURU

1. Expansion de l’identité franco-ontarienne

Notre première réalisation, en matière d’immigration, touche l’identité. En l’espace d’une seule génération, les Francophones de l’Ontario se sont réinventé à deux reprises. Quand on y pense, c’est remarquable. Pendant à peu près 300 ans, les Francophones d’ici se sont définis comme Canadiens-français. Ils se percevaient comme le maillon d’une vaste chaîne humaine qui devait relier tous les Francophones de l’Amérique du Nord. Les référents étaient ancrés dans le catholicisme, dans une histoire commune, dans une certaine continuité ancestrale. C’était une identité ethnique à l’échelle continentale.

Avec la Révolution tranquille, dans les années 60, tout va changer. La majorité francophone du Québec va recentrer son identité sur le territoire de la province. Mes grands-parents se disaient Canadiens français, mes parents se disent Québécois. Changement de vocable et d’identité. On peut donc dire que sur le plan culturel, les Francophones du Québec ont fait sécession par rapport au reste du Canada français. Le corrollaire, c’est que les Francophones du reste du pays ont été forcés, eux aussi, à se replier sur leurs provinces. Ils étaient Canadiens-français, ils seront désormais Franco-Manitobain, Fransaskois, Franco-Ontarien. C’est une première mutation identitaire.

Il y aura une période de flottement pendant laquelle cette nouvelle identité restera plus ou moins ethnique. Pendant un moment, le terme «Franco-ontarien» désignera les Canadiens-français de souche, catholiques et nés en Ontario. Une population concentrée dans des villages ou des paroisses urbaines bien délimités: Hearst, Sudbury, Prescott et Russell, Vanier, Orléans, etc. C’est la même identité ethnique mais provincialisée. On l’imagine, cette définition de soi n’est pas propice à l’accueil de l’autre. Elle formule des demandes onéreuses, voire impossible, pour l’intégration. Qui veut changer sa religion pour joindre une minorité? Qui peut changer la couleur de sa peau?

Cela nous mène à la deuxième grande mutation. Très rapidement les Franco-ontariens vont remodeler leur identité. Elle va s’élargir pour inclure tous les citoyens de l’Ontario qui parlent français, qu’ils soient catholiques ou non, qu’ils soient nés au Canada ou à l’étranger. La langue devient le principal référent identitaire. En 2009, la province prendra acte de ce changement en adoptant pour ses statistiques officielles une nouvelle définition inclusive de francophone.

Cet évolution identitaire est récente et elle n’est pas encore complète. Elle propose une identité linguistique, provinciale et inclusive qui révolutionne le paradigme de l’immigration. Soudainement, les nouveaux venus ne sont plus perçus comme des concurrents, mais comme des recrues potentielles. La grande vague d’immigration de l’après-guerre, en Ontario, ne représente plus une menace. C’est une occasion d’agrandir la famille francophone. L’Ontario français devient une société d’accueil.

À travers le monde, il y a peu de communautés minoritaires qui offrent un tel example de réflexivité, d’adaptation, et d’ouverture. C’est un succès qui est passé largement inaperçu, mais qui est le précurseur de toutes nos réalisations en matière d’immigration.

2. Nos organismes et l’immigration

Plus que partout ailleurs dans la province, c’est à Toronto que cette nouvelle identité plurielle s’affirme le plus vigoureusement. Elle se manifeste dans l’ensemble des activités de notre tissu associatif. D’une part, nos organismes culturels célèbrent la diversité avec panache. Saviez-vous que la plus grande diva d’Afrique, Angélique Kidjo, était à Dundas Square cet été, lors de la Franco-Fête? (Sinon, vous avez vraiment manqué quelque chose!) Avez-vous assisté à la conférence du premier auteur d’Haïti et du Canada à siéger à l’Académie française, Dany Laferrière, lors du Mois de l’histoire des Noirs à Toronto?

Les artistes, créateurs et diffuseurs culturels de la francophonie torontoise abordent volontier le thème de l’immigration. Cette année, par exemple:

  • Le Théâtre français nous a offert le spectacle de Mani Soleymanlou.
  • Le Salon du livre a présenté une table tonde sur la littérature multiculturelle.
  • Les Éditions du GREF ont publié le dernier roman de Jean-Baptiste Mubalutila Mbizi.
  • Le théâtre CanAfrique a tenu son camp de rayonnement.
  • Le Festival Kompa Zouk nous a fait danser sur ses rythmes endiablé.
  • La chaîne TFO a diffusé les émissions telles que : Vivre Ici, ImmigrAdos et Identité 2.0.

Plusieurs organismes francophones d’ici offrent des services essentiels aux immigrants. Je songe, bien sûr, au Réseau de soutien de l’immigration francophone et au site Etablissement.org qui se spécialisent dans ce domaine. Je pense aussi aux organismes plus généralistes, mais qui répondent aux besoins d’une clientèle immigrante grandissante: le Centre francophone, la Fondation Trillium, la Passerelle-I.D.E, le RDEE Ontario, Action positive, le Centre d’accueil héritage, l’Oasis Centre des femmes.

Mentionnons, finalement, les associations créées par et pour les groupes ethnoculturels de la Francophonie torontoise: l’Association marocaine, le Regroupement mauricien, la Maison d’Haïti, le mouvement ontarien des femmes immigrantes, etc.

DÉFIS À RELEVER

La communauté franco-torontoise a parcouru beaucoup de chemin, mais je ne voudrais pas donner l’impression que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il reste plusieurs défis à relever. J’en note au moins trois.

1. Faciliter l’intégration économique

D’abord, il impératif de favoriser l’intégration économique des nouveaux venus. Les statistiques sont alarmantes. Le taux de chômage est trois fois plus élevé chez les immigrants francophones que chez les autres Torontois. De plus, les immigrants francophones qui trouvent du travail ici gagnent, en moyenne 18 000 $ de moins par année qu’un immigrant non-francophone.

Ce fossé est inacceptable. Il faut aider les nouveaux venu à obtenir des emplois de qualités, des emplois bien rémunérés. Il n’y pas de panacée pour régler ce problème complexe, mais les programmes d’employabilité et d’entrepreneuriat offerts par nos organismes sont une partie de la réponse. Rappellons aussi le rôle crucial que nos établissements postsecondaires jouent dans la formation de la main d’œuvre francophone. Qui s’instruit s’enrichit.

2. Accroître l’immigration francophone

Cela pourra sembler contradictoire, mais le deuxième défi est d’augmenter l’immigration francophone. Le dernier recensement montre qu’à l’échelle provinciale, le poids démographique des Franco-ontariens a décliné, passant de 4,5% à 4,3%. Puisque c’est par l’immigration que la population de la province s’est accrue, c’est aussi par l’immigration qu’il faut rétablir l’équilibre. L’Ontario français doit recevoir sa juste part d’immigrants. C’est pour répondre à cette préoccupation que le gouvernement provincial s’est doté une cible de 5% d’immigrant d’expression française. La mesure a été adoptée en novembre 2012 et se voit renforcée par le projet de loi 161 qui vient d’être déposé à Queen’s Park.

C’est une bonne nouvelle, mais il faut mettre des bémols. D’abord, le projet de loi pourrait mourir au feuilleton si des élections étaient déclenchées ce printemps. Ensuite l’immigration est une responsabilité fédérale. L’Ontario doit obtenir le droit de sélectionner un plus grand nombre de ses immigrants et d’élargir le bassin où elle pourra recruter des francophones. Ce n’est pas gagné d’avance. Même si la loi était adoptée et qu’Ottawa se montrait collaboratif, il faut encore préciser les mesures concrètes qui permettront d’améliorer le recrutement des francophones à l’étranger. Rappellons qu’Ottawa a déjà une cible théorique de 4,4% mais qu’il n’arrive pas à l’atteindre.

3. Concilier le multiculturalisme et la dualité linguistique

Le troisième et dernier défi, à mon sens, est de concilier le multiculturalisme avec la dualité linguistique. On le sait, Toronto est la ville la plus multiculturelle du monde. Près de 50% des Torontois sont nés à l’étranger, et parmis eux, près de 50% sont des minorités visibles provenant de la Chine, des pays Arabes, de l’Amérique latine, de l’Afrique et de la Corée.

Ces statistiques sont bien connues, mais je me souviens du moment où elles se sont concrétisées pour moi. Ce jour-là, je prenais une longue marche estivale sur la rue Gerrard Est, en direction de l’Ouest de la ville. Au coin de Coxwell, j’ai admiré les somptueux saris de mariage du bazar indien. Quelques pâtés de maison plus loin, j’observais l’élégant minaret de la mosquée Madinah. Poursuivant ma promenade, j’ai été séduit par les arômes épicés provenant des restaurants éthiopiens, puis interpellé par les enseignes des pubs irlandais m’invitant à savourer un bock Guinness bien froide. Après quelques minutes, j’approchais de Broadview et me retrouvais en Chine, au milieu des étals de gingembre et de bok-choï. En arpentant ma ville pendant une heure, j’avais fait le tour du monde! Je suis sûr que vous aussi, vous avez connu des petites épiphanies de ce genre.

Bien sûr, le multiculturalisme ne se réduit pas à quelques façades de magazins. C’est un système de valeurs et un discours sur le vivre ensemble. Le multiculturalisme nous invite à célébrer la différence. C’est un appel à la concorde plutôt qu’aux conflits interethniques. Pour les immigrants, c’est la promesse d’une transition un peu plus facile dans ce nouveau pays. C’est un engagement contre le racisme. Les valeurs multiculturalistes sont très attrayantes et elles sont au diapason de la réalité torontoise. C’est le discours dominant. Il n’est donc pas surprenant que la devise de la Ville Reine soit: «Diversity our Strenght».

Mais voilà, cette devise est en anglais. Ce qui nous rappelle que le multiculturalisme n’est pas le seul principe du contrat social canadien. Notre pays repose aussi sur la dualité linguistique. À Toronto, le multiculturalisme est tellement dominant qu’il est parfois difficile de faire valoir les droits linguistiques de notre communauté. Demandez plus de services municipaux en français, et l’on vous fera entendre que les Francophones ne sont que l’une des nombreuses minorités de la ville; qu’il y a beaucoup plus de locuteurs du Cantonais ou de l’Italien; que le français n’est que la 16ième langue parlée à Toronto. À ce compte, pourquoi la province financerait-elle un réseau d’écoles francophones? Comment justifier le «privilège» de nos services publics en français?

C’est à ce moment qu’il faut réaffirmer l’importance de la dualité linguistique. Le Canada est un pays multiculturel, et c’est tant mieux, mais c’est aussi un pays bilingue. Nos communautés de langues officielles ne sont pas des minorités ethniques parmis d’autres. D’abord, les francophones ne sont pas rassemblés par la religion ou l’ethnicité, mais par une langue commune. Ensuite, les francophones appartiennent à l’une des trois communautés fondatrices du pays. Le Canada est né d’un partenariat entre les Autochtones, les Francophones et les Anglophones. Ce pacte originel s’incarne dans toute une série de protections constitutionnelles et légales accordées à la langue française.

J’irai plus loin et dirai que la dualité linguistique est le soubassement même du multiculturalisme. C’est la diversité originelle qui a ouvert la porte à une conception de plus en plus inclusive de la société. Si le Canada est aujourd’hui à l’avant-garde du multiculturalisme, c’est parce qu’il a rejeté, dès sa fondation, l’idée d’un État-nation unitaire et homogène. La prochaine fois qu’un ami torontois invoquera le multiculturalisme pour attaquer les «privilèges des Francophones», rappellez-lui le principe du canari dans la mine. Si le Canada n’arrivait pas à honorer ses promesses les plus solennelles faites à sa minorité linguistique la plus ancienne et la plus populeuse, ce serait inquiétant pour toutes les minorités de la mosaïque torontoise.

CONCLUSION

Pour conclure, je dirais que la francophonie torontoise a contribué de belle façon à l’ouverture identitaire et au tissu associatif qui accueille les nouveaux venus de la province. Ne nous assoyons pas sur nos lauriers. Dans les années à venir, il faudra améliorer l’intégration économique des immigrants, lutter pour accroître la proportion d’immigrants francophones en Ontario et réaffirmer nos droits linguistiques dans la capitale mondiale du multiculturalisme.

Les trois tables ronde d’aujourd’hui approfondirons ces questions, et bien d’autres encore. Nous espérons un dialogue franc et ouvert, des débats vifs mais respectueux. Tout au cours de cette journée, gardons en mémoire ce qui nous rassemble. Que l’on soit né sur les rives du Lac Ontario ou du Fleuve Congo, près de Casa Loma ou de Casablanca, que l’on ait grandi à l’ombre de la Tour CN ou de la Tour Eiffel, nous sommes tous, vous et moi, des Franco-Torontois.

Merci et bon Forum!

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Augmenter l’immigration d’expression française à Toronto

Mise en page 1

Enseigner à Glendon, c’est côtoyer la Francophonie internationale. Une bonne partie de mes étudiants sont des nouveaux Canadiens originaires de France, du Congo, de Haïti, de Maurice, du Maroc et du Sénégal. Ils apportent avec eux leur talent, leur énergie, une insatiable curiosité et l’ardent désir de bâtir ce pays.  En soi, c’est déjà extraordinaire.

En même temps, ces étudiants augmentent nos effectifs francophones, ce qui nous permet d’offrir plus de cours universitaires, plus d’évènements de recherche et plus d’activités artistiques et culturelles en français. En bout de ligne, c’est toute la francophonie torontoise qui en profite.

Ce qui est vrai pour les universités vaut aussi pour nos écoles, nos hôpitaux, nos bureaux gouvernementaux et nos centres de services sociaux. Les immigrants d’expression française revitalisent nos communautés francophones en situation minoritaires. Ils permettent d’obtenir la masse critique pour assurer les services essentiels à nos communautés. D’ailleurs, Toronto est la seule région du Canada où une minorité francophone est en plein essor, et c’est grâce à l’apport des nouveaux venus.

Il faut donc augmenter le nombre d’immigrants d’expression française dans les communautés francophones en situation minoritaire, mais comment?  La Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et le Commissaires aux Services en français de l’Ontario appuient déjà cet objectif. Mieux, le gouvernement de l’Ontario s’est engagé à sélectionner 8 000 francophones chaque année.

Pour aller plus loin, nous avons besoin d’engagements fermes venant des grands partis fédéraux. J’ai donc profité de la dernière assemblée générale annuelle du NPD fédéral de Toronto-Centre pour proposer et faire adopter une résolution qui sera soumise au Congrès d’orientation de Montréal. Elle demande que le NPD ajoute à son Fonds de politiques que:

5.7. Les néo-démocrates veulent… Augmenter le nombre d’immigrants d’expression française dans les communautés francophones en situation minoritaire.

Les résultats seront connus le 14 avril. D’ici là, lançons un défi aux autres partis fédéraux. Pouvez-vous faire de même? Vous engagez-vous à répondre aux besoins criants de nos communautés ?

Le défi autochtone: comment aborder un problème social complexe

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Le 11 janvier sera-t-il inscrit dans les livres d’histoire? C’est aujourd’hui que le Gouverneur général et le Premier ministre rencontrent la délégation de l’Assemblée des Premières Nations. Les questions abordées sont vitales pour le futur du Canada.

« Nous n’avons jamais voulu admettre que nous avons été, et sommes toujours, une puissance coloniale », déclarait Paul Martin. L’ancien premier ministre a raison. Être Autochtone au Canada, c’est encore être traité comme un citoyen de seconde zone. C’est dépendre d’infrastructures d’éducation, de logement, d’aide sociale, de santé, et d’eau potable dignes du tiers-monde.

Cette faillite des services publics a des conséquences extrêmement concrètes. Si vous êtes Autochtone, votre bébé court plus de risque de mourir. Votre ado a plus de chance de décrocher et d’être poussé au suicide.  Vous êtes plus pauvre que les autres Canadiens et avez plus de chance d’être incarcéré ou de subir des problèmes d’alcool, de maladie cardiaque, de tuberculose, de diabètes. Vous mourez donc plus jeune.  Est-ce juste? Est-ce normal dans une démocratie prospère comme le Canada?

La situation pourrait évoluer. Après la crise humanitaire d’Attawapiskat, après des compressions budgétaires aggravant un sous-financement chronique, et après l’imposition graduelle d’une série de lois affectant l’environnement et le pouvoir des communautés autochtones, la résistance a fini par s’organiser.

La Cheffe de bande d’Attawapiskat, Theresa Spence, a entrepris une grève de la faim qui inspire une nouvelle génération de militants Autochtones. Une série de manifestations politiques sont coordonnées par les médias sociaux, d’un océan à l’autre, sous la bannière Idle No More. Dans les dernières semaines, les revendications politiques des Premières nations ont pris l’avant-scène politique.

Vu l’opiniâtreté du gouvernement Harper, la tenue du sommet d’aujourd’hui  est déjà  une victoire pour les Autochtones et pour tous les Canadiens qui se préoccupent d’environnement et de justice sociale. Une seule rencontre ne saurait résoudre une situation aussi grave et complexe, mais le gouvernement a été forcé de s’asseoir avec les leaders autochtones et de dialoguer, et c’est une amorce de solution. Les problèmes de politique publique les plus ardus ne peuvent être résolus que de façon participative, en impliquant tous les acteurs directement touchés.

C’est l’un des thèmes de Solving Tough Problems: An Open Way of Talking, Listening and Creating New Realities (2007,  San Francisco: Berrett-Koehler). Dans cet ouvrage, Adam Kahane évoque son expérience lors de forums organisés pour faciliter la transition après le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Les leçons tirées sont directement pertinentes pour nous, alors que le Canada tente encore une fois de relever le défi autochtone.

Par exemple, Kahane établit une distincte utile entre problèmes simples et complexes.  Les défis sociaux simples peuvent être résolus par des changements à la pièce qui sont imposées de façon autoritaire et basés sur l’application de pratiques exemplaires bien établies. C’est l’approche traditionnelle d’Ottawa envers les Premières Nations. Pourtant, la question autochtone est d’une toute autre nature. C’est un défi complexe, et d’au moins trois façons.

Premièrement, la situation actuelle découle d’une longue histoire de relation coloniale et forme un système de maux à la fois économiques, sociaux, politiques et culturels qui se renforcent mutuellement. Une réformette sectorielle ne suffit donc pas.

Deuxièmement, la situation est fondamentalement conflictuelle. Les perspectives et intérêts des paliers de gouvernements, des Autochtones, des compagnies de ressources naturelles et des écologistes sont souvent opposées. Les solutions ne peuvent donc être  dictées par un seul de ces acteurs. Ottawa ne peut adopter unilatéralement une politique et se contenter de négocier la mise en œuvre après coup. Les solutions doivent émerger d’un véritable dialogue entre tous les intervenant, un peu dans l’esprit de l’Accord de Kelowna.

Troisièmement, le défi actuel est inédit et ses conséquences sont imprévisibles. La mobilisation autochtone a pris de nouvelles formes et rejoint une nouvelle génération de militants. Les ressources situées en territoire autochtones ont acquis une  importance économique et stratégique plus importante que jamais et les changements climatiques ont complètement changé la donne.  Cela signifie que les routines bureaucratiques et les recettes du passées ne suffisent pas. Il faut oser l’innovation sociale.

Le défi autochtone est un problème complexe, au sens de Kahane. Il exige donc une vision systémique,  une élaboration participative et l’exploration de solutions nouvelles. Espérons que le sommet d’aujourd’hui servira d’amorce pour ce genre de dialogue avec les Premières nations du Canada.

Les coûts de l’austérité

Le dernier billet d’Alex Himelfarb, «The Price of Austerity», constitue un puissant plaidoyer pour un débat public sur les finances publiques et sur les inégalités sociales. Je vous propose ici ma traduction libre de ce texte important et percutant.


L’austérité budgétaire, nous répètent les experts et les dirigeants politiques, est la question centrale de ces temps incertains, la panacée pour nos problèmes économiques.

On nous prévient que le prochain budget fédéral sera le premier à mettre l’emphase sur les compressions. Il y aura donc une coupure des dépenses de l’État alors même que l’on continue à réduire les impôts. Nous pouvons aussi nous attendre à une approche semblable dans la plupart des prochains budgets provinciaux.

C’est la marche à suivre, nous dit-on. Ainsi, l’austérité ne serait pas simplement un bon remède mais l’unique remède, une prescription qui vaudrait aussi bien pour nous que pour nos amis et nos alliés à l’étranger. Le Canada est consacré champion de l’austérité.

Du point de vue politique, l’argument semble assez convainquant. Il s’appuie sur la reconnaissance internationale de nos succès lors de l’équilibrage du budget et de la réduction de la dette dans les années 1990. (Cette consolidation a aidé lors des ralentissements économiques ultérieurs, nul doute, mais les coûts pour les programmes sociaux et les soins de santé sont tout aussi indéniables). L’argument fait aussi appel à un thème qui traverse toute notre histoire , celui du pragmatisme et de la frugalité des Canadiens. Il se nourrit de notre désenchantement croissant envers l’État, mais aussi des crises observées à l’étranger, en Grèce par exemple. Considérant l’instabilité de la période actuelle, nous n’aurions pas le choix. L’austérité serait la réponse.

Les porte-paroles de l’opposition hésitent à présenter les alternatives, de crainte d’être accusés d’imprudence fiscale ou d’attachement nostalgique au « mammouth étatique ». Aucune alternative n’est présentée, et nous finissons par croire qu’il n’y en a pas.

Dans le domaine des politiques publiques, il y a une règle générale. Lorsqu’on insiste qu’il n’y a aucune alternative, cela signifie généralement le contraire. C’est qu’il y a une alternative, et qu’elle est plus attrayante.

Nous avons donc le choix. Nous pouvons prendre de meilleures décisions. Bien sûr, il faut faire preuve de prudence tant que nous sortirons du déficit actuel, lequel résulte en partie des interventions avisées du gouvernement pour atténuer les pires effets de la récession mondiale. Mais soyons clair, nous ne sommes plus dans les années 1990. Notre situation n’est pas désespérée. Le Canada n’est pas la Grèce.

 
1) Nous ne sommes ni dans les années 1990, ni en Grèce

Avant la campagne anti-déficit des années 1990, près du tiers de chaque dollar perçu en impôt servait à rembourser la dette fédérale. Le Canada recevait des signaux alarmants. La dette devenait écrasante et la crédibilité du pays auprès des investisseurs dégringolait au niveau du tiers-monde. Des compressions s’imposaient. Il faut dire que l’économie mondiale était alors saine et en pleine croissance. Alors que l’économie canadienne se contractait, les autres États dépensaient et achetaient chez nous.  Cette poussée de l’économie mondiale, tout autant que nos réels sacrifices, est le facteur crucial qui permis d’équilibrer le budget et d’excéder tous les objectifs de compression. Le taux d’imposition plus élevé de l’époque a aussi aidé. C’est ainsi que les déficits se changèrent en surplus, avec une rapidité qui prit tous le monde par surprise, et que ces surplus générés par la base fiscale firent fondre une partie de la dette.

Notre niveau d’endettement continue de faire l’envie des autres États, mais l’économie mondiale a perdu son dynamisme et l’avenir semble incertain, moins prometteur que dans les années 1990, alors que la récession persiste comme un mauvais rhume. Même si le Canada s’en tire mieux que les autres, nous continuons à perdre de bons emplois et, comme partout ailleurs, nos marchés continuent d’être affectés par la volatilité. Nous ne sommes plus dans les années 1990. Ni le degré d’urgence fiscale, ni les conditions économiques ne sont les mêmes.

Il importe de comprendre les origines du nouveau déficit et de la croissance de la dette au niveau fédéral. Il y quelques années à peine, l’État générait des surplus bon an, mal an. Lorsque le gouvernement actuel a pris les rênes du pouvoir, cet excédent annuel s’élevait à 16 milliards de dollars. Il est donc clair que les coûts des programmes gouvernementaux ne menacent pas notre solvabilité. Ce surplus annuel nous prémunissait contre les cycles de ralentissement économique, lorsque les dépenses supplémentaires et les pertes de revenu sont inévitables. Il permettait aussi au gouvernement fédéral d’assister les provinces, surtout celles les plus durement touchées, et il nous donnait une marge de manœuvre budgétaire pour gérer le choc d’une population vieillissante, tout en respectant l’équité entre les générations.

Que s’est-il passé? Certes, nous remboursons le coût des initiatives de relance rendues nécessaires par la récession, mais ce n’est qu’une partie de la réponse. Ces dépenses ont cessées, et même plus tôt que certains ne l’auraient voulu. Même dans un contexte de croissance modeste, nous devrions pouvoir retourner à l’équilibre budgétaire, ce qui exigerait une certaine prudence, nul doute, mais n’exigerait pas de mesures draconiennes. Libre à nous.

Les dépenses de récession ne sont pas à blâmer. Le problème, c’est que nos revenus en pourcentage du PIB sont bien inférieurs à ce qu’ils étaient dans les années 1990, et pas seulement à cause de la récession et de la lenteur de la reprise. En matière de déficits budgétaires, le gouvernement fédéral est, en bonne partie, l’artisan de son propre malheur. Nos soucis découlent d’une série de réductions d’impôt exorbitantes.  Songeons seulement au manque à gagner de dizaines de milliards de dollars créé depuis 2000, et surtout ces dernières années, par les réduction de la TPS et par les abattements d’impôts sur le revenu des particuliers, sur les profits des sociétés et sur les gains en capitaux. Pensons à la longue liste d’exemptions fiscales taillées sur mesures et qui profitent de façon disproportionnée à ceux qui en ont le moins besoin.

Notre situation financière n’est donc pas désastreuse, du moins, pas au pallier fédéral. Nous continuons à récolter les bénéfices des sacrifices des années 1990, et nos propres décisions sont à l’origine des défis actuels. Ce que nous pouvons faire, nous pouvons le défaire.

 
2) L’austérité est fiscalement imprudente

Soyons clair. Je me rallie au large consensus sur la question de la prudence budgétaire. Réfléchissons seulement à ce que la prudence signifie: dépenser de façon avisée, réduire le gaspillage et percevoir assez d’impôts pour se procurer les biens et services publics voulus, tout en réduisant progressivement la dette lorsque la situation économique est suffisamment favorable.

Un certain élagage est nécessaire, bien sûr, et il est important d’identifier nos priorités. Pour ma part, je crois que nous avons probablement exagéré la construction de notre appareil de sécurité après le 11 septembre. Cette question particulière mérite un examen attentif.

Ne vous y trompez pas, le plan de construction de prisons et pénitenciers, qui n’est basé sur aucune donnée probante, aura pour effet soit d’accroître la dette, soit de détourner l’argent de services prioritaires tels que la santé et l’éducation.

Parlant de gaspillage, le moment est probablement venu de revoir les nombreuses couches de surveillance bureaucratique qui étouffent l’efficacité et l’initiative des fonctionnaires, tout en affectant la reddition de compte et la transparence de l’État. Comme le Directeur parlementaire du budget nous l’a rappelé à maintes reprises, les chiffres sont erronés. Les mesures d’efficacité et la compression des opérations ne suffiront pas pour équilibrer le budget.

Oui, l’État est devenu trop central, trop autoritaire et trop éloigné de notre vie quotidienne. Il y a beaucoup à faire pour combler le fossé entre les citoyens et leurs gouvernements. Nul doute qu’il y a des économies à réaliser dans ce domaine. Pourtant, ces problèmes ne sont pas directement liés aux enjeux fiscaux et ne sauraient être réglés  par des mesures d’austérité.

L’austérité que l’on prêche aujourd’hui ne relève pas de la prudence budgétaire. Si c’était le cas, elle ne serait pas combinées à de vaste et exorbitantes réductions d’impôt qui servent les mieux nantis parmi nous. Ces réductions forceront des coupures des programmes sociaux.

Cette obsession pour les abattements fiscaux et pour la réduction des biens et services publics tient davantage de l’idéologie déguisée en raisonnement fiscal.

Vu sous cet angle, les mesures d’austérité cherchent surtout à démanteler l’État pour faire place au marché. Elles mènent à moins d’actions publiques et plus de gestes privés; à moins de décisions collectives et plus de choix individuels. En d’autres termes, il s’agit davantage de réaliser la contre-révolution néolibérale que de développer un plan raisonné de gestion économique.

Nous savons que certains économistes fort perspicaces, Paul Krugman et Joseph Stiglitz, par exemple, ont dénoncé l’idéologie néolibérale qui sous-tend le discours d’austérité. Ils affirment que la période actuelle exige plutôt des dépenses et qu’il est temps d’investir dans l’éducation et dans les infrastructures qui aideront les nécessiteux. Ils craignent qu’une campagne d’austérité ne répète le scénario des années 1930 et soutiennent que, de toute façon, cette stratégie ne pourra pas produire la croissance et les possibilités économiques nécessaires. De plus, ils insistent qu’il faut cesser de réduire les impôts et recommencer à taxer ceux qui peuvent se le permettent. (Notons qu’il y a, aux États-Unis, un nombre croissant de riches qui invitent leur gouvernement à augmenter les impôts).

Entre vous et moi, il n’est pas nécessaire de suivre ce méandre d’arguties économiques pour s’inquiéter des conséquences de l’austérité. Un récent rapport du FMI, que nul ne peut taxer de gauchisme, passe en revue les données internationales et conclut que les compressions budgétaires ne créent pas d’emploi ni de croissance, du moins à court terme. En revanche, elles entraînent des coûts considérables pour la société, pour l’économie, et pour la qualité de vie de la majorité.

 
3) L’austérité affectera les plus désavantagés de façon disproportionnée

Et ce rapport du FMI, qu’est-ce qu’il raconte? Si les avantages de l’austérité sont invisibles, ses ravages sont évidents. Ses conséquences pèsent plus lourdement sur les plus faibles. Plus précisément, les auteurs montrent que les mesures d’austérité, surtout quand elles ne sont pas compensée par une baisse significative des taux d’intérêts, tendent à augmenter le chômage, et notamment le chômage chronique. Elles réduisent aussi le salaire de la majorité et aggravent les inégalités de revenu.

Alors que nous tentons de sortir de la récession, assurons-nous de ne pas abandonner les outils requis pour parer aux prochains chocs et pour créer des emplois et des possibilités économiques maintenant et dans le futur. Assurons-nous de ne pas saper le pays, de ne pas dégrader les programmes qui soutiennent notre citoyenneté commune, qui servent d’avantage comparatif et qui nous permettent d’avancer. Investissons dans les programmes qui nous rendront plus forts, plus écologiques, et mieux équipés pour le futur.

L’austérité est un cul-de-sac. Elle est imprudente sur le plan fiscal. Ce n’est pas un plan économique mais une capitulation au marché. Ses coûts sont énormes pour les plus vulnérables, sans aucun doute, mais aussi pour chacun d’entre nous. Rejetons la politique de l’inéluctable, examinons les choix qui s’offrent à nous, basons notre décisions sur les faits. Voyons ce qu’ils révèlent sur le bien de la majorité, et pas seulement le bien d’une minorité. Considérons le futur, pas seulement le présent.

Ce débat est essentiel, et il ne peut commencer que si l’on questionne la soi-disant inéluctabilité des mesures d’austérité. En fait, le débat ne devrait pas porter sur la taille idéale de l’appareil État. Il devrait s’intéresser aux façons d’améliorer la qualité de la vie de la majorité des Canadiens. Il devrait porter sur les manières de consolider le pays pour le bénéfice des générations futures. Ce débat devrait identifier les défis et les problèmes les plus urgents qui méritent notre attention collective.  L’obsession de l’austérité ne doit pas nous distraire des véritables priorités pour le bien-être collectif.

Pour ma part, j’avance que c’est l’inégalité, et non l’austérité, qui est actuellement notre problème fondamental. Les inégalités de revenu se creusent rapidement au Canada, et même les détracteurs habituels se rallient. Les écarts sont simplement trop importants, et les risques trop sérieux, pour être ignorés. En effet, les inégalités extrêmes aggraveront avec la mise en place des mesures d’austérité et de réduction d’impôt. Ce programme politique réduit notre capacité à  faire preuve de solidarité et à résoudre ensemble des problèmes comme la détérioration de l’environnement ou le déclin de la participation politique.

Nous devons faire preuve de prudence fiscale, bien sûr, et cela signifie qu’il faudra examiner chaque coupure, chaque dépense et chaque réduction d’impôt, en se demandant à chaque fois: est-ce que cela atténuera ou exacerbera les inégalités?

La pauvreté des enfants, la résurgence de la pauvreté chez les aînés, les pressions sur les travailleurs et sur les étudiants canadiens, les revenus extravagants au sommet sont autant de manifestations de l’inégalité sociale. Ce problème doit devenir une priorité nationale.

Nous pouvons nous permettre les investissements. Nous ne pouvons nous permettre d’ignorer le péril.

Vers un troisième mandat libéral?

L’état d’âme des Ontariens

Vous souvenez-vous de ma première analyse des intentions de vote en Ontario? C’était encore l’été, les gens étaient politiquement insouciants et le lieutenant-gouverneur n’avait pas encore convoqué les électeurs aux urnes. À ce moment, les données prévoyaient un balayage conservateur. Les libéraux étaient dans l’eau chaude.

Après deux semaines de campagne, la situation a évolué. Du moins, c’est ce que suggèrent les trois derniers sondages publics (Harris-Decima, Nanos, et Ipsos-Reid). Ajustons les résultats moyens de ces trois sondage selon la taille de leur échantillon respectif. Ce calcul accorde 38% des intentions de vote aux libéraux, 34% aux conservateurs, 24% aux néo-démocrates et 3% aux verts.

Puisque la différence entre les appuis des Grits et des Tories tombe à l’intérieur de la marge d’erreur, nous pouvons considérer que les deux partis sont maintenant nez à nez. C’est une remontée significative des libéraux au détriment des conservateurs. Quant aux néo-démocrates ontariens, ils semblent au beau fixe, en dépit du capital de sympathie généré par le décès du leader fédéral, Jack Layton.

La montagne accouche d’une souris

En utilisant encore une fois ma méthode rudimentaire de projection de sièges, ces intentions de vote se traduisent par une situation politique presque inchangée.  Après quatre semaines de campagne, l’Ontario se retrouverait avec un troisième gouvernement libéral majoritaire, avec une opposition officielle conservatrice et une carte électorale largement intacte. À peine une douzaine de circonscriptions changeraient de partis.

Ainsi, les libéraux ne gagneraient aucune nouvelle circonscription et en perdraient une dizaine. Les principaux bénéficiaires de cette usure du pouvoir seraient les néo-démocrates. Ils pourraient conquérir des comtés dans la capitale fédérale (Ottawa Centre), à Toronto (Davenport, York South-Weston) et dans le Nord de la province (Algoma-Manitoulin, Thunder Bay-Atikokan, Thunder Bay-Superior North, Timiskaming-Cochrane).

Le Parti conservateur serait le grand perdant de ces élections. Il devrait préserver ses comtés actuels et faire des gains, par la peau des dents, dans Barrie, Eglinton-Lawrence, Kitchener-Conestoga et Nipissing, mais ce serait une mince consolation. En ne détenant qu’une trentaine de sièges à Queen’s Park, Tim Hudak perdrait sa chance de gouverner la province et se verrait confiner au poste de Leader de l’Opposition officielle. Ses militants pourraient aussi lui montrer la porte de sortie.

Comprendre la remontée libérale

Comment expliquer cette remontée significative des libéraux dans les intentions de vote?  En science politique, le choix des électeurs est généralement expliqué par quatre facteurs:

  1. la loyauté à l’égard d’un parti politique (une habitude acquise en famille),
  2. la perception des chefs de parti (leadership, compétence, intégrité, empathie), 
  3. la comparaison des plateformes électorales en fonction des intérêts personnels (calcul coût-bénéfice), et
  4. la perception du bilan économique du gouvernement sortant (surtout à l’égard de l’emploi).

L’importance relative de ces différents facteurs varie selon les circonstances. Dans le cas actuel, c’est probablement la perception des chefs qui a changé le plus rapidement dans les dernières semaines.

Après le congé de la Fête du travail, la publicité électorale s’est intensifiée. Elle a rejoint un public plus large et plus attentif.  Les camps libéraux et conservateurs ont tous deux diffusé des publicités négatives, mais avec des impacts différents. En effet, il est plus facile de démoniser un politicien lorsqu’il est relativement inconnu et que son image est encore malléable. D’ailleurs, les données de Nanos sur la perception des chefs confirment que les attaques ont porté un coup plus dur à Hudak qu’à McGuinty.

Pourtant, la propagande politique n’expliquent pas tout. Le chef conservateur est l’artisan de son propre malheur. Il a terni son image en critiquant la promesse libérale d’un crédit d’impôt pour l’embauche d’immigrants qualifiés. Ce projet pose quelques problèmes, j’en conviens, mais en le présentant comme un « plan d’action affirmative pour les travailleurs étrangers », Hudak a frisé la xénophobie et violé les normes de la culture politique ontarienne. Cette manœuvre l’associe aux tactiques polarisatrices d’un Mike Harris plutôt qu’à la politique rassembleuse des Leslie Frost, John Robarts et Bill Davis. Elle a pu plaire à une frange déjà gagnée au Parti conservateur mais elle pousse les indécis dans les bras du Parti libéral.

Andrea Horwath s’est bien tirée d’affaire jusqu’à maintenant. Les électeurs qui la connaissent la perçoivent comme une personne empathique et intègre mais elle doit maintenant faire valoir ses qualités de leadership et sa compétence à gouverner. Le débat des chefs sera donc crucial pour la cheffe du NPD.

Pas si vite…

Je dois résister à la tentation d’analyser à l’excès. La campagne vient à peine de prendre son envol et une importante tranche de l’électorat reste volatile. La projection de siège indique des luttes serrées (≤ 5 % de différence) dans environ un tiers des circonscriptions. Rien n’est encore joué. Restez à l’écoute!

Pour une rentrée scolaire sans ségrégation religieuse

Quatre façons de compliquer la rentrée scolaire

Si vous avez des enfants, inutile de vous rappeler que la rentrée scolaire est arrivée. Vous avez déjà englouti des sommes folles pour les fournitures scolaires et les vêtements de vos petits anges. Vous avez probablement rencontré plusieurs enseignants et réglé les nombreux détails de l’inscription.

Une tracasserie supplémentaire se présente si vous habitez l’Ontario. Votre progéniture fréquentera-t-elle une école du réseau 1) francophone publique, 2) francophone catholique, 3) anglophone publique ou 4) anglophone catholique?

Ne riez pas. Les contribuables ontariens financent bel et bien quatre systèmes scolaires distincts. Vous pouvez l’imaginer, ce morcellement pose de sérieux problèmes de gestion. Les chevauchements de ces multiples réseaux coûteraient près de 500 million de dollars par année.

Cela provoque des situations absurdes. Lorsque le nombre d’enfants décline dans une petite communauté, cela cause souvent une sous-occupation à la fois dans l’école publique et dans l’école catholique. Au lieu de regrouper tous les élèves dans une seule école commune, les conseils scolaires se voient alors forcés de fermer toutes les écoles locales. Ce sont les enfants qui en subissent les conséquences. Ils sont séparés de leurs amis de quartier et se voient imposer de longs trajets quotidiens en autobus.

Une atteinte à l’égalité et à la liberté de conscience

Je ne plaiderai pas pour un système unique. L’éducation de langue française est essentielle pour la survie de la minorité francophone. C’est un élément central du pacte fondateur canadien et le résultat de la longue lutte historique des Franco-Ontariens. En revanche, la ségrégation religieuse n’est pas indispensable. Il y a d’autres endroits que l’école pour apprendre les dix commandements. La grande majorité des parents dans la grande majorité des pays occidentaux transmettent leur foi en privé.

En fait, il y a d’importants principes qui militent pour la déconfessionnalisation des écoles ontariennes. Pourquoi financer les Catholiques mais exclure les Musulmans, les Juifs ou les Protestants? La pratique est foncièrement discriminatoire. Elle attaque aussi la liberté de conscience de sept millions de non-catholiques en les forçant à subventionner les enseignements du Vatican, tout en leur empêchant d’être embauché dans ce même réseau scolaire.

La Commission des droits de l’homme de l’ONU a dénoncé cette iniquité à deux reprises, en statuant que le système scolaire ontarien viole le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Nous nous retrouvons ainsi dans le même club que la Corée du Nord, le Soudan et la Chine.

Quand les évêques s’en mêlent

Ce qui aggrave les choses, c’est que les réseaux catholiques abusent fréquemment de leurs privilèges. Ils forcent leurs enseignants à se référer à la Bible et au Catéchisme dans les cours de chimie et de biologie et ils empêchent leurs pupilles de s’exprimer s’exprimer librement sur la question de l’avortement.

Le plus décevant, c’est peut-être l’insensibilité des écoles catholiques à l’égard de leurs élèves gais et lesbiens. On se rappellera que le Conseil de Durham s’est battu bec et ongle pour interdire à l’un de ses étudiants d’assister au bal de fin d’étude en compagnie de son amoureux. Plus récemment, le Conseil scolaire de Halton et l’école St. Joseph de Mississauga interdisaient aux élèves gais et lesbiens de former des groupes de support. Le Conseil de Dufferin-Peele a poussé le ridicule jusqu’à censurer les images d’arc-en-ciel, jugées «trop politiques».

Pis encore, le Toronto District Catholic Board vient d’adopter une résolution qui défie l’esprit de la directive d’équité et d’inclusion du Ministère de l’éducation en stipulant que « lorsqu’il y a un conflit apparent entre les droits confessionnels et d’autres droits, le conseil favorisera la protection des droits confessionnels». C’est ainsi que des dispositions adoptées en 1867 pour protéger une minorité sont perverties pour harceler une autre minorité.

Neutralité de l’État et intégration citoyenne

Je ne veux quand même pas pointer les Catholiques du doigt. Toutes les religions ont leurs caprices. C’est le principe même d’une école à la fois publique et religieuse qui est aberrant.

L’État ne peut sanctionner un crédo particulier. Il doit surplomber les innombrables visions rivales de la vie bonne. Pour que chacun puisse vivre selon ses convictions particulières, l’État ne peut promouvoir que les grands principes nécessaires au vivre-ensemble, à la démocratie et à la liberté.  L’éducation publique ne saurait servir à l’endoctrinement sectaire.

Le système actuel nuit aussi à l’intégration des nouveaux Canadiens. La province qui accueille le plus d’immigrants est aussi celle qui sépare ses enfants le plus gravement, en multipliant les ghettos scolaires. En quoi cette ségrégation religieuse contribue-t-elle à la formation d’une citoyenneté commune?  Insensée pour la majorité anglophone, cette mesure est suicidaire pour la minorité francophone. Les Franco-Ontariens ne peuvent se permettre de diluer leurs ressources et d’éparpiller leurs enfants.

L’immobilisme des partis politiques

La saine administration, les droits de la personne, le respect des minorités et l’intégration des immigrants sont autant de bonnes raisons de mettre fin à la ségrégation religieuse. Sondage après sondage, les Ontariens confirment leur appui à cette solution. Pourtant, la question reste taboue. À quelques jours de la campagne électorale provinciale, les chefs évitent le sujet comme la peste. Scrutez les plateformes politiques à la loupe: aucune n’y fait allusion.

L’article 93 de la Loi constitutionnelle de 1867 protège le réseau catholique, c’est bien vrai, mais rien n’empêche l’Ontario de procéder à un amendement bilatéral avec Ottawa. La procédure est légitime, simple, et a été utilisée par le Québec et par Terre-Neuve-et-Labrador. Non, les obstacles ne sont pas légaux, mais politiques. En Ontario, la question des écoles séparées a été explosive en 1985 et en 2007 et les trois grands partis favorisent maintenant le statuquo.

Le Parti Conservateur est l’allié traditionnel des groupes religieux et il ne peut heurter cette base électorale en défendant la laïcité. John Tory croyait avoir trouvé une solution équitable lors des dernières élections, en promettant de financer les écoles de toutes les religions. La proposition a provoqué un tollé qui a largement contribué à sa défaite électorale. Son successeur, Tim Hudak, a bien appris la leçon et évite scrupuleusement le sujet.

Depuis le règne de Mitchell Hepburn, les Libéraux bénéficient habituellement du vote catholique. Ils appuient donc le système actuel. L’administration McGuinty a élaboré une excellente politique d’équité et d’inclusion dans les écoles mais n’a pas osé l’imposer aux écoles récalcitrantes. Quand à Andrea Horwath, elle se montre tout aussi réticente, peut-être à cause de l’influence des syndicats d’enseignants catholiques au sein du NPD.

La ségrégation religieuse de nos enfants est onéreuse, rétrograde et inéquitable. Il est grand temps de déconfessionaliser les écoles anglophones et francophones de l’Ontario. Les politiciens tenteront à tout prix d’éviter le sujet. À nous de les interpeller pendant cette campagne électorale.

Provincial elections: will Ontario put all its eggs in one basket?

If current trends continue, the next Ontario government will be a Conservative majority.

But with ten weeks until voting day, the election outcome is far from assured. As we’ve seen with previous Ontario and federal elections, campaigns matter, and there’s many a slip ‘twixt cup and lip. It’s still possible for the Dalton McGuinty Liberals to stage a comeback and win a third term, but they will need to rethink their strategy.

Right now, the Forum Research poll published on July 30 reveals a strong Conservative lead. Of the 2,256 Ontarians surveyed on July 27 and 28, 38% intend to cast their ballots for the Conservatives, 28% will vote Liberal, 24% support the NDP and 7% are Green voters. These results are accurate to within 2.8%, 19 times out of 20.

How would this particular provincial poll translate into seats at Queen’s Park? The research firm doesn’t provide any answers, but we can attempt a projection based on a rough model. First, subtract current voting intentions from the election results of each party in 2007. This gives an idea of the direction opinion is moving in the province: +7.23 (NDP), +6.38 (CON), -1.02 (GP) and -14.25 (LIB). Apply these current trends to the 2007 results in each district, and voilà, we have our seat projection.

The details are available here, and they’re pretty interesting. They predict the Conservatives in a majority government with 64 seats, the Liberals reduced to 26 seats and the New Democrats gaining 17.

According to this model, Tim Hudak and Andrea Horwath would handily win their districts, but Dalton McGuinty would have trouble getting elected. The Liberals would lose most of their current cabinet members, including Leona Dombrowsky (Education Minister), Deb Matthews (Health), Kathleen Wynn (Transport) and Sophia Aggelonitis (Revenue).

On the other hand, the Conservatives would elect four star candidates: Jack McLarren (former president of the Ontario Landowners Association), Rocco Rossi (former federal Liberal organizer and Toronto mayoral candidate), Donna Skelly (a local TV host) and Simon Nyilassi (CEO of Caldwell, an investment company).

Any Conservative win would be at the expense of the Liberals. Gains would be made:

  • in the 905 region (Ajax-Pickering, Oak Ridges-Markham, Richmond Hill, Bramalea-Gore-Malton, Mississauga South, Mississauga Erindale, Brampton-Springdale, Brampton West, Etobicoke Centre, Etobicoke-Lakeshore, Pickering-Scarborough East, Scarborough Southwest, Scarborough-Guilwood);
  • in the North of Toronto (Don Valley West, Eglinton-Lawrence, Willowdale, York Centre);
  • in Ottawa and the East of the province (Ottawa South, Ottawa West-Nepean Ottawa-Orleans, Northumberland-Quinte West, Prince Edward-Hastings Stormont-Dundas-South Glengarry)
  • in Kitchener and the Centre-West of the province (Guelph, Huron-Bruce, Kitchener Centre, Kitchener-Conestoga, Perth Wellington, Wellington-Halton Hills).

The New Democrats would retain all their current seats and gain four new districts in the North of the province (Algoma-Manitoulin, Thunder Bay-Atikokan, Thunder Bay-Superior North, Timiskaming-Cochrane). They’d pick up two more in Toronto (Davenport, South York -Weston), and could also take Ottawa Centre from the Liberals.

A majority of provincial districts would thus align with their federal riding counterparts. In Toronto, the polarization that played out in last municipal election might be repeated, with urban areas supporting centrist or progressive platforms and the suburbs voting for right-wing candidates. These projections paint a picture of a three-pronged right-wing hegemony in the Toronto, Ontario and Canadian governments.

But this model is pretty rudimentary, and it’s not perfect. It doesn’t take into account the electoral advantage usually enjoyed by party leaders, former ministers, incumbents or star candidates. In addition, the data shows a pretty narrow margin of victory (<5%) in more than a quarter of the districts. That leaves plenty of room for local conditions and plain uncertainty to have a profound influence.

Nevertheless, this analysis raises alarm bells. In Canada, all levels of government have considerable power, but federalism maintains a system of checks and balances. It allows ambition to counteract ambition and limits the abuse and corruption that inevitably results from the concentration of power. By electing three levels of government with same conservative agenda, Ontarians would drop this counterweight. They’d be putting all their eggs in the one basket.

Will Tim Hudak join Steven Harper and Rob Ford on their fishing trip next summer? Ontario voters have until October 6 to decide.

 


Translated from the original French by Jamie McLennan. © 2011 Gaston Murdock